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Adaptation pour Internet : DANIELLE BEAUDOIN

Émission du 5 décembre 2003

LA SURVIE DE L'ABITIBI

Durant des décennies, pour éviter l'exode des Québécois vers les États-Unis, on a encouragé le développement des régions. Aujourd'hui,en Abitibi, les anciens villages de la colonisation ferment les uns après les autres. Même les grandes villes de la région, qui avaient prospéré grâce aux mines et aux forêts, se demandent quel sera leur avenir. Le Québec des régions va mal. Un portrait de l'Abitibi.

Journaliste : Solveig Miller
Réalisateur : 
Roger Archambault

 

Ces villages qui se vident

En 2001, la population de Rouyn-Noranda apprend que 8,6 % des habitants de la ville ont quitté la région depuis le dernier recensement. Cette année-là, 3,6 % des emplois en Abitibi-Témiscamingue disparaissent, le taux de chômage dépasse les 12 %. Les familles déménagent, les maisons sont vendues à perte, leur valeur est en chute libre.

Chaque année, au moins 2000 personnes quittent la région. Et la dégringolade pourrait bien se poursuivre parce que les mauvaises nouvelles continuent. À la fonderie Horne de Rouyn-Noranda, 220 des 700 employés ont appris en octobre qu'ils perdaient leur emploi. Ils venaient de terminer une grève qui avait duré près d'un an. A Val-d'Or, 220 employés de la mine d'or Sigma-Lamaque ont été mis à pied l'automne dernier. Les deux paliers de gouvernement venaient pourtant d'investir 36 millions de dollars dans la modernisation de l'entreprise. Le Klondike abitibien est bien chose du passé.

Industrie minière : l'exemple de Malartic-Sud

Patrick Mouryoussef, directeur général de Malartic-Sud, une jeune compagnie d'exploration, croit toujours en la richesse du sous-sol de l'Abitibi. Son entreprise possède 14 terrains et mines abandonnées. L'équipe de Zone libre l'a accompagné dans l'une de ces mines.

Patrick Mouryoussef : « On a profité de cette occasion dans le but de retravailler l'exploration et de redécouvrir des secteurs qui n'ont pas été explorés. Si jamais on est capables de le remettre en route, ça pourrait créer 80 à 100 emplois dans la région. »

Malartic-Sud est l'une des rares jeunes compagnies à avoir continué la prospection au cours des cinq dernières années, même si le prix de l'or était à son plus bas et que les grandes compagnies minières se tournaient vers l'exploration des riches gisements de l'Amérique du Sud et de l'Afrique.

Malartic-Sud a de la difficulté à se trouver de la main-d'œuvre. Le géologue Bruno Turcotte, à l'emploi de Malartic-Sud depuis un an, a persévéré, même s'il a perdu plusieurs fois son travail : « Depuis cinq ans, beaucoup de gens comme moi ont changé de domaine ou sont retournés aux études, faute de trouver un emploi. C'est surtout la génération de 23 à 33 ans. Des gens qui ont été formés par les compagnies. C'est de l'expertise que l'industrie perd. »

Un autre pilier : l'exploitation forestière

L'autre pilier de l'économie régionale est la forêt . L'obsession de la productivité pour rester compétitif coûte cher aux travailleurs forestiers, qui fournissent 12 % de tout l'approvisionnement de l'industrie forestière québécoise. Yvan Anctil, directeur adjoint de la Coopérative forestière du Nord-Ouest : « On voit que les plus petits entrepreneurs ont tendance à abandonner. Ceux qui ont les reins les plus solides tentent de poursuivre, mais les conditions sont plus difficiles. »

L'industrie forestière a été secouée par une série de chocs. D'abord le document de l'Abitibien Richard Desjardins qui a fait scandale. Ensuite la Vérificatrice générale du Québec a sonné l'alarme, l'État est incapable de déterminer si la forêt est surexploitée ou non, la surtaxe et les droits compensatoires des Américains ont aussi donné un coup dur à l'industrie. Des scieries sont inquiètes pour leur approvisionnement car les Cris ont obtenu la gestion d'un important territoire forestier. Les géants de l'industrie, Domtar et Tembec s'unissent, ils comptent économiser annuellement jusqu'à 40 millions de dollars en regroupant leurs scieries. Ça pourrait bien signifier des fermetures et des mises à pied.

Le développement des territoires autochtones

Mario Massé est un précurseur. Il travaille avec les Cris et les Inuits depuis 15 ans déjà. Il construit, en association avec eux, des maisons, des écoles et des garderies dans le nord. Val-d'Or profite grandement du développement des territoires autochtones. Mario Massé : « Quelques 90 % du matériel est acheté à Val-d'Or, 80 % de la main-d'œuvre est autochtone. La sous-traitance mécanique, électrique et pour la ventilation, ce sont des entreprises de Val-d'Or. »

Avec l'entente historique de la Paix des Braves, 500 millions de dollars de contrats sont réservés en priorité aux Cris dans la réalisation du projet hydroélectrique Eastmain-Rupert. Les gens de Val-d'Or veulent être les partenaires des Cris. Déjà, le tiers de l'économie de la ville dépend des communautés cries et algonquines. François Trahan, le maire de Val-d'Or : « Val-d'Or, son avenir est indissociable du Nord, que ça soit au niveau du transport, de l'éducation, de la santé et au niveau économique. Il s'agit maintenant de cheminer dans cette relation avec respect et honnêteté. »

Partir ou rester?

Les emplois qui disparaissent dans les mines et à la fonderie de Noranda étaient payants, les avantages sociaux généreux. Difficile de recommencer à travailler pour un petit entrepreneur à la moitié du salaire. C'est le problème de France Gagnon qui dirige l'entreprise familiale, Précibois, depuis une douzaine d'années. France Gagnon : « Il faut être un peu réaliste. Si on veut être capables de fonctionner, on doit essayer de ressembler à nos concurrents et on a déjà des salaires de 25 à 30 % plus élevés qu'eux. »

Les concurrents ont aussi l'avantage d'être situés près des marchés. Le transport coûte cher à Précibois, qui se trouve à Barraute, au nord de Val-d'Or. Le village a besoin de France Gagnon, le principal employeur. Va-t-elle rester longtemps en Abitibi? France Gagnon : « Je dirais que je suis Abitibienne et j'espère demeurer ici, mais je ne vous cache pas qu'on a déjà pensé s'installer plus près de la frontière. J'espère que je n'aurai pas à le faire. J'aime les régions, j'y crois, et pour les développer, il faut y croire. »

Le Club Défi

Des entrepreneurs dynamiques, il y en a en région. À Rouyn-Noranda, ils ont décidé de s'unir pour tenter de renverser la tendance lourde du déclin économique et démographique. Ils ont créé le Club Défi. Robert Cloutier, président du Club Défi : « On a été en mesure de développer une douzaine de projets qui dans les deux dernières années, ont contribué à la création de 300 nouveaux emplois avec un potentiel à maturité de 800 emplois. »

Papier Abitibi est l'un des succès engendrés par le Club Défi. La compagnie, qui fabrique du papier hygiénique commercial, a déjà créé une vingtaine d'emplois, qui auraient bien pu se retrouver à Montréal. L'usine a donc ouvert ses portes à Rouyn-Noranda et ce, grâce, entre autres, à l'aide du gouvernement péquiste qui accordait de généreuses subventions pour la création d'emplois en région. Le nouveau gouvernement libéral a amputé de 25 % les subventions à l'emploi dans les régions.

Freiner l'exode

Dans les écoles, la saignée est dramatique: une perte de 12 % des élèves au cours des cinq dernières années et on prévoit une diminution de 15 % pour les cinq prochaines années. Pour maintenir la qualité des services dans 41 écoles de village, Québec verse cette année 1 million de dollars. Le déclin est irréversible selon de nombreux spécialistes. Ce que conteste le recteur de l'Université du Québec à Rouyn-Noranda, Jules Arsenault : « Il manque un message clair de l'État de développer les régions. On est riches, on a l'eau, l'énergie, le sous-sol, le bois. Plein de richesses. C'est là, mais on n'a pas les clefs. Les régions ont développé le Québec. Le jour où on vous coupe l'accès à nos ressources, on vous plonge dans la noirceur. Vous allez voir que les régions, il faut peut-être s'en occuper. Elles nous fournissent bien des choses. »

Ce discours n'est pas unique à l'Abitibi-Témiscamingue. On peut l'entendre dans toutes les régions périphériques du Québec qui sont aussi confrontées au même problème d'exode et de déclin économique. Ces régions croient avoir le potentiel de réussir une nouvelle naissance, celle de la diversification de leurs économies et refusent catégoriquement d'être condamner à gérer leur décroissance.

Vous pouvez revoir l'émission Place publique en compagnie de l'animatrice Madeleine Roy et de la journaliste Solveig Miller de Zone Libre.



POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

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Deuxième partie


POUR EN SAVOIR PLUS

Abitibi-Témiscamingue
Plusieurs données statistiques sur la région (économie, démographie, éducation, etc.)
Institut de la statistique du Québec.

Portail gouvernemental de l'Abitibi-Témiscamingue

L'Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue
Présentation de recherches, études et statistiques sur la région.

L'Abitibi-Témiscamingue en un clin d'œil
Portrait global de la région.
Ministère du Développement économique et régional du Québec

Bilan socio-économique, édition 1999 - Abitibi-Témiscamingue (en pdf)
Ministère des Régions

Gros plan sur l'Abitibi-Témiscamingue
Ministère des Ressources naturelles, faune et parcs

Conseil régional de développement de l'Abitibi-Témiscamingue



L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h.

Elle sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission Place publique, le jeudi à 12 h 30, et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra à des questions des téléspectateurs soulevées par l'émission.

L'émission est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.

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