Lundi 28 mai 2012 12 h 22 HAE
![]() Théâtre
Le pillowman ou la fin de l'innocenceLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca. Mise à jour le vendredi 23 janvier 2009 à 16 h 45 Une critique de Lili Marin « L'enfance, pas la violence », dit la publicité de la Fondation Marie-Vincent. On ne pourrait imaginer pire antithèse à cette supplication que Le pillowman, pièce de Martin McDonagh couronnée à Londres et à New York. Dans cette fable moderne, un interrogatoire sans règles révèle à quel point se faire voler son innocence durant une période qui devrait être tendre peut avoir des conséquences monstrueuses.
Katurian, un auteur d'histoires sordides, et son frère déficient mental doivent répondre aux questions de deux policiers. Katurian craint d'abord d'être accusé de critiquer le régime en place, totalitaire. Pourquoi on saute pas les étapes de fif pis qu'on commence pas à le torturer tout de suite? — Ariel, un des policiers, interprété par David Boutin Dès les premières minutes, la tension déborde de la scène pour envahir la salle. C'est qu'au fond de la cellule capitonnée où se déroule l'action, il y a des miroirs qui renvoient l'image floue des spectateurs, qui ne peuvent éviter de se sentir impliqués. Chacun voit son reflet entre les comédiens, qui évoluent sous une lumière crue, dans un bruit de fond assourdissant. Avec son plafond bas et ses murs qui semblent se refermer sur les protagonistes, le décor rappelle un peu le bunker d'Après la fin, précédente pièce du Théâtre de la Manufacture montée à la Licorne cet automne. Et comme la pièce de Dennis Kelly, Le pillowman fait écho à l'actualité En détective froid et inhumain, cynique à souhait, Daniel Gadouas excelle. Dans le rôle de son collègue, un peu moins en contrôle de lui-même, David Boutin montre encore une fois l'étendue de son talent pour explorer les zones troubles de l'âme humaine, là où la distinction entre bourreau et victime n'est plus si évidente. Quand t'exécutes un écrivain, ça envoie un message. — Tupolski, joué par Daniel Gadouas Ils cherchent le coupable de meurtres d'enfants. Coïncidences: les assassinats correspondent exactement à ceux décrits par Katurian dans ses histoires, qui se terminent presque toutes par des fins atroces pour les enfants, hormis celle du petit cochon vert. On en découvre la noirceur lorsque Katurian se retrouve en tête à tête avec son frère (Frédéric Blanchette, convaincant) et qu'il lui en raconte. Ce plongeon dans l'horreur, illustré par des figures qui apparaissent subrepticement derrière les glaces subitement sans tain, s'étire un peu, malgré le jeu soutenu d'Antoine Bertrand. Autrement, la mise en scène de Denis Bernard se révèle brillante. Elle gagne en complexité à mesure qu'on s'enfonce dans les abîmes de violence, ouvrant le texte sur de nouvelles dimensions sans le surligner. Il est déjà assez pessimiste. Le pillowman
À la Licorne, jusqu'au 21 février À lire aussi 27 mars 2009 La fusion du ballet et du breakdance23 mars 2009 Woyzeck: rouge, couleur passion...13 mars 2009 Hôtel Pacifique: le couple dans l'impasse5 mars 2009 «Réveillez-vous et chantez!»... un air suranné26 février 2009 Un Bollywood, P.Q., kitsch et wild13 février 2009 Le théâtre abstrait de Christian Lapointe9 février 2009 Kiss Bill 2: la violence ridiculisée30 janvier 2009 Scotstown, l'aliénation du Québec profond23 janvier 2009 Le pillowman ou la fin de l'innocence |