
Josée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada.
Le fou de Dieu
Une critique de Josée Bilodeau
Benoît McGinnis s'approprie avec brio le superbe personnage imaginé par Stéphane Brulotte dans sa première pièce, Le fou de Dieu.
On nous avait parlé d'une pièce sur la lumière. Mais elle ne manque pas d'ombre, cette plongée dans les zones troubles de la maladie mentale.
Le fou de Dieu est un texte dense, empreint de lyrisme, écrit dans une langue riche où on ne force jamais le trait.
Cette première pièce remarquable que signe le comédien Stéphane Brulotte est une magnifique partition pour acteur que s'approprie avec fougue et talent Benoît McGinnis.
Émule de François d'Assise
Le fou de Dieu en question, c'est François Bernardin, un jeune champion d'escrime qui a même porté le drapeau olympique.
Maintenant il a laissé tomber les honneurs et la vie matérielle. Il est en quête d'absolu.
C'est aussi un être profondément perturbé qui a cessé de prendre ses médicaments parce qu'il « n'entendait plus rien ». Il parle aux oiseaux et croit être la réincarnation de François d'Assise, tout en étant moderne, indéniablement issu de notre époque complexe qui porte son lot d'injustices sociales et qui place la performance au-dessus de tout.
Le saut de l'ange
Sur le toit d'un appartement du centre-ville, devant un colombier désert, un policier essaie de convaincre le jeune homme de ne pas sauter. Il lui demande une heure, rien qu'une heure pendant laquelle il tentera aussi de savoir ce qui s'est passé plus tôt. Ce qui a conduit sa mère à faire le saut de l'ange.
McGinnis livre une performance spectaculaire, très physique et précise. Comme François au bord du toit, il se tient toujours en équilibre précaire et vertigineux entre les différentes réalités de son personnage, traversant des états limites, émergeant d'extases avec une remarque ironique bien placée. De courts moments de répit où l'on rit avec bonheur.
![]() Benoît McGinnis dans Le fou de Dieu |
Quand il nous regarde du haut de ce toit (magnifique décor de Jonas V. Bouchard nous offrant une vue en contre-plongée impressionnante), il peut être si grand que son personnage touche au sublime.
Soutenu sur scène par les autres comédiens (Lise Roy est prenante dans le rôle de la mère, et Jacques Baril très efficace dans ceux du policier et du père), McGinnis ne nous perd jamais dans les dédales de son délire. Non seulement le texte est bien construit, mais la direction d'acteurs du metteur en scène Marc Béland est d'une grande précision.
« C'est un spectacle d'acteurs, écrit par un acteur et mis en scène par un acteur », disait Dominique Champagne, le directeur artistique du Théâtre il va sans dire qui produit la pièce. Le résultat est puissant, et on en ressort ébranlé. Très ébranlé.
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Le fou de Dieu
texte Stéphane Brulotte |