Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le mardi 6 décembre 2005 à 7 h 03
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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Québécois

Petit Pow! Pow! Noël, la mort filmée toute nue

Une critique de Michel Coulombe

cote du film : 3.5

L'univers cinématographique de Robert Morin n'est pas de tout repos. Il est peuplé de criminels (Requiem pour un beau sans coeur), de junkies (Quiconque meurt, meurt à douleur), de contestataires (Windigo), de racistes et de marginaux (Le nèg). Surtout des hommes, peu de femmes. En rupture avec la société. En porte-à-faux avec la justice. Petit Pow! Pow! Noël s'inscrit dans cette mouvance. Film artisanal. Objet audiovisuel résolument insolite. Fiction dérangeante.

La mort filmée
Lorsqu'il a présenté Petit Pow! Pow! Noël au dernier Festival du nouveau cinéma, le cinéaste ne cachait pas son malaise. Morin n'entretenait pas des rapports très chaleureux ou très suivis avec son père, mort depuis. Il lui a donc proposé de participer à un film. Une fiction où l'un et l'autre joueraient les rôles d'un père et d'un fils. Un octogénaire fragile et muet cloué à son lit d'hôpital. Un fils qui le déteste venu le tuer. Venu documenter cette mort souhaitée aussi, puisque ce fils, qu'on ne voit pas, filme tout. Encore et toujours cette caméra subjective devenue chez Morin une signature, indissociable de son écriture. Le tout, histoire de brouiller les pistes, tourné dans la chambre d'hôpital à laquelle était véritablement confiné le vieil homme. Tordu, dites-vous?

Huis clos autour d'un mourant
On voit donc le père, diminué, autiste. On entend le fils, vengeur. Tous deux acteurs d'un suspens à la limite du sordide. Le fils parviendra-t-il à ses fins? Dans ce huis clos à faire rêver un psychanalyste le personnel hospitalier entre et sort de la chambre du mourant, la victime, ignorant du jeu de cruauté imaginé par le fils. Il n'y aura pas de témoin, hors la caméra, comme dans La réception, long métrage artisanal de Morin inspiré des Dix petits nègres de Agatha Christie. Personne, mais le spectateur...

Clash
Petit Pow! Pow! Noël se situe à la frontière des genres. Une fiction soit, mais qui affiche bien peu de distance face à la réalité. Ainsi Morin ne ménage pas son partenaire de jeu. Le vieil homme apparaît à l'écran dans toute sa vulnérabilité. Son fils l'ébouillante et lui arrache des cris de mort. Il le déshabille et le lave aussi. Inconfort immédiat du spectateur. Qu'importe la convention dramatique, quelles que soient les justifications, on assiste bel et bien à une scène très intime entre deux hommes qui ne partagent pas d'intimité.

Pas tout à fait festif...
Ceux qui iront voir ce film de Morin pour se mettre dans l'esprit des fêtes risquent fort d'avaler leur dinde et leurs canneberges de travers. Ceux qui croient avoir tout vu au cinéma risquent bien d'être tirés de leur indifférence. Un électrochoc. Ceux qui fréquentent les salles obscures à la recherche de sensations fortes seront comblés. Sans cascades ni effets spéciaux. Une prouesse...

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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.