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Terre océane: émotion sans pathosJosée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada. Mise à jour le lundi 29 octobre 2007 à 8 h 30
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Une critique de Josée Bilodeau Terre océane fait partie de ces histoires qui font du bien, par sa beauté, par son humanité, par sa poésie. C'est pourtant un sujet difficile que Daniel Danis aborde dans ce récit qui ressemble à un conte initiatique. L'auteur du Langue-à-langue des chiens de roches et du Chant du Dire-Dire relate ici la maladie et la mort d'un enfant, Gabriel, 10 ans, atteint d'un cancer incurable. Le récit commence quand l'enfant malade est renvoyé auprès de son père adoptif, Antoine, par sa mère qui ne veut pas affronter l'épreuve. Se sentant démuni devant la maladie de Gabriel, qu'il n'a même pas vu grandir, Antoine l'emmène au fond des bois, chez l'oncle Dave, celui qui lui a servi de père quand il était enfant. Dans ce refuge coupé du monde, le vieux chaman aide l'enfant à apprivoiser la douleur et le prépare à la mort. La pièce est découpée en courtes scènes qui s'enchaînent de façon fluide. Les différents temps de narration sont finement entrelacés. Une fois passé le moment d'adaptation à ce mode narratif exigeant - la portion imposante de narration est prise en charge tour à tour par les différents personnages - on s'abandonne à la beauté de la langue et de l'histoire. Le metteur en scène Gill Champagne a opposé au foisonnement du texte un dépouillement par moments grandiose, tant pour le jeu des comédiens, sobre et juste, que pour la mise en place et la scénographie. Le pathos est habilement évité, sans que soit étouffée l'émotion pour autant. Une distribution mixte
La distribution mixte (deux acteurs français, deux québécois), est le fruit d'une coproduction transatlantique entre quatre compagnies théâtrales. Les comédiens sont tous d'excellents porteurs de l'histoire. Ils naviguent aisément entre le jeu et la narration. S'il est d'abord étrange d'entendre cette langue près du parler québécois dans la bouche de comédiens français, on en goûte rapidement la différence, la « saveur ajoutée ». Dans le rôle de Gabriel, le jeune comédien québécois Sébastien René arrive à nous faire croire qu'il est un enfant. Et la présence sur scène du comédien français François Clavier fascine avant même qu'il ait ouvert la bouche. Il donne un charisme frappant à l'oncle Dave, ce personnage plus grand que nature. Le vertige des grands espaces On retrouve dans Terre océane la langue à la fois imagée et concrète de Danis, une langue qui ouvre de vastes territoires, comme cette étendue au-delà de la forêt et de la vie, où l'enfant plonge avec ses « ailes de poisson » pour la grande traversée. Le décor mouvant, épuré et magnifique, de Jean Hazel, que les éclairages d'Éric Guilbaud transforment constamment, contribue au vertige des grands espaces, si bien qu'on y croit aussi, quelque part, à cette « terre océane ». Dans cet univers d'hommes, il est question de déracinement, de transmission, d'accompagnement et de deuil. Il est question de vie, de rencontre et de retrouvailles. La filiation en est une de coeur. Il s'agit de savoir accueillir l'autre, et de savoir lui dire adieu. Terre océane, de Daniel Danis À lire aussi 10 juillet 2008 L'envers du décor2 juillet 2008 Petites névroses conjugales9 juin 2008 Wulustek: constat lucide4 juin 2008 L'invisible: le mystère reste entier30 mai 2008 Seagull play: autour de Tchekhov28 mai 2008 Oxygène: une bouffée d'air frais28 mai 2008 mady-baby.edu: la disparue28 mai 2008 La marea: fragments d'humanité26 mai 2008 Rex: humour country21 mai 2008 Pi...?! : le goût de la vie |