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Dans
l'ombre de son frère
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Les
deux frères en conciliabule.
Source: Point du Jour
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Le
reportage présente un Bob Kennedy tourmenté par la
mort de son frère, assassiné en novembre 1963 à
Dallas. Et s'il était responsable de la mort de John? Qu'ont
fait les deux frères durant les trois années de présidence
pour susciter tant de haine? Tant d'ennemis pleins de rancur
: la mafia, Jimmy Hoffa, Edgar Hoover, Fidel Castro et les racistes
des États du sud.
Tout
cela a peut-être commencé lors de la commission enquêtant
sur les trafics illégaux à la fin des années
50. Bob Kennedy, alors avocat au Sénat à Washington,
s'est acharné sur Jimmy Hoffa, le patron du puissant syndicat
des camionneurs, qui a fait alliance avec la mafia new-yorkaise.
Bob, le pur et dur, face à un syndicaliste véreux.
La mafia ne l'oubliera certainement pas.
Bob
doit se dévouer pour réaliser le rêve des Kennedy : faire
de John le futur président des États-Unis. Ainsi en
a décidé leur père. Depuis 1952, Bob est l'organisateur
méticuleux des campagnes de John. Il y tient parfaitement
son rôle : il est le dur, l'homme de main à l'ombre
du candidat, celui qui se charge des coups tordus et qui permet
à son frère d'apparaître au-dessus de la mêlée.
Grâce
à Bob, John est désigné à Los Angeles,
candidat du parti démocrate à la présidentielle
de novembre 1960. John Kennedy triomphe aux élections. Mais
Bob, le pur, sait-il que son père a obtenu la contribution
des chefs de la mafia pour jouer Kennedy gagnant à la présidence?
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Il
a épousé Ethel Shakel à 26 ans. Comme les
Kennedy, elle est catholique pratiquante. Ils auront ensemble
huit enfants. |
Il
devient ministre de la Justice
Bob
refuse d'abord le ministère de la Justice que lui offre son
frère. Finalement, il cède encore une fois au désir
de son père. Ministre de la Justice, c'est le poste idéal
pour protéger le président. Pourtant, c'est sans doute
là qu'il va nuire le plus à son frère. Son
inexpérience, sa vision simpliste du monde et son arrogance
vont vraisemblablement précipiter la tragédie de Dallas.
Il se fait un autre ennemi : le puissant chef du FBI, Edgar Hoover,
à qui il reproche de se consacrer à la traque des
communistes plutôt qu'à la lutte au syndicat du crime.
Hoover est bien trop puissant pour être écarté.
Il collecte des informations sur John Kennedy depuis les années
40. Et il manie le chantage beaucoup mieux que les Kennedy.
Bob
veut que son ministère soit le seul à autoriser les
écoutes téléphoniques dans la lutte contre
le crime organisé. La mafia réagit rapidement aux
manuvres du ministre, d'abord avec une sortie publique de
Jimmy Hoffa. Vient ensuite Judith Campbell. Elle est la maîtresse
de John Kennedy et aussi d'un mafieux de Chicago. John doit mettre
fin à sa liaison.
La
crise cubaine
Le
15 octobre 1962, des avions d'espionnage américains révèlent
que les Soviétiques installent des missiles nucléaires
à Cuba. Bob vient rejoindre son frère à la
Maison-Blanche. Pendant ces 13 jours de crise, un autre Bob se révèle : un
diplomate raisonnable, qui préfère la négociation
et la persuasion à la bataille. Contre l'avis des militaires,
Bob exhorte son frère à uvrer en coulisse, plutôt
que d'envahir Cuba. Bob a eu raison. Khrouchtchev retire ses missiles.
L'égalité
pour les Noirs
Entre
1961 et 1963, les émeutes sanglantes se propagent de ghetto
en ghetto. La ségrégation règne dans les États
du Sud et la colère monte. Les discours ne suffisent plus.
Un étudiant noir, James Meredith, veut s'inscrire dans une
université exclusivement fréquentée par des
Blancs en Alabama. Les partisans de la ségrégation
s'y opposent par la force. Les Kennedy doivent prendre position
: se ranger du côté des démocrates blancs du
Sud, dont John aura besoin aux prochaines élections ou du
côté des pauvres, des Noirs. Le président choisit
la cause des Noirs.
Quelques
mois plus tard, John Kennedy est assassiné. Les véritables
progrès sur les droits civiques seront accomplis par le prochain
président.
Bob
dans le siège de sénateur
Il
faudra de longs mois à Bob pour se remettre de la mort de
son frère. Il se voit comme l'héritier légitime
du trône des Kennedy et supporte mal que le nouveau président,
Lyndon Johnson, s'assoie dans le fauteuil de son frère disparu.
Mais là où les Kennedy ont échoué, Johnson
réussit. Son programme social de la « Great Society »
et sa loi de 1964 sur les droits civiques font plus que tenir les
vagues promesses de son prédécesseur.
Bob
décide de briguer un mandat de sénateur dans l'État
de New York. Il semble tendu et nerveux, écrasé par
l'ombre de son frère. Et puis, un mois avant le scrutin,
à l'Université de Columbia, un nouveau Bob apparaît.
Libéré de sa gaucherie, compréhensif, humain
mais toujours coriace. Il est élu sénateur de l'État
de New York et Johnson gagne la présidentielle sans difficulté.
Les
ghettos noirs s'enflamment de nouveau dans tout le pays. Bob se
rend dans le Mississipi, dans les quartiers les plus pauvres. Ce
qu'il voit le choque profondément. Dorénavant, il
se battra non plus pour la gloire des Kennedy mais pour un monde
plus juste.
Pour
la paix au Vietnam
En
1967, le Vietnam n'est plus la plaie encore vive héritée
de John Kennedy; c'est une tragédie dont Johnson est maintenant
seul responsable. En février 1968, Bob prend enfin partie
contre l'action américaine au Vietnam. La popularité
de Johnson s'effondre.
La
course à la présidence des Etats-Unis
Le
13 mars 1968, Bob Kennedy annonce sa candidature à la présidence
des Etats-Unis. C'est certainement un rêve impossible. Un
autre candidat démocrate, le pacifiste Eugène McCarthy,
est largement en avance dans la course à l'investiture. Bob
se bat seul. Il n'a pas le soutien de son parti et sa campagne est
mal organisée. Mais Bob Kennedy électrise de nouveau
les foules.
Le
1er avril, Lyndon Johnson annonce qu'il ne se représentera
pas. Bob tient maintenant sa chance. Dans les ghettos incendiés,
dans les taudis du Sud profond, parmi les jeunes, dans les milieux
ouvriers blancs, sa popularité grimpe en flèche. C'est
pendant cette campagne que Martin Luther King est assassiné.
Au soir de la mort de King, il a confié à un collaborateur : « Cela
aurait pu être moi. » Il ne montre pas
sa peur et ne demande aucune protection. En juin 1968, Bob et son
épouse arrivent en Californie, un État à remporter
à tout prix. Il gagne! Cette fois, il ne s'est pas présenté
comme l'héritier de John Kennedy mais en tant que Bob, l'homme
qui veut changer l'Amérique. Ce jour-là, il confie
qu'il s'est enfin libéré du fantôme de son frère.
En
sortant de la fête où on célèbre sa victoire,
un déséquilibré tire sur Bob Kennedy. Il murmure
ses derniers mots à sa femme : « Quelqu'un
est-il touché? » et il perd connaissance.
Il meurt deux jours plus tard. Plus de 100 000 personnes de
tous les couleurs, religions, âges et classes sociales défilent
devant son cercueil à New York. Dans la mort, il réunit
l'Amérique. Un Noir écrit sur le registre de condoléances : « Nous
venons de perdre notre dernier espoir. »
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