La
révolution numérique a contaminé toute
la planète. Un simple clic suffit pour obtenir un morceau
de musique. Où que vous soyez, à chaque minute,
des millions de fichiers musicaux sont téléchargés,
piratés sur Internet. La culture du partage et du gratuit
est devenue un phénomène de masse. 100 millions
d'utilisateurs s'échangent ainsi des milliards de fichiers
sur les réseaux Point à Point.
Ce
reportage n'est pas disponible sur Internet pour une
question de droits d'auteur.
La
musique
Aux
États-Unis, la Recording Industry Association of America
(RIAA) a sorti ses griffes et poursuivi plus de mille internautes
au cours de la dernière année. L'offensive contre
le piratage a commencé il y a un peu plus de 2 ans, quand
les multinationales de la musique ont forcé la fermeture
de Napster, un site de téléchargement en territoire
américain. Depuis, Kazaa, l'autre grand ennemi de ces multinationales
s'est métamorphosé en une insaisissable créature.
Christina
Malouff
Basée
aux Pays-Bas, la compagnie s'éteint en 2002 et renaît
quelques jours plus tard. Mais il est impossible de savoir où
sont ses fondateurs suédois ni qui dirige l'entreprise. Kazaa
a quelques 60 millions de fidèles à travers le monde
surtout chez les jeunes comme Christina Malouff qui vit avec sa
famille en banlieue de San Francisco. Âgée de 17 ans,
elle adore la musique et s'est amusée comme la majorité
des adolescents à télécharger plus d'un millier
de pièces musicales. Jusqu'au jour où la RIAA a réclamé
dédommagement pour les pertes encourues.
Quand
Raymond Malouff, le père de Christina, a reçu la poursuite,
il s'est tourné vers Electronic Frontier Foundation. Depuis
plus de 10 ans, l'Electronic Frontier Fondation est devenue la plus
grande organisation américaine à lutter pour les consommateurs
afin que les industries culturelles et les législateurs s'ajustent
aux nouvelles réalités technologiques. L'organisme
l'a mis en contact avec un des nombreux avocats qui offrent gratuitement
leurs services pour protéger les libertés fondamentales
des internautes.
Dans ce cas, la poursuite joue très dure et traite souvent
les jeunes comme s'ils étaient membres du crime organisé.
Les avocats de la RIAA qui exigent 5 000 $ en dédommagement,
exercent des pressions auprès de Christina pour qu'elle dénonce
des amis et un de ses professeurs qui avait gravé un cd avec
les chansons favorites des élèves.
Mme
Malouff : « C'est une pression énorme sur les
filles, elles n'avaient aucune idée qu'elles faisaient quelque
chose d'illégal et quand la plainte est venue, Christina,
ma fille de 17 ans, était très fâchée.
Elle était dégoûtée parce qu'elle adore
la musique. »
Au
cur du débat, se retrouve le système d'échange
Point à Point ou Peer to Peer en anglais. En accédant
à ces sites, tous les participants envoient la liste de ce
qu'ils ont à offrir à un réseau central. Lorsqu'un
membre cherche un fichier de musique, de logiciel ou de film, il
en fait la demande à l'ordinateur central qui joue le rôle
d'annuaire en indiquant quel ordinateur a la ressource. Une fois
trouvé, les ordinateurs se mettent en lien et le téléchargement
peut s'amorcer.
Derek
Broes
Derek
Broes, vice-president d' Altnet, représente l'ennemi de l'industrie
culturelle. Sa compagnie, partenaire de Sharman Networks, est chargée
de la distribution de fichiers payants légaux sur KaZaa.
Un excellent réseau de distribution selon Broes qui a approché
sans succès les grands du disque qui luttent contre des pertes
en vente de disque estimées annuellement à 4,3 milliards
de dollars.
La
compagnie Sony a compris, elle, qu'elle pouvait tirer profit de
cette nouvelle technologie et fabrique maintenant des lecteurs MP3
et des graveurs de cd et dvd. D'un autre côté, Sony,
producteur de disques, poursuit par l'entremise de la RIAA les utilisateurs
de cette technologie.
Bill
St-Georges est directeur général de Musicor, membre
de la grande famille Quebecor. Il distribue le disque Wilfred LeBouthillier,
le gagnant de Star Académie dont le disque a été
piraté avant même sa mise en vente. Bill St-Georges : « On
a vendu quand même 100 000 disques en moins d'un mois. Est-ce
qu'on aurait vendu 200 000 disques? Je ne peux répondre,
mais j'ai tendance à penser que ça nous fait mal.
Ça ne fait pas que blesser l'auteur-compositeur, ça
blesse tous les gens autour. »
Entre
septembre 2002 et septembre 2003, la ventes de cd a chuté
de 12,7%. Heureusement pour nous, au Québec, la baisse n'a
été que de 2,6 %. En décembre dernier, l'empire
Quebecor, par la voix de la présidente du Groupe Ar-chambault,
lançait une campagne de sensibilisation contre le piratage
et plaidait en faveur de poursuites comme aux États-Unis.Ceux
qui perdent le plus d'argent avec le piratage, ce ne sont pas les
artistes, mais l'industrie. L'interprète n'obtient que 9%
du prix du disque et l'auteur-compositeur, un maigre 5,5%, alors
que les distributeurs et les détaillants empochent près
de 50%, le fabricant 9% et les maisons de disque représentées
par l'ADISQ récolte 28%. L'ADISQ réclame que les fournisseurs
d'Internet mettent sur pied un fond pour aider l'industrie de la
musique. L'argument étant qu'ils font beaucoup d'argent avec
tous ceux qui s'abonnent dans le but de télécharger.
Yves-François
Blanchet, président de l'ADISQ : « L'ADISQ
préconise que les fournisseurs d'accès Internet au
Québec fournissent 3% de leur recette à un fond pour
soutenir le développement du talent canadien, pour compenser
la perte que nous avons et dans l'intervalle de l'établissement
d'un véritable modèle. »
Natalie
Larivière, présidente et directrice générale
de Groupe Archambault : « Le statu quo est toujours
plus confortable que de changer. Je pense que l'industrie a compris
le message, la musique est numérique maintenant, la musique
circule maintenant, puis l'industrie doit faire avec. Donc, elle
doit proposer des solutions attrayantes aux consommateurs. »
Au
risque de voir le marché de la distribution s'effondrer,
l'industrie de la musique commence à miser sur la vente de
pièces musicales à l'unité. Des dizaines de
sites dans la monde, dont la maison Archambault au Québec,
se sont ouverts au cours de la dernière année. Chaque
chanson se vend 99 cents.
Natalie
Larivière : « La gratuité entraîne
la non-rentabilité du modèle d'affaire : plus de rentabilité
plus de production, plus de production plus d'album. Donc, il y
a pas de modèle économique gratuit qui se soutient.
Pourquoi payer $1? Pour assurer qu'on aura accès à
de la musique, qu'on aura accès à du contenu diversifié
et qu'on continuera d'investir dans la création. »
Si
la refonte de l'industrie de la musique ne fonctionne pas, ce ne
sera pas faute d'avoir essayé.
Le
cinéma
L'industrie
du cinéma est aussi touchée par le phénomène
du téléchargement. Avec 600 000 films téléchargés
chaque jour sur Internet, Hollywood a fait appel aux simples artisans
de l'industrie du cinéma pour sensibiliser la population
au danger du piratage. La vente de dvd et de vhs représente
aujourd'hui 50 % du chiffre d'affaires de l'industrie du film. Le
marché du dvd est florissant, les ventes ont procuré
12 milliards de dollars de revenus en 2003 : une progression
de 34 %. Une nouvelle manne qu'Hollywood ne veut pas laisser échapper.
Mais pour l'instant, Holly-wood n'entend pas poursuivre les internautes
qui ont piraté leurs films.
À
l'arrivée du magnétoscope, Hollywood a cru que le
cinéma allait mourir. Dans l'affaire Bétamax, Universal
Studio a poursuivi Sony jusqu'en Cour suprême voulant tenir
le fabricant responsable du piratage qui pourrait être pratiqué
avec l'appareil. Hollywood a perdu.
Le
logiciel actuel permettant de copier les dvd est légal, mais
Hollywood est en cour pour en interdire la vente. Les pertes annuelles
imputées aux copies pirates sur support physique s'élèvent
à 3,5 milliards de dollars. Quant aux films piratés
sur Internet, le phénomène n'a pas encore atteint
l'ampleur que l'on connaît en musique, pour des raisons essentiellement
techniques. Le téléchargement d'un film prend plusieurs
heures, mais ça pourrait très vite changer.
L'équipe
du professeur Steven Low de Caltech, l'institut de Technologie de
Californie travaille à un programme expérimental,
appelé FAST. Ce protocole permet déjà d'acheminer
des données 200 fois plus rapidement que la plus haute vitesse
actuellement disponible. L'industrie du cinéma ne veut pas
tomber dans le même piège que les multinationales de
la musique en niant les avancées de la technologie. Ils ont
déjà contacté le professeur Lowe.
La
télévision
Après
la musique et le cinéma, ce sera au tour de la télévision
d'affronter les changements technologiques. Microsoft offre la première
génération d'un logiciel, Window Media Center, qui
transforme l'ordinateur traditionnel en un centre multi-média
branché au téléviseur. Vous pouvez écouter
de la musique, visionner vos films, vous amuser avec des jeux vidéo,
surfer sur l'Internet, écrire des courriels. S'il vous reste
un peu de temps, vous pourrez également écouter vos
émissions préférées quand bon vous semble,
car vous pourrez enregistrer jusqu'à 40 heures de télévision
sur votre disque dur.
En plus de l'arrivée du Média Center de Microsoft,
on estime qu'à la fin de 2004, la moitié de ceux qui
sont câblés au Canada auront un accès numérique,
ce qui leur permettra d'utiliser un enregistreur qui menace la pub.
Ces probabilités laissent présager que les télédiffuseurs
devront songer à d'autres sources de financement et devront
repenser leur façon de faire de la télévision.
Depuis
que la mire de Radio-Canada est apparue sur vos écrans en
1952, la télévision n'a cessé de se réinventer.
La couleur est apparue, la compétition est née, les
canaux spécialisés se sont multipliés, tout
ce temps-là la bataille se livrait au niveau de l'horaire
de la programmation. Maintenant, les choses risquent de changer.
La
téléphonie
Spécialiste
en production audiovisuelle, Martin Dignard voyage aux quatre coins
du monde pour son travail et il a trouvé les moyens d'oublier
la distance. Quand il doit quitter la maison pour plusieurs semaines,
il reste en contact avec sa famille en utilisant la téléphonie
par Internet. Un interurbain gratuit est un grand avantage qui compense
pour la qualité de l'image, loin d'être parfaite, et
le son qui peut laisser à désirer selon la vitesse
de branchement.
Le
système de Martin Dignard requiert l'achat d'une caméra,
d'autres, également gratuits, n'offrent que l'audio. Les
créateurs de Kazaa, ennemi public numéro un de l'industrie
de la musique, ont décidé de s'attaquer à la
téléphonie. Ils ont rendu disponible un logiciel de
téléphonie point à point. Il suffit que deux
personnes téléchargent le logiciel pour qu'elles puissent
se parler n'importe où dans le monde. Au Canada, aucune réglementation
empêche la diffusion du logiciel Skype (qui permet des appels
d'un ordinateur à un autre) qui en quelques mois a réussi
à attirer plus de 7 millions de clients à travers
le monde.
En
conclusion
Les
grandes industries du divertissement et des télécommunication
manquent souvent de vision. Elles recherchent essentiellement la
rentabilité en voulant plaire à leurs actionnaires.
L'Internet et toutes les nouvelles technologies numériques
bouleversent tous leurs modèles d'affaire, mais donnent à
la population de plus en plus de pouvoir sur sa façon de
consommer. Reste à trouver un nouveau modèle rentable
et juste pour les créateurs.
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes
de Radio-Canada le vendredi à 21 h.
Elle
sera présentée en rediffusion dans le cadre
de l'émission Place publique, le jeudi
à 12 h 30, et sera alors enrichie par des
commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra
à des questions des téléspectateurs soulevées
par l'émission.
L'émission
est aussi rediffusée intégralement sur les ondes
de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à
1 h.
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