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Ces villages qui se vident
En
2001, la population de Rouyn-Noranda apprend que 8,6 % des
habitants de la ville ont quitté la région depuis
le dernier recensement. Cette année-là, 3,6 %
des emplois en Abitibi-Témiscamingue disparaissent, le taux
de chômage dépasse les 12 %. Les familles déménagent,
les maisons sont vendues à perte, leur valeur est en chute
libre.
Chaque
année, au moins 2000 personnes quittent la région.
Et la dégringolade pourrait bien se poursuivre parce que
les mauvaises nouvelles continuent. À la fonderie Horne de
Rouyn-Noranda, 220 des 700 employés ont appris en octobre
qu'ils perdaient leur emploi. Ils venaient de terminer une grève
qui avait duré près d'un an. A Val-d'Or, 220 employés
de la mine d'or Sigma-Lamaque ont été mis à
pied l'automne dernier. Les deux paliers de gouvernement venaient
pourtant d'investir 36 millions de dollars dans la modernisation
de l'entreprise. Le Klondike abitibien est bien chose du passé.
Industrie
minière : l'exemple de Malartic-Sud
Patrick
Mouryoussef, directeur général de Malartic-Sud, une
jeune compagnie d'exploration, croit toujours en la richesse du
sous-sol de l'Abitibi. Son entreprise possède 14 terrains
et mines abandonnées. L'équipe de Zone libre l'a
accompagné dans l'une de ces mines.
Patrick
Mouryoussef : « On a profité de
cette occasion dans le but de retravailler l'exploration et de redécouvrir
des secteurs qui n'ont pas été explorés. Si
jamais on est capables de le remettre en route, ça pourrait
créer 80 à 100 emplois dans la région. »
Malartic-Sud
est l'une des rares jeunes compagnies à avoir continué
la prospection au cours des cinq dernières années,
même si le prix de l'or était à son plus bas
et que les grandes compagnies minières se tournaient vers
l'exploration des riches gisements de l'Amérique du Sud et
de l'Afrique.
Malartic-Sud
a de la difficulté à se trouver de la main-d'uvre.
Le géologue Bruno Turcotte, à l'emploi de Malartic-Sud
depuis un an, a persévéré, même s'il
a perdu plusieurs fois son travail : « Depuis
cinq ans, beaucoup de gens comme moi ont changé de domaine
ou sont retournés aux études, faute de trouver un
emploi. C'est surtout la génération de 23 à
33 ans. Des gens qui ont été formés par les
compagnies. C'est de l'expertise que l'industrie perd. »
Un
autre pilier : l'exploitation forestière
L'autre
pilier de l'économie régionale est la forêt
. L'obsession de la productivité pour rester compétitif
coûte cher aux travailleurs forestiers, qui fournissent 12 %
de tout l'approvisionnement de l'industrie forestière québécoise.
Yvan Anctil, directeur adjoint de la Coopérative forestière
du Nord-Ouest : « On voit que les plus
petits entrepreneurs ont tendance à abandonner. Ceux qui
ont les reins les plus solides tentent de poursuivre, mais les conditions
sont plus difficiles. »
L'industrie
forestière a été secouée par une série
de chocs. D'abord le document de l'Abitibien Richard Desjardins
qui a fait scandale. Ensuite la Vérificatrice générale
du Québec a sonné l'alarme, l'État est incapable
de déterminer si la forêt est surexploitée ou
non, la surtaxe et les droits compensatoires des Américains
ont aussi donné un coup dur à l'industrie. Des scieries
sont inquiètes pour leur approvisionnement car les Cris ont
obtenu la gestion d'un important territoire forestier. Les géants
de l'industrie, Domtar et Tembec s'unissent, ils comptent économiser
annuellement jusqu'à 40 millions de dollars en regroupant
leurs scieries. Ça pourrait bien signifier des fermetures
et des mises à pied.
Le
développement des territoires autochtones
Mario
Massé est un précurseur. Il travaille avec les Cris
et les Inuits depuis 15 ans déjà. Il construit, en
association avec eux, des maisons, des écoles et des garderies
dans le nord. Val-d'Or profite grandement du développement
des territoires autochtones. Mario Massé : « Quelques
90 % du matériel est acheté à Val-d'Or,
80 % de la main-d'uvre est autochtone. La sous-traitance
mécanique, électrique et pour la ventilation, ce sont
des entreprises de Val-d'Or. »
Avec
l'entente historique de la Paix des Braves, 500 millions de dollars
de contrats sont réservés en priorité aux Cris
dans la réalisation du projet hydroélectrique Eastmain-Rupert.
Les gens de Val-d'Or veulent être les partenaires des Cris.
Déjà, le tiers de l'économie de la ville dépend
des communautés cries et algonquines. François Trahan,
le maire de Val-d'Or : « Val-d'Or, son
avenir est indissociable du Nord, que ça soit au niveau du
transport, de l'éducation, de la santé et au niveau
économique. Il s'agit maintenant de cheminer dans cette relation
avec respect et honnêteté. »
Partir
ou rester?
Les
emplois qui disparaissent dans les mines et à la fonderie
de Noranda étaient payants, les avantages sociaux généreux.
Difficile de recommencer à travailler pour un petit entrepreneur
à la moitié du salaire. C'est le problème de
France Gagnon qui dirige l'entreprise familiale, Précibois,
depuis une douzaine d'années. France Gagnon : « Il
faut être un peu réaliste. Si on veut être capables
de fonctionner, on doit essayer de ressembler à nos concurrents
et on a déjà des salaires de 25 à 30 %
plus élevés qu'eux. »
Les
concurrents ont aussi l'avantage d'être situés près
des marchés. Le transport coûte cher à Précibois,
qui se trouve à Barraute, au nord de Val-d'Or. Le village
a besoin de France Gagnon, le principal employeur. Va-t-elle rester
longtemps en Abitibi? France Gagnon : « Je
dirais que je suis Abitibienne et j'espère demeurer ici,
mais je ne vous cache pas qu'on a déjà pensé
s'installer plus près de la frontière. J'espère
que je n'aurai pas à le faire. J'aime les régions,
j'y crois, et pour les développer, il faut y croire. »
Le
Club Défi
Des
entrepreneurs dynamiques, il y en a en région. À Rouyn-Noranda,
ils ont décidé de s'unir pour tenter de renverser
la tendance lourde du déclin économique et démographique.
Ils ont créé le Club Défi. Robert Cloutier,
président du Club Défi : « On
a été en mesure de développer une douzaine
de projets qui dans les deux dernières années, ont
contribué à la création de 300 nouveaux emplois
avec un potentiel à maturité de 800 emplois. »
Papier
Abitibi est l'un des succès engendrés par le Club
Défi. La compagnie, qui fabrique du papier hygiénique
commercial, a déjà créé une vingtaine
d'emplois, qui auraient bien pu se retrouver à Montréal.
L'usine a donc ouvert ses portes à Rouyn-Noranda et ce, grâce,
entre autres, à l'aide du gouvernement péquiste qui
accordait de généreuses subventions pour la création
d'emplois en région. Le nouveau gouvernement libéral
a amputé de 25 % les subventions à l'emploi dans
les régions.
Freiner
l'exode
Dans
les écoles, la saignée est dramatique: une perte de
12 % des élèves au cours des cinq dernières
années et on prévoit une diminution de 15 % pour
les cinq prochaines années. Pour maintenir la qualité
des services dans 41 écoles de village, Québec verse
cette année 1 million de dollars. Le déclin est irréversible
selon de nombreux spécialistes. Ce que conteste le recteur
de l'Université du Québec à Rouyn-Noranda,
Jules Arsenault : « Il manque un message
clair de l'État de développer les régions.
On est riches, on a l'eau, l'énergie, le sous-sol, le bois.
Plein de richesses. C'est là, mais on n'a pas les clefs.
Les régions ont développé le Québec.
Le jour où on vous coupe l'accès à nos ressources,
on vous plonge dans la noirceur. Vous allez voir que les régions,
il faut peut-être s'en occuper. Elles nous fournissent bien
des choses. »
Ce
discours n'est pas unique à l'Abitibi-Témiscamingue.
On peut l'entendre dans toutes les régions périphériques
du Québec qui sont aussi confrontées au même
problème d'exode et de déclin économique. Ces
régions croient avoir le potentiel de réussir une
nouvelle naissance, celle de la diversification de leurs économies
et refusent catégoriquement d'être condamner à
gérer leur décroissance.
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