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Confidences
à Mimi
Elle
s'appelle Zlata Filipovitch. À 12 ans, comme beaucoup de
petites filles, elle écrivait son journal. Elle racontait
les joies de la vie quotidienne à un personnage fictif qu'elle
nommait Mimi. Mais au printemps de 1992, la guerre est arrivée
aux portes de Sarajevo et a fait irruption dans le journal de Zlata.
Les préoccupations ordinaires ont alors disparu pour faire
place à l'incompréhension, la colère et la
peur de mourir. Zlata s'est mise à décrire quotidiennement
son enfance volée par la guerre, comme Anne Frank. Elle redoutait
la fin tragique de cette guerre.
« Dear
Mimi, en politique, rien de neuf. On vote des résolutions
et, pendant ce temps, nous mourons, nous gelons, nous disons
adieu à nos amis. Je cherche tout le temps à comprendre
cette connerie de politique. J'ai vraiment l'impression que
c'est elle qui a provoqué la guerre. Pourquoi la politique
nous rend-elle malheureux, pourquoi veut-elle nous séparer?
Alors que tout seuls, nous savons qui est bon et qui ne l'est
pas? »
- Extrait du journal de Zlata |
Elle
va vendre 1 million d'exemplaires de ce journal à travers
le monde, qui sera traduit en 35 langues, et Universal Studio achètera
les droits cinématographiques pour 1 million de dollars.
« Je
regarde papa. Ce qu'il a maigri! Il a perdu 25 kilos. À
le voir comme ça, j'ai l'impression que ça doit
être plus encore. Maman aussi a bien maigri. La guerre
a creusé des rides dans son visage. Mon Dieu! Qu'est-ce
que cette guerre a fait à mes parents? Ils ne ressemblent
plus à mon père et à ma mère. Est-ce
que tout va s'arrêter un jour? »
- Extrait du journal de Zlata |
On s'intéresse
à l'histoire de Zlata
Zlata
raconte qu'UNICEF voulait publier le journal d'un enfant de Sarajevo.
Ils ont choisi le meilleur journal parmi les différentes
écoles de la ville. C'était celui de Zlata.
La
photographe Alexandra Boulat fait la découverte de Zlata.
En reportage à Sarajevo, elle avait entendu parler du journal.
Elle décide de faire des photos qui feront le tour du monde.
Alexandra : « Je pense que les gens ont
pu s'identifier à Zlata en voyant ces photos. Elle donnait
un visage à cette guerre. »
De
retour à Paris, Alexandra Boulat convainc une journaliste
du Figaro Magazine, Christiane Rancet, d'écrire un
article.
Christiane Rancet : « Elle habitait dans
ce quartier, au pied de la colline où étaient les
francs-tireurs. J'ai compris ce qu'ils devaient ressentir. C'était
vraiment un piège. Sarajevo était en train de devenir
un piège. On avait vraiment cette impression de trappe, avec
des gens dans une tanière et qui ne pouvaient pas en sortir.
[
] Ces gens-là vivaient tous les jours, toutes les
nuits sans savoir ni quand ça allait se terminer ni même
si ça allait se terminer, sauf par la mort. Il faut avoir
quand même une sacrée force d'âme pour le supporter
et pour continuer de s'occuper de sa famille, de se préoccuper
de sa grand-mère, d'essayer de faire des visites à
ses amis, ce qu'elle a continué à faire. »
Son
enfance volée
« La
guerre va-t-elle prendre fin avec le premier jour d'automne?
J'ai tellement été déçue par tous
les cessez-le-feu et toutes les signatures d'accords précédents
que je n'y crois pas. Non, je ne peux pas y croire, car aujourd'hui
encore, un obus a coûté la vie à un petit
garçon de 3 ans et blessé sa sur et sa mère.
Je sais aussi qu'il n'y a plus de place dans les cimetières
et les parcs pour de nouvelles victimes. Peut-être pour
cette raison, cette folie devrait cesser. »
- Extrait du journal de Zlata |
Afin
d'aider Zlata et ses parents, Alexandra Boulat et Christiane Rancet
proposent le journal à l'éditeur français Bernard
Fixot, qui, au départ, hésite à le publier,
mais qui se lance finalement dans l'aventure. Alexandra retourne
à Sarajevo voir Zlata et lui dit qu'un éditeur français
veut publier son livre, et qu'en plus, il propose de la sortir de
Sarajevo avec sa famille.
Le
temps passe, la guerre s'enlise, Alexandra va la voir pour lui dire
qu'on ne l'a pas oubliée. Zlata raconte qu'elle a rencontré
Alexandra à plusieurs reprises et qu'elle se sent proche
d'elle. Elle confie à son journal qu'on la compare à
Anne Frank et qu'elle a peur de finir comme elle. Zlata : « J'ai
lu le journal d'Anne Frank, et ça m'a beaucoup touchée.
Je pensais que c'était horrifiant qu'une chose comme ça
puisse arriver à une fille de 13,14,15 ans, qui était
innocente, qui était juste née Juive, et ça
a donné une définition à sa vie et à
sa mort. »
Finalement,
le 7 décembre 1993, presque deux ans après le début
de la guerre, l'éditeur Bernard Fixot prévient Zlata
que tout est prêt et qu'il va venir la chercher avec ses parents.
Zlata
raconte qu'ils ont fait leurs bagages et distribué leur nourriture
à tout le monde. Mais l'entreprise a échoué.
Bernard Fixot avait pourtant eu l'autorisation d'aller à
Sarajevo. Mais une fois en Italie, les militaires lui ont interdit
l'accès à Sarajevo, pour des raisons de sécurité.
« Il
n'y a plus d'arbres qui se réveillent, plus d'oiseaux.
La guerre a tout détruit. Plus de cris d'enfants, plus
de jeux. Les enfants ne semblent plus être des enfants.
On leur a pris leur enfance. Et sans enfance, il n'y a pas d'enfants.
J'ai l'impression que Sarajevo meurt lentement, disparaît. »
- Extrait du journal de Zlata |
Sortir
de la guerre
L'éditeur
raconte que de retour à Paris, il a discuté avec une
journaliste de FR3. Cette dernière lui a offert de parler
de l'affaire au journal de 22 h 30 avec François
Léotard, le ministre français des Armées. L'éditeur
propose d'organiser un duplex avec Zlata à Sarajevo. Finalement,
c'est lors de ce duplex que le ministre s'engage publiquement à
la faire sortir, elle et sa famille, de Sarajevo, avec l'aide de
l'ONU.
Zlata : « Le
23 décembre, on est partis. Je me sentais très coupable.
Pourquoi moi? Je voulais partir, bien sûr, mais je pensais
à tout le monde qui restait. Je pensais que mon grand-père
aurait pu partir à ma place. Pourquoi moi et pas ma meilleure
copine? Pourquoi moi et pas les enfants blessés qui étaient
à l'hôpital? Ça m'a donné beaucoup de
force de parler de ce que j'ai vécu en pensant à tous
ceux qui sont restés, qui n'ont pas eu la chance de partir. »
Du
jour au lendemain, Zlata devient une star, le monde entier se l'arrache.
Elle entame une tournée en Europe, aux États-Unis,
en Amérique du Sud et au Canada, où elle participe
à l'émission Le Point. Elle veut sensibiliser
le monde aux résultats cruels de la guerre, et rappeler que
d'autres enfants sont coincés à Sarajevo. La guerre
en Bosnie va durer encore deux ans. Bernard Fixot : « Je
crois que l'attitude américaine vis-à-vis de la Bosnie
a changé avec Zlata. Ils avaient décidé - Clinton
avait décidé - de recevoir Zlata comme ça,
10 minutes. Les sénateurs sont finalement restés 2
heures avec elle. »
Elle
passera deux années à Paris avant d'aller s'établir
à Dublin, en Irlande, avec ses parents. Aujourd'hui, à
22 ans, après des études universitaires à Oxford,
elle rédige un mémoire de maîtrise en relations
internationales, sur la question de la paix dans le monde. Les revenus
tirés de la vente de son livre l'ont bien aidée, ainsi
que sa famille, sans oublier sa grand-mère, toujours à
Sarajevo. Elle a aussi pu, grâce à ces revenus, étudier
dans de bonnes écoles.
« Je
n'y pense pas tout le temps, mais quand je pense à cette
guerre, ça me rend triste. [
] J'ai noté une
chose intéressante, depuis que je suis sortie de la guerre,
je ne rêve pas beaucoup. [
] Quand on a 11,12,13 ans,
on ne peut pas s'apercevoir comment c'est vraiment difficile. Mais
quand on a 22 ans et qu'on regarde cette période, c'est là
qu'on s'aperçoit que c'était vraiment très
très dur. »
- Zlata
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