
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
Nouveauté
Une critique de Michel Coulombe
On l'a souvent dit, le cinéma québécois compte peu de héros. Aussi l'arrivée au grand écran du joueur de hockey Maurice Richard, héros malgré lui, n'a-t-elle rien de banal. Vedette populaire de la grande noirceur et victime de son époque, l'homme fait tout de suite penser à Alys Robi, d'autant que la même maison de production, Cinémaginaire, a produit coup sur coup Ma vie en cinémascope et Maurice Richard.
Encaisser les coups
Le film s'inscrit dans la série des grandes productions québécoises nostalgiques, courant lancé avec Séraphin, Un homme et son péché. Le genre de film que seul le recul, générateur à la fois d'adulation et d'esprit critique, permet de tourner. À travers ce film, le scénariste Ken Scott et le réalisateur Charles Binamé font revivre un peuple humilié. Car l'homme auxquels ils rendent hommage, athlète hors du commun, a dû se taire, encaisser les coups et les insultes jusqu'à n'en plus pouvoir.
La violence fait loi
Quant au sport lui-même, le hockey, le film lui fait une large place, sans complaisance toutefois. La vénérable Ligue nationale de hockey apparaît comme un commerce impitoyable où l'on méprise les minorités. Sur la glace, la violence fait la loi et la bagarre générale semble constituer un spectacle supplémentaire dont on ne mesure pas la portée.
![]() |
Rage et détermination
Avec ce film, l'acteur Roy Dupuis signe à sa manière un tour du chapeau. Après avoir chaussé les patins du Rocket puis une minute du Patrimoine et dans une série télé, il boucle la boucle. Le rôle, physique, de peu de mots (« Je parle pas pour rien. »), semble fait sur mesure pour lui. Mélange de rage contenue et de détermination, Dupuis forme un couple extrêmement émouvant avec Julie Le Breton, radieuse, bouleversante. Le trio est complété par Stephen McHattie dans le rôle de Dick Irvin, vociférant, intraitable, manipulateur. Une distribution irréprochable.
De l'authenticité
Le réalisateur, Charles Binamé, fait une habile intégration des archives. Passages subtils du noir et blanc à la couleur, traitement sépia. Il sait surtout utiliser à leur maximum les moyens relativement importants mis à sa disposition. La reconstitution est fidèle et la présence de figurants, trop rares ici, confère de l'authenticité à l'ensemble. Visiblement désireux de briser la linéarité du récit, de le dynamiser entre les débuts difficiles du hockeyeur et l'émeute de 1955, il emprunte parfois un chemin laborieux. Jamais facile de transposer à l'écran plusieurs années de la vie d'un homme.
La légende est vivante
Maurice Richard ravive le souvenir du racisme dont ont été victimes les Canadiens français. Le film ne plaira vraisemblablement pas au Canada anglais. N'empêche, il a, du moins pour les francophones de ce pays, l'étoffe d'un film populaire, inspirant. Certaines légendes ne meurent jamais.
Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.