Lundi 28 mai 2012 12 h 22 HAE
![]() Théâtre
Un Bollywood, P.Q., kitsch et wildLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca. Mise à jour le jeudi 26 février 2009 à 10 h 52 Une critique de Lili Marin
Si Montréal peut passer pour une ville des États-Unis dans une production hollywoodienne, pourquoi un mont du fin fond de la Gaspésie ne servirait-il pas de décor à un film bollywoodien? Telle est la prémisse de Rêvez, montagnes!, le plus récent délire du Nouveau Théâtre expérimental. Alexis Martin, qui avait déjà enfilé un costume traditionnel indien dans La marche de Râma il y a deux ans, incarne le vénérable cinéaste Ashok Chopra. Son désir le plus cher: réaliser un ultime long métrage afin de rendre hommage à sa mère. Or, la montagne sacrée de son enfance où il veut tourner ce film se trouve au Cachemire, soit en zone de conflit. Qu'à cela ne tienne, il existe ailleurs dans le monde un lieu aussi beau et sauvage, pouvant représenter avec grandiloquence les émotions qui l'habitent. On l'aura compris, l'acteur nage ici dans la comédie spirituelle, c'est-à-dire dans les mêmes eaux que Matroni et moi, la pièce qu'il a écrite et mise en scène il y a 15 ans et que Jean-Philippe Duval a porté au grand écran en 1998. Dans Rêvez, montagnes!, il est aussi question de la mort de dieu, mais surtout du rapport à la terre, à la mère (patrie). Non seulement la figure maternelle se trouve-t-elle au coeur des préoccupations d'Ashok, mais elle hante également ses hôtesses québécoises, la productrice (Julie McClemens) et sa soeur coiffeuse propriétaire d'un salon dans Parc-Extension (Kathleen Fortin). Mais comme l'esprit de Bollywood teinte la pièce de couleurs invraisemblables, ces deux femmes fortes se retrouvent dans une intrigue sentimentale sans bon sens avec l'ex de l'une et le bellâtre qui doit jouer pour Ashok.
L'auteure Emmanuelle Jimenez (Du vent entre les dents) s'en donne à coeur joie dans la parodie, rappelant par moment le style de Woody Allen en mêlant joyeusement questionnements existentiels, névroses new-yorkaises et pulsions libidinales. Le metteur en scène, Frédéric Dubois, en rajoute. Il use de tous les codes du cinéma bollywoodien, des regards dramatiques en oblique à la fausse profondeur de champ, sans oublier les mouvements d'épaules déclencheurs d'une scène dansée. Peu importe que les chorégraphies s'avèrent parfois approximatives dans l'exécution (au contraire de l'accent d'Alexis Martin), le rythme fou de l'ensemble a de quoi épater les plus difficiles. Les comédiens (des professionnels gagnant moins que des travailleurs automobiles, apprend-on grâce à l'une des vignettes diffusées avant le programme principal, comme dans un mégaplex) brillent de mille feux. À hurler de rire, ce spectacle donne à réfléchir. Rêvez, montagnes!
À l'Espace libre, jusqu'au 14 mars À lire aussi 27 mars 2009 La fusion du ballet et du breakdance23 mars 2009 Woyzeck: rouge, couleur passion...13 mars 2009 Hôtel Pacifique: le couple dans l'impasse5 mars 2009 «Réveillez-vous et chantez!»... un air suranné26 février 2009 Un Bollywood, P.Q., kitsch et wild13 février 2009 Le théâtre abstrait de Christian Lapointe9 février 2009 Kiss Bill 2: la violence ridiculisée30 janvier 2009 Scotstown, l'aliénation du Québec profond23 janvier 2009 Le pillowman ou la fin de l'innocence |