Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le vendredi 23 décembre 2005 à 9 h 04
Envoyer à un ami

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Nouveauté

Joyeux Noël

Une critique de Michel Coulombe

cote du film : 4

La réalité dépasse parfois la fiction. Ainsi, le deuxième long métrage de Christian Carion (Une hirondelle a fait le printemps) est-il inspiré de faits réels survenus à Noël, en 1914, dans des tranchées française, écossaise et allemande. Bien que tout soit rigoureusement documenté, à certains moments le spectateur se demande si ce n'est pas trop. Si on n'exagère pas ici et là. Si on n'enjolive pas un peu. Et pourtant...

Fraterniser avec l'ennemi
Lorsqu'il a choisi de raconter cette histoire de fraternisation spontanée avec l'ennemi où les uns et les autres en viennent à chanter, à jouer aux cartes et à enterrer leurs morts avec des hommes sur lesquels ils devraient tirer à bout portant, Carion a dû jeter du lest. Qui aurait cru par exemple qu'un chat ait été passé au peloton d'exécution pour avoir franchi les lignes ennemies ? Haute trahison, semble-t-il.

Trois destins
Dans la plupart des films consacrés à la guerre, le cinéaste choisit son camp. Aussi n'est-il pas rare que l'ennemi demeure sans visage. Adversaire redouté dont on ne saura rien, sinon qu'il faut l'abattre. Par la force des choses, Carion fait le pari contraire. Il mène d'abord de front trois histoires, passant du jeune lieutenant français (Guillaume Canet) sous les ordres de son père aux Écossais, les deux enrôlés d'un même élan, à un chanteur d'opéra allemand que rejoint sa compagne et partenaire de scène. La mise en place du film apparaîtra laborieuse. La fusion des trois camps sur le champ de bataille, là où l'on devrait plutôt verser son sang, n'en paraît que plus surprenante. Cette trêve comporte, forcément, des moments de flottement. L'espace d'un instant, le temps paraît suspendu.

Parce qu'un ennemi n'a pas de visage
Joyeux Noël, certes imparfait, a l'étoffe d'un film populaire. De ceux, plutôt rares, qui vous donnent l'impression de sortir différent de la salle de cinéma. Peut-être est-ce simplement parce qu'on y met le doigt sur une évidence. Il est beaucoup plus difficile de faire feu sur un homme que l'on connaît que sur un quelconque ennemi sans visage, nourri de l'idée, rassurante, qu'il ne nous ressemble en rien.

Hymne à l'Humanité
Dans cette coproduction européenne chacun s'exprime dans sa langue. Fort de cet accent de vérité, alors que les guerres continuent de faire des ravages une centaine d'années après ce cessez-le-feu mémorable, Joyeux Noël, film pacifiste, donne confiance en l'humanité. Envie de réentendre l'Ave Maria...

Allez, offrez-vous quelques larmes pour Noël!

À lire aussi

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.