Lundi 13 février 2012 14 h 57 HNE
![]() Théâtre
Le monde de René-Daniel DuboisLili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca. Mise à jour le mardi 4 novembre 2008 à 11 h 30 Une critique de Lili Marin Bob. Autant le titre est court et peu évocateur, autant la pièce est longue et incantatoire. Mûrie et remaniée durant plus d'une dizaine d'années, elle arrive à point pour le 40e anniversaire du Théâtre d'Aujourd'hui, qui en fait une véritable célébration.
Les attentes étaient grandes pour ce nouveau texte de l'auteur de Being at home with Claude, d'autant plus qu'il arrivait porté par Michelle Rossignol. Les résultats sont convaincants, grâce au travail d'acteurs formidables. Malgré certains choix de mise en scène discutables, la parole fulgurante de René-Daniel Dubois ne s'essouffle pas durant les trois heures et demie du spectacle. Il est question d'amour, d'art et de magie dans ce drame moderne, qui aborde aussi la transmission et le courage d'assumer ce que l'on est. Ça commence par un violent coup de foudre, qui fait resurgir une troublante histoire d'amour. Un face à face en vélo entre deux jeunes hommes bouleverse leur existence, qui reposait jusqu'alors sur le mensonge, à soi et aux autres. La puissance des sentiments qui les happent les effraie, mais ils parlent. Beaucoup, et vite. Contrastes Puis, intervient la figure de l'actrice. Elle apparaît d'abord en projection. L'intérieur feutré dans lequel elle est filmée tranche avec le dénuement de la scène, souvent éclairée de manière crue. En fait, c'est tout son univers qui semble décalé par rapport au reste. Son niveau de langage est soutenu, alors que celui des garçons est familier, voire vulgaire ( « La vie, c'est une beurrée de marde qui veut rien dire »). Elle se rappelle avec émotion de l'amour avec un grand A; Andy ne cesse de fuir Bob tellement il craint de se faire mal. Son passé à elle semble ancré à Paris, leur présent se déroule dans les rues du Plateau-Mont-Royal et du centre-ville.
Le recours au film peut toujours se justifier pour marquer la distance avec un événement passé. Cependant, l'esthétique cinématographique choisie aurait gagné à être plus vaporeuse, onirique. Les personnages, filmés de manière frontale, regardant la caméra sans jamais se croiser des yeux, ont totalement déconcentré deux spectateurs devant moi, qui ont évoqué Zizanie, le pastiche de feuilleton que faisait Rock et belles oreilles dans les années 1980... Et, honnêtement, on ne peut pas les blâmer d'y avoir songé. Texte fleuve Les projections participent d'une volonté de René Richard Cyr de maintenir l'attention du public tout au long de ce texte fleuve. Il a aussi choisi de mettre certains passages sur bandes préenregistrées et d'en faire lire d'autres au lutrin ou encore feuille à la main. Cela fonctionne, mais en même temps cela distrait du propos, fort beau. Oui, l'amour est possible, même avec une femme plus vieille. Non, il ne faut pas passer à côté de son talent quand on en a un, même s'il y a toutes sortes d'obstacles à son épanouissement, comme les écoles de théâtre ou les critiques... Le recours au choeur produit un effet beaucoup plus puissant, qui amplifie la charge dramatique. En fait, les déclamations des dix comédiens du choeur sont les seuls passages qui ne donnent pas l'impression d'entendre René-Daniel Dubois lui-même. Car à travers Bob et Andy, c'est le grand intellectuel passionné qui s'exprime, s'exclame et s'extasie. Comme il le fait avec une verve incomparable, d'un romantisme enfiévré mais absolument contemporain, on ne s'en plaint pas. Bob
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