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Hôtel Pacifique: le couple dans l'impasseLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca. Mise à jour le vendredi 13 mars 2009 à 12 h 05 Une critique de Lili Marin
Attribuer une cote à une oeuvre est une tâche beaucoup plus ardue que de classer un établissement hôtelier, vous en conviendrez. Nul critère concret sur lequel se baser, comme le nombre de fils au pouce carré des draps, mais seulement des balises que la critique tente elle-même de s'imposer pour résumer tant bien que mal son appréciation générale. Dans le cas de la première pièce du Théâtre Debout, l'impression béton d'une parole pertinente, parfaitement portée par des interprètes de haut calibre, dicte un nombre élevé d'étoiles à donner. Éveilleurs de conscience Secouer les consciences, à l'heure où le Québec s'est enfoncé dans le confort et l'indifférence, tel est le mandat que s'est donné la compagnie fondée par Fanny Britt, Geoffrey Gaquère et Johanne Haberlin. Ils ne se lancent pourtant pas dans un théâtre qu'on pourrait qualifier d'engagé, mais plutôt dans une entreprise de réflexion sur les discours qui nous conditionnent dans nos rapports à l'autre et au monde.
Pour ce faire, l'action d'Hôtel Pacifique se situe à un moment où la grande histoire se fait, tandis que les petites histoires se défont. Le nouveau président américain effectue sa première visite à Montréal, ce qui rend toute la ville fébrile. Pendant ce temps, trois couples se retrouvent dans l'édifice qui offre la meilleure vue sur le convoi. Le spectateur, lui, ne voit que des relations qui ne vont nulle part. Les trois paires d'amoureux imaginées par l'auteure, bien que d'âges et de milieux différents, vivent tous une impasse qui les remet en question aussi bien mutuellement qu'individuellement. Sous la loupe de Fanny Britt, le couple n'est pas seulement le lieu de l'intime, mais s'avère surtout l'unité de base de la société. Les enjeux qu'elle soulève ne se limitent donc pas à la dynamique homme-femme. Quels sont nos rêves? Qu'est-ce qui les a forgés? Peut-on s'en inventer de nouveaux? Pour le premier couple, des jeunes en fuite qui veulent soutirer une rançon au père pour aller se la couler douce dans le sud, l'influence des médias sur l'imaginaire est on ne peut plus claire. Pour le second, improbable, le poids de la religion et des traditions semble étouffant. Enfin, pour le troisième, plus mûr, la famille n'est plus qu'un fantôme, trop loin pour souder deux êtres usés.
La mise en scène parvient à entrelacer habilement ces trois intrigues dans un seul espace ne contenant que deux lits, en débordant, hors champ, dans les coulisses. La simplicité du dispositif scénique laisse toute la place au jeu des comédiens, qui varie énormément de registre. Cela va du comique (François Bernier en fuyard), au grave (Patrick Hivon stupéfiant dans son rôle de juif orthodoxe), en passant par le pathétique (touchante Monique Spaziani en épouse désespérée). Johanne Haberlin, en femme de chambre, incarne un peu l'âme - triste - de cet Hôtel Pacifique. Difficile de ne pas la percevoir comme la voix de l'auteure, d'autant plus qu'elle tenait le rôle-titre de sa première pièce, Honey Pie, en 2003. Peut-être un peu moins incisive que dans Couche avec moi (c'est l'hiver) , la plume de Fanny Britt, qu'on aime beaucoup comme traductrice, trace ici les contours d'un malaise qui dépasse les obsessions de sa génération. Hôtel Pacifica
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