Lundi 28 mai 2012 12 h 22 HAE
![]() Théâtre
«Réveillez-vous et chantez!»... un air surannéLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca. Mise à jour le jeudi 5 mars 2009 à 15 h 03 Une critique de Lili Marin La Grande Dépression. Tandis que les observateurs de la chose économique osent à peine l'évoquer lorsqu'ils se penchent sur la crise actuelle, les observateurs des moeurs que sont les membres du Théâtre de l'Opsis la saisissent à bras-le-corps dans une production qui tombe à-propos. Écrite en 1935 et située deux années auparavant, la pièce Réveillez-vous et chantez! remet en question le système capitaliste, ainsi que la famille bourgeoise.
Dans le Bronx, un vieux barbier, émigré juif, embête sa fille avec ses discours révolutionnaires (« Abolissons la propriété privée! »). Il essaie aussi d'éviter que ses petits-enfants ratent leur vie en poursuivant le rêve américain du succès matériel et du bonheur domestique. Or, la maisonnée est menée d'une main de fer par sa fille, la soumission de son gendre n'ayant d'égale que sa naïveté envers la société. Portrait d'un temps révolu
Se gardant bien d'établir des parallèles entre les situations d'hier et d'aujourd'hui, la directrice de la compagnie et metteure en scène Luce Pelletier a choisi de présenter tel quel le texte de Clifford Odets. Le décor, à peine épuré, les costumes et les coiffures, même le son de la musique respectent parfaitement l'époque et le milieu social représenté. Seule la langue n'y correspond pas tout à fait, en raison de la traduction. Comme elle l'avait fait pour Kvetch, de Steven Berkoff, en 2001, Fanny Britt transpose en québécois un anglais aux accents juifs. Ça pourrait aller, si ce n'était des noms prononcés à l'anglaise, qui sonnent très peu naturel. Ce petit accroc s'ajoute aux maladresses de l'auteur, déterministe, qui souligne à gros traits les caractéristiques de chacun de ses personnages. Certaines tirades ne servent qu'à appuyer sa thèse marxiste qui, bien qu'elle n'ait pas tout faux, amuse davantage par sa simplicité qu'elle ne choque. De la même manière, certaines remarques sur la place des femmes font franchement rigoler aujourd'hui.
Les comédiens ne sont pas tous à armes égales pour défendre ce texte daté. Albert Millaire semble tout à fait à l'aise dans le rôle du révolutionnaire de salon, Jean-François Casabonne étonne en père de famille un peu benêt, et Évelyne Brochu éclaire la scène de sa féminité, tout comme elle rayonnait aux côtés de Karine Vanasse dans Polytechnique. Réveillez-vous et chantez! suit, dans le cycle américain de l'Opsis, Le bruit et la fureur. Malgré ses défauts, cette première pièce de Clifford Odets montée en français au Québec s'avère plus réussie que l'adaptation théâtrale du roman de William Faulkner. Elle ne justifie cependant pas le surnom de Tchekhov américain dont a hérité son auteur. Réveillez-vous et chantez!
Hyperlien externe
* Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes À lire aussi 27 mars 2009 La fusion du ballet et du breakdance23 mars 2009 Woyzeck: rouge, couleur passion...13 mars 2009 Hôtel Pacifique: le couple dans l'impasse5 mars 2009 «Réveillez-vous et chantez!»... un air suranné26 février 2009 Un Bollywood, P.Q., kitsch et wild13 février 2009 Le théâtre abstrait de Christian Lapointe9 février 2009 Kiss Bill 2: la violence ridiculisée30 janvier 2009 Scotstown, l'aliénation du Québec profond23 janvier 2009 Le pillowman ou la fin de l'innocence |