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Victoire de Napoléon

Mise à jour le jeudi 23 octobre 2008 à 15 h 39

« Vivant, il a manqué le monde; mort il le possède! »

C'est ainsi que Chateaubriand louait Napoléon 1er.

À celui qui a manqué le monde pendant sa vie (1769-1821), mais qui s'en est emparé depuis, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) consacre une galerie Empire. Celle-ci sera aussi consacrée aux arts qui ont fleuri sous le règne de l'Empereur.

COLLECTION BEN WEIDER

Photo: MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

à gauche: « Portrait en buste de Napoléon 1er en costume de sacre », huile sur toile, vers 1805, atelier du baron François-Pascal-Simon Gérard, Rome 1770 - Paris 1837; à droite, « l'Apothéose de Napoléon 1er », marbre, vers 1830, atelier de Bertel Thorvaldsen, Copenhague 1770- Copenhague 1844

C'est au don que le culturiste et homme d'affaires Ben Weider a fait de sa collection qu'on doit cette nouvelle exposition permanente.

L'homme d'affaires avait manifesté sa volonté que sa collection d'oeuvres consacrées au règne de Napoléon 1er reste à Montréal. Il avait d'ailleurs réglé, avant sa mort survenue le 17 octobre dernier, les moindres détails de l'exposition, peut-on lire sur le site Internet du musée.

Une collection majeure

Dans un communiqué, la directrice de l'institution, Nathalie Bondil, explique l'importance de son geste: « Cette donation remarquable nous a permis de rassembler un ensemble de prêts à long terme, et même de susciter d'autres dons, permettant au Musée d'avoir - enfin - une galerie Empire. »

Elle ajoute que la nouvelle collection permanente enrichit non seulement le patrimoine montréalais, mais aussi le patrimoine canadien, car cette période faste des arts était jusqu'à présent peu représentée dans les deux.

Nous en serons toujours extrêmement reconnaissants à M. Weider.

— Nathalie Bondil, directrice du MBAM

Des centaines d'objets

La collection réunit, premièrement, des effets personnels ayant appartenu à l'Empereur, notamment:

  • le bicorne porté par Napoléon durant la campagne de Russie en 1812;
  • un cartonnier provenant de la bibliothèque de la Malmaison;
  • un pot à lait aux armes de Napoléon et de Marie-Louise, réalisé par l'orfèvre Martin-Guillaume Biennais;
  • un écritoire-rouleau avec plumier
  • une botte et des gants de cavalier ainsi qu'une chemise.

Tableaux, sculptures, miniatures, objets d'art, estampes et divers documents de nature historique, reliés au souvenir napoléonien, accompagnent cette donation majeure.

Parmi ces objets, notons:

  • un buste de Napoléon 1er en costume de sacre dans son cadre d'époque, peint par l'Atelier du baron Gérard;
  • un buste en marbre de l'atelier néoclassique de Berthel Thorvaldsen
  • un bronze de Jean-Léon Gérôme

Une centaine d'oeuvres et d'objets d'art réalisés sous le Premier Empire font aussi partie de la collection. Ils proviennent non seulement de la collection de Ben Weider, mais aussi de dons et de prêts à long terme des collections du sénateur Serge Joyal, de Power Corporation du Canada, de Roger Prigent ainsi que d'Élaine Bédard et Alexandre de Bothuri Báthory. S'y s'ajoutent des oeuvres des collections du Musée.

La vie et le destin de Napoléon ont passionné l'homme d'affaires Ben Weider. Ce dernier avait réussi, avant sa mort, à rassembler un ensemble de souvenirs historiques liés à la personne de l'Empereur, ensemble qualifié d'exceptionnel dans le communiqué. « Je suis particulièrement passionné par les objets dont je peux imaginer que Napoléon les a utilisés », confiait Ben Weider.

Président fondateur de la Société napoléonienne internationale et conférencier, il était également l'auteur de plusieurs ouvrages historiques sur Napoléon.

Napoléon était un géant de l'histoire et l'une des figures les plus marquantes du XIXe siècle, car il avait contribué à définir l'âge moderne.

— Ben Weider

Napoléon demeure l'un des souverains et chefs militaires les plus célèbres que l'histoire de l'humanité a connus. Une foule d'oeuvres littéraires, de récits historiques, de poèmes épiques, de pièces de théâtre, de symphonies, de films, voire de comédies musicales lui ont été consacrés.

Par ailleurs, la figure de Napoléon fut un important facteur de cohésion au sein du Canada français où l'Empereur devint un symbole de la résistance aux Britanniques, peut-on lire dans le communiqué. Les idées laïques et républicaines de Napoléon ont influencé les milieux intellectuels montréalais, en particulier le Parti canadien de Louis-Joseph Papineau. Le Code civil du Québec, rédigé en 1866 et toujours en vigueur, est fortement inspiré du Code civil français de 1804, surnommé Code Napoléon.

La présence de Napoléon au Canada

La figure de Napoléon, personnifiant la patrie perdue et la fierté nationale, fut un facteur de cohésion au Canada. Bien entendu, à partir du moment où la France révolutionnaire déclarait la guerre à l'Angleterre, les colonies anglaises suivirent, et Napoléon fut logiquement l'objet d'une campagne de diffamation.
« Les Canadiens n'avaient pas compris pourquoi ils avaient été abandonnés par la France en 1763, écrit l'historien Claude Galarneau. Trente ans après, le juge Smith leur en fournissait la raison: Dieu avait séparé le Canada de la France et l'avait confié à l'Angleterre pour lui épargner les horreurs de la Révolution ».
Il y eut une véritable guerre psychologique menée au Canada à l'époque, et plus particulièrement au Bas-Canada, les Anglais redoutant la remontée du fleuve Saint-Laurent par une flotte française.

C'est avec l'exil de Napoléon à Sainte-Hélène que la légende napoléonienne s'implanta avec vigueur au Canada. À sa mort en 1821, le mythe était constitué, l'ogre avait cédé la place au martyr.
« Le sentiment national, poursuit Galarneau, s'exprime souvent par le culte du héros. Ajoutons que la légende s'est répandue ailleurs dans le monde [...] On la retrouve bien entendu aux États-Unis et au Canada. »
L'anthroponymie révèle la ferveur populaire liée à Napoléon au Québec dans les noms de baptême, de quai ou de rue, de bateaux et de restaurants, avec parfois des associations pour le moins paradoxales telles que Louis-Napoléon. La culture savante témoigne aussi de cette ferveur: poésies de F.-X. Garneau et de Napoléon Aubin, nombreux articles dans les imprimés qui relayaient la légende romantique telle que diffusée en France par Balzac, Stendhal, Hugo.
Enfin, la Société française du Canada, créée par des immigrants français en 1835, se plaçait sous le signe de l'Empereur en fêtant chaque année le 15 août son saint patronyme (qui d'ailleurs avait été inventé de toutes pièces sous l'Empire) « dans une salle ornée de souvenirs napoléoniens, chaque membre portant à la boutonnière une médaille en argent à l'effigie de Napoléon » comme le raconte Galarneau.
Le sentiment national avait besoin d'un héros qui allait servir de catalyseur au mouvement des nationalités. Comment le Québec aurait-il pu rester étranger au mythe, lui qui avait le plus grand besoin d'un héros, qui avait d'abord perdu sa mère patrie en 1763 et son père trente ans après? » Aujourd'hui, cette figure emblématique rappelle encore l'origine du Code civil en vigueur au Québec.

Nathalie Bondil
directrice du Musée des beaux-arts de Montréal

Ben Weider souhaitait que sa collection soit accessible au plus large public possible. C'est ce qui explique qu'il ait fait ce don au Musée. Les salles Napoléon du Musée des beaux-arts de Montréal sont ouvertes au public, en tout temps, à compter du vendredi 24 octobre, à 11 h. L'entrée est gratuite.

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