Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le lundi 12 décembre 2005 à 7 h 11
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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Nouveauté-cinéma américain

Syriana

Une critique de Michel Coulombe

cote du film : 3.5

On pense immanquablement à Traffic. Un sujet grave, au coeur des préoccupations américaines. Plusieurs récits. Une distribution haut de gamme. Le pétrole remplace la drogue, voilà tout. Pour le reste, il s'agit des mêmes ingrédients. Rappelons que le réalisateur, Stephen Gaghan (Abandon), est aussi le scénariste de Traffic. Ceci explique cela.

Ils ont le pétrole
Le pétrole donc, indissociable de la qualité de vie des Américains. Son prix réel, sa disponibilité. Sur ce terrain, nos voisins du Sud, sourds au protocole de Kyoto, ne souffrent pas d'inconfort. Un ouragan dévaste trois états du sud du pays, la presse tient aussitôt la population au courant quant aux possibles ruptures de stock. Qu'importent les sinistrés...

Au nom du profit
Syriana est un film choral. S'y fondent les vies de travailleurs arabes vulnérables, de dirigeants d'un émirat rendus nerveux à la veille d'une succession, de magnats du pétrole inquiétés par une fusion pas très nette et d'hommes de coulisses capables des pires manoeuvres. Dans cet épisode hypertrophié de Dallas, qui flirte avec le réel, tous les coups semblent permis. Au nom, bien sûr, de l'intérêt supérieur de la nation. Et du profit. Loin toutefois de s'en tenir au Texas, le réalisateur déplace l'action à Beyrouth, Genève, Washington.

Matt, George et les autres
Gaghan joue sur les contrastes. Les musulmans et les Américains. Les riches et les pauvres. Les hommes de pouvoir, ceux qui se salissent les mains. Dans cet univers éminemment masculin, les hommes sont manipulés, largués, achetés, brutalisés, dupés. S'y croisent, s'y heurtent les Matt Damon, George Clooney, Chris Cooper, William Hurt, Christopher Plummer.

La torture
Hélas, Syriana met toutefois une heure à se mettre en place et les différents récits qui le composent ne fusionnent qu'une dizaine de minutes avant la fin. Le film, surdécoupé, s'égare parfois dans son tour du monde. Effet de dispersion. Certaines scènes paraissent bien inutiles, d'autres clouent le spectateur à son siège, par exemple celle de la torture.

Presque excellent
Certes, Syriana est un film exigeant. Un film politique, actuel, documenté, qui a des choses à dire sur la politique internationale américaine et sur le prix des choses. Une forme d'examen de conscience qui se donnerait des allures de fiction. Le cinéma américain compte peu d'oeuvres cinématographiques de ce calibre. Imaginez ce qu'aurait pu en faire Steven Soderbergh...

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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.