.   Adaptation pour Internet : Josée Plourde

Émission du 5 mars 2004

LE PIRATAGE SUR INTERNET

La révolution numérique a contaminé toute la planète. Un simple clic suffit pour obtenir un morceau de musique. Où que vous soyez, à chaque minute, des millions de fichiers musicaux sont téléchargés, piratés sur Internet. La culture du partage et du gratuit est devenue un phénomène de masse. 100 millions d'utilisateurs s'échangent ainsi des milliards de fichiers sur les réseaux Point à Point.

Journaliste : Solveig Miller
Réalisateur : 
Roger Archambault


Ce reportage n'est pas disponible sur Internet pour une question de droits d'auteur.

La musique

Aux États-Unis, la Recording Industry Association of America (RIAA) a sorti ses griffes et poursuivi plus de mille internautes au cours de la dernière année. L'offensive contre le piratage a commencé il y a un peu plus de 2 ans, quand les multinationales de la musique ont forcé la fermeture de Napster, un site de téléchargement en territoire américain. Depuis, Kazaa, l'autre grand ennemi de ces multinationales s'est métamorphosé en une insaisissable créature.

Christina Malouff

Basée aux Pays-Bas, la compagnie s'éteint en 2002 et renaît quelques jours plus tard. Mais il est impossible de savoir où sont ses fondateurs suédois ni qui dirige l'entreprise. Kazaa a quelques 60 millions de fidèles à travers le monde surtout chez les jeunes comme Christina Malouff qui vit avec sa famille en banlieue de San Francisco. Âgée de 17 ans, elle adore la musique et s'est amusée comme la majorité des adolescents à télécharger plus d'un millier de pièces musicales. Jusqu'au jour où la RIAA a réclamé dédommagement pour les pertes encourues.

Quand Raymond Malouff, le père de Christina, a reçu la poursuite, il s'est tourné vers Electronic Frontier Foundation. Depuis plus de 10 ans, l'Electronic Frontier Fondation est devenue la plus grande organisation américaine à lutter pour les consommateurs afin que les industries culturelles et les législateurs s'ajustent aux nouvelles réalités technologiques. L'organisme l'a mis en contact avec un des nombreux avocats qui offrent gratuitement leurs services pour protéger les libertés fondamentales des internautes.

Dans ce cas, la poursuite joue très dure et traite souvent les jeunes comme s'ils étaient membres du crime organisé. Les avocats de la RIAA qui exigent 5 000 $ en dédommagement, exercent des pressions auprès de Christina pour qu'elle dénonce des amis et un de ses professeurs qui avait gravé un cd avec les chansons favorites des élèves. 

Mme Malouff : « C'est une pression énorme sur les filles, elles n'avaient aucune idée qu'elles faisaient quelque chose d'illégal et quand la plainte est venue, Christina, ma fille de 17 ans, était très fâchée. Elle était dégoûtée parce qu'elle adore la musique. »

Au cœur du débat, se retrouve le système d'échange Point à Point ou Peer to Peer en anglais. En accédant à ces sites, tous les participants envoient la liste de ce qu'ils ont à offrir à un réseau central. Lorsqu'un membre cherche un fichier de musique, de logiciel ou de film, il en fait la demande à l'ordinateur central qui joue le rôle d'annuaire en indiquant quel ordinateur a la ressource. Une fois trouvé, les ordinateurs se mettent en lien et le téléchargement peut s'amorcer.

Derek Broes

Derek Broes, vice-president d' Altnet, représente l'ennemi de l'industrie culturelle. Sa compagnie, partenaire de Sharman Networks, est chargée de la distribution de fichiers payants légaux sur KaZaa. Un excellent réseau de distribution selon Broes qui a approché sans succès les grands du disque qui luttent contre des pertes en vente de disque estimées annuellement à 4,3 milliards de dollars.

La compagnie Sony a compris, elle, qu'elle pouvait tirer profit de cette nouvelle technologie et fabrique maintenant des lecteurs MP3 et des graveurs de cd et dvd. D'un autre côté, Sony, producteur de disques, poursuit par l'entremise de la RIAA les utilisateurs de cette technologie.

Bill St-Georges est directeur général de Musicor, membre de la grande famille Quebecor. Il distribue le disque Wilfred LeBouthillier, le gagnant de Star Académie dont le disque a été piraté avant même sa mise en vente. Bill St-Georges : « On a vendu quand même 100 000 disques en moins d'un mois. Est-ce qu'on aurait vendu 200 000 disques? Je ne peux répondre, mais j'ai tendance à penser que ça nous fait mal. Ça ne fait pas que blesser l'auteur-compositeur, ça blesse tous les gens autour. »

Entre septembre 2002 et septembre 2003, la ventes de cd a chuté de 12,7%. Heureusement pour nous, au Québec, la baisse n'a été que de 2,6 %. En décembre dernier, l'empire Quebecor, par la voix de la présidente du Groupe Ar-chambault, lançait une campagne de sensibilisation contre le piratage et plaidait en faveur de poursuites comme aux États-Unis.Ceux qui perdent le plus d'argent avec le piratage, ce ne sont pas les artistes, mais l'industrie. L'interprète n'obtient que 9% du prix du disque et l'auteur-compositeur, un maigre 5,5%, alors que les distributeurs et les détaillants empochent près de 50%, le fabricant 9% et les maisons de disque représentées par l'ADISQ récolte 28%. L'ADISQ réclame que les fournisseurs d'Internet mettent sur pied un fond pour aider l'industrie de la musique. L'argument étant qu'ils font beaucoup d'argent avec tous ceux qui s'abonnent dans le but de télécharger.

Yves-François Blanchet, président de l'ADISQ : « L'ADISQ préconise que les fournisseurs d'accès Internet au Québec fournissent 3% de leur recette à un fond pour soutenir le développement du talent canadien, pour compenser la perte que nous avons et dans l'intervalle de l'établissement d'un véritable modèle. »

Natalie Larivière, présidente et directrice générale de Groupe Archambault : « Le statu quo est toujours plus confortable que de changer. Je pense que l'industrie a compris le message, la musique est numérique maintenant, la musique circule maintenant, puis l'industrie doit faire avec. Donc, elle doit proposer des solutions attrayantes aux consommateurs. »

Au risque de voir le marché de la distribution s'effondrer, l'industrie de la musique commence à miser sur la vente de pièces musicales à l'unité. Des dizaines de sites dans la monde, dont la maison Archambault au Québec, se sont ouverts au cours de la dernière année. Chaque chanson se vend 99 cents.

Natalie Larivière : « La gratuité entraîne la non-rentabilité du modèle d'affaire : plus de rentabilité plus de production, plus de production plus d'album. Donc, il y a pas de modèle économique gratuit qui se soutient. Pourquoi payer $1? Pour assurer qu'on aura accès à de la musique, qu'on aura accès à du contenu diversifié et qu'on continuera d'investir dans la création. »

Si la refonte de l'industrie de la musique ne fonctionne pas, ce ne sera pas faute d'avoir essayé.


Le cinéma

L'industrie du cinéma est aussi touchée par le phénomène du téléchargement. Avec 600 000 films téléchargés chaque jour sur Internet, Hollywood a fait appel aux simples artisans de l'industrie du cinéma pour sensibiliser la population au danger du piratage. La vente de dvd et de vhs représente aujourd'hui 50 % du chiffre d'affaires de l'industrie du film. Le marché du dvd est florissant, les ventes ont procuré 12 milliards de dollars de revenus en 2003 : une progression de 34 %. Une nouvelle manne qu'Hollywood ne veut pas laisser échapper. Mais pour l'instant, Holly-wood n'entend pas poursuivre les internautes qui ont piraté leurs films.

À l'arrivée du magnétoscope, Hollywood a cru que le cinéma allait mourir. Dans l'affaire Bétamax, Universal Studio a poursuivi Sony jusqu'en Cour suprême voulant tenir le fabricant responsable du piratage qui pourrait être pratiqué avec l'appareil. Hollywood a perdu.

Le logiciel actuel permettant de copier les dvd est légal, mais Hollywood est en cour pour en interdire la vente. Les pertes annuelles imputées aux copies pirates sur support physique s'élèvent à 3,5 milliards de dollars. Quant aux films piratés sur Internet, le phénomène n'a pas encore atteint l'ampleur que l'on connaît en musique, pour des raisons essentiellement techniques. Le téléchargement d'un film prend plusieurs heures, mais ça pourrait très vite changer.

L'équipe du professeur Steven Low de Caltech, l'institut de Technologie de Californie travaille à un programme expérimental, appelé FAST. Ce protocole permet déjà d'acheminer des données 200 fois plus rapidement que la plus haute vitesse actuellement disponible. L'industrie du cinéma ne veut pas tomber dans le même piège que les multinationales de la musique en niant les avancées de la technologie. Ils ont déjà contacté le professeur Lowe.

La télévision

Après la musique et le cinéma, ce sera au tour de la télévision d'affronter les changements technologiques. Microsoft offre la première génération d'un logiciel, Window Media Center, qui transforme l'ordinateur traditionnel en un centre multi-média branché au téléviseur. Vous pouvez écouter de la musique, visionner vos films, vous amuser avec des jeux vidéo, surfer sur l'Internet, écrire des courriels. S'il vous reste un peu de temps, vous pourrez également écouter vos émissions préférées quand bon vous semble, car vous pourrez enregistrer jusqu'à 40 heures de télévision sur votre disque dur.

En plus de l'arrivée du Média Center de Microsoft, on estime qu'à la fin de 2004, la moitié de ceux qui sont câblés au Canada auront un accès numérique, ce qui leur permettra d'utiliser un enregistreur qui menace la pub. Ces probabilités laissent présager que les télédiffuseurs devront songer à d'autres sources de financement et devront repenser leur façon de faire de la télévision.

Depuis que la mire de Radio-Canada est apparue sur vos écrans en 1952, la télévision n'a cessé de se réinventer. La couleur est apparue, la compétition est née, les canaux spécialisés se sont multipliés, tout ce temps-là la bataille se livrait au niveau de l'horaire de la programmation. Maintenant, les choses risquent de changer.

La téléphonie

Spécialiste en production audiovisuelle, Martin Dignard voyage aux quatre coins du monde pour son travail et il a trouvé les moyens d'oublier la distance. Quand il doit quitter la maison pour plusieurs semaines, il reste en contact avec sa famille en utilisant la téléphonie par Internet. Un interurbain gratuit est un grand avantage qui compense pour la qualité de l'image, loin d'être parfaite, et le son qui peut laisser à désirer selon la vitesse de branchement.

Le système de Martin Dignard requiert l'achat d'une caméra, d'autres, également gratuits, n'offrent que l'audio. Les créateurs de Kazaa, ennemi public numéro un de l'industrie de la musique, ont décidé de s'attaquer à la téléphonie. Ils ont rendu disponible un logiciel de téléphonie point à point. Il suffit que deux personnes téléchargent le logiciel pour qu'elles puissent se parler n'importe où dans le monde. Au Canada, aucune réglementation empêche la diffusion du logiciel Skype (qui permet des appels d'un ordinateur à un autre) qui en quelques mois a réussi à attirer plus de 7 millions de clients à travers le monde.

En conclusion

Les grandes industries du divertissement et des télécommunication manquent souvent de vision. Elles recherchent essentiellement la rentabilité en voulant plaire à leurs actionnaires. L'Internet et toutes les nouvelles technologies numériques bouleversent tous leurs modèles d'affaire, mais donnent à la population de plus en plus de pouvoir sur sa façon de consommer. Reste à trouver un nouveau modèle rentable et juste pour les créateurs.



L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h.

Elle sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission Place publique, le jeudi à 12 h 30, et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra à des questions des téléspectateurs soulevées par l'émission.

L'émission est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.

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