Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le vendredi 3 mars 2006 à 13 h 47
Envoyer à un ami

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Société-nouveauté

Brokeback mountain

Une critique de Michel Coulombe

L'amour entre deux hommes. Pour certains, le sujet demeure tabou. Pas exactement le style d'Hollywood en tout cas. Qui plus est s'il s'agit de cow-boys. Les cow-boys n'aiment-ils pas que leurs chevaux?

Aussi cette adaptation d'une nouvelle d'Annie Proulx constitue-t-elle à sa façon une aventure audacieuse. Pas sulfureuse, toutefois. Le cinéaste Ang Lee, pudique, économe, n'a rien d'un Fassbinder.

Brokeback Mountain

Sujet universel, traitement original
Dans Brokeback mountain, deux hommes se rencontrent et se découvrent au cours des longues semaines qu'ils passent seuls au milieu d'un gigantesque troupeau de moutons. Un bonheur partagé qui demeurera leur secret tout au long de leur vie. Un état de grâce qu'ils recréeront de manière épisodique à l'occasion de prétendus voyages de pêche. On fera beaucoup de cas du sexe des deux amants de cette histoire chaque fois qu'on parlera de ce film. Normal. Pourtant le sujet, peu importe qu'il s'agisse de deux hommes, est universel. Les amours impossibles. Ce thème a inspiré bien cinéastes depuis des lunes.

Sujet récurrent
Brokeback mountain est réalisé par l'insaisissable Ang Lee. On le croit abonné aux sujets asiatiques (The wedding banquet), il adapte Jane Austen (Sense and sensibility). On conclut qu'il fera son nid du côté du film historique (Ride with the devil), il surprend avec de splendides ballets aériens chinois (Crouching tiger, Hidden dragon). On désespère de le voir gâcher son talent au service d'un ridicule superhéros (Hulk), il émeut avec Brokeback mountain. Si sa polyvalence ne fait pas de doute, reste que des années après The wedding banquet, le cinéaste s'intéresse de nouveau l'homosexualité masculine.

Réprobation sociale
Le film de Lee est construit autour du contraste entre la ville et la nature. Entre la vie domestiquée, sans joie, conforme aux attentes de la société, et la liberté, associée à la montagne, à la rivière, au plein air. Entre ces deux mondes, il y a le poids du silence et la menace, l'épée de Damoclès, que représente la réprobation sociale. Aussi, les deux cow-boys, interprétés par Jake Gyllenhaal et Heath Ledger, impeccables, apprennent-ils à dissimuler leurs regards derrière leurs stetsons.

Un avenir incertain, une valeur sûre
Brokeback moumtain a remporté Le Lion d'or à Venise. Deviendra-t-il, comme C.R.A.Z.Y. au Québec, un film populaire ou sera-t-il confiné à un public confidentiel? Difficile de prévoir. Deux choses semblent assurées. Ce film sera dans la course aux Oscars, en février prochain. Et il ira droit au coeur de tous ceux qui iront le voir.

À lire aussi

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.