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![]() Monologue
Scotstown, l'aliénation du Québec profondLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca. Mise à jour le vendredi 30 janvier 2009 à 12 h 27 Une critique de Lili Marin Pauvreté intellectuelle, homophobie, suicide, pollution agricole... Scotstown brosse un tableau peu flatteur des régions reculées de la Belle Province. Beaucoup d'humour et un peu de chasse-galeries égayent cet univers sombre, que Fabien Cloutier déballe avec verve.
Ce spectacle solo a d'abord été un conte urbain, en 2005. Intitulé alors Ousqu'y é Chabot?, il avait permis à son auteur de se faire remarquer par la critique. Et pour cause! Il décape, ne s'embarrassant d'aucun vernis politiquement correct ou d'auto-censure. Le personnage en scène énonce tout haut, candidement, ce que plusieurs doivent penser, mais gardent pour eux et leur entourage, à défaut d'avoir accès à une tribune « nationale ». Ce personnage, un jeune homme probablement décrocheur, gagne sa vie grâce à la culture d'une substance illicite. Là où il vit, un village non loin de Mégantic, les sources de désennui semblent aussi rares que dans la campagne russe des Trois soeurs de Tchekhov. Cependant, il ne perd pas de temps à rêver de la grande ville et à se morfondre. Il va y fêter Noël avec son « chum » Chabot. Les aventures qui leur arrivent, sordides comme c'est souvent le cas dans les contes urbains, projettent l'histoire dans une dimension fantastique. Le retour à la réalité du quotidien n'en est que plus dur, mais narré avec autant d'aplomb. Voilà la force incroyable de Fabien Cloutier: il parvient à maintenir l'intensité dramatique pendant près de deux heures, laissant peu de répit aux spectateurs, qui s'esclaffent et qui s'exclament. Parce que le propos a de quoi déranger. Sans aucun complexe, le personnage assène ses vérités sur les grosses ou les « fifs ». Le langage est cru, vulgaire, limité à la grossièreté. Le manque de vocabulaire, qui rend omniprésents les sacres dans toutes les fonctions syntaxiques, donne cependant un rythme enlevant au monologue. Celui-ci est ponctué par des envolées musicales: parodique (Boom Desjardins), tonitruante (du gros métal sale) ou sentimentale (une balade country). Ces différentes couleurs teintent la personnalité du protagoniste, qui n'a rien à voir avec un héros, comme toujours dans la dramaturgie et la cinématographie québécoise. C'est néanmoins un personnage complexe, presque attachant, avec un regard lucide sur sa société. Ses yeux sont d'ailleurs très expressifs, notamment lorsqu'il rapporte qu'un Russe trouve que Scotstown est l'endroit au Québec qui lui rappelle le plus sa patrie... Scotstown Texte, mise en scène et interprétation: Fabien Cloutier À lire aussi 27 mars 2009 La fusion du ballet et du breakdance23 mars 2009 Woyzeck: rouge, couleur passion...13 mars 2009 Hôtel Pacifique: le couple dans l'impasse5 mars 2009 «Réveillez-vous et chantez!»... un air suranné26 février 2009 Un Bollywood, P.Q., kitsch et wild13 février 2009 Le théâtre abstrait de Christian Lapointe9 février 2009 Kiss Bill 2: la violence ridiculisée30 janvier 2009 Scotstown, l'aliénation du Québec profond23 janvier 2009 Le pillowman ou la fin de l'innocence |