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Des éoliennes bientôt à l'horizon?
Le
détroit de Nantucket sépare Cape Cod des îles
de Nantucket et de Martha's Vineyard. Ses navires marchands et ses
baleiniers ont fait la fortune du Massachusetts et aujourd'hui,
les eaux calmes et tièdes du détroit sont le paradis
des marins de plaisance, des touristes et des pêcheurs.
C'est
sur les hauts-fonds du détroit que le premier parc d'éoliennes
en mer des États-Unis pourrait être construit, à
peu près à six kilomètres des côtes de
Hyannis, sur Cape Cod. Là s'élèvent les demeures
et résidences secondaires de grands aristocrates de la Nouvelle-Angleterre.
Et depuis 1925, c'est le fief du puissant clan des Kennedy.
Le
projet Cape Wind prévoit l'installation de 130 turbines en
mer. Dans des conditions de vent moyennes, elles pourraient fournir
les trois-quarts de l'électricité de toute la région
de Cape Cod, et des îles de Nantucket et de Martha's Vineyard.
Les responsables du Cape Wind expliquent que si ce projet non polluant
d'énergie renouvelable était réalisé
aujourd'hui, ce serait le parc éolien le plus productif du
monde.
Du
retard à rattraper
Les États-Unis n'ont plus le choix. Même s'ils n'ont
pas ratifié l'accord de Kyoto ils doivent investir dans les
énergies renouvelables. L'état du Massachusetts a
adopté une loi qui l'oblige à produire au moins 4 %
de son électricité d'ici 2008 au moyen d'énergie
renouvelables, solaires ou éoliennes.
La
technologie vient du Danemark, du plus grand parc marin d'éoliennes
au monde, celui de Horns Rev, à 14 kilomètres au large
du Jutland dans la Mer du Nord. Les 80 éoliennes de 110 mètres
de haut peuvent alimenter 150 000 foyers en électricité.
Le
Danemark est l'un des pionniers de l'énergie éolienne
dans le monde. Cette forme d'énergie représente 20 %
de sa production électrique. En comparaison, les États-Unis
produisent moins de 1 % de leur électricité par
l'énergie éolienne et le Canada encore moins.
L'Amérique
du Nord a beaucoup de retard à rattraper sur l'Europe et
elle doit le faire. C'est pourquoi le projet de Nantucket, le premier
et le plus grand projet en mer et à l'est des États-Unis,
est aussi important. Jim Gordon, pdg de Cape Wind : « Nous
sommes à un croisement à présent et nous avons
vu les dégâts que la consommation de carburants fossiles
a causés à notre santé, notre environnement,
notre sécurité nationale. Nous avons cette énorme
ressource renouvelable à neuf kilomètres de nos côtes,
pourquoi ne pas l'exploiter pour améliorer notre qualité
de vie, créer des emplois et baisser le coût de l'électricité. »
Pas
dans ma cour
A
Cape Cod, tout le monde est bien d'accord avec ces beaux principes
mais le projet lui-même suscite une opposition farouche et
puissante. Le premier à sonner l'alarme est Wayne Kurker,
le propriétaire de la marina. Pour lui le projet est tout
simplement catastrophique : « Ça
me dérange de penser que les gens qui apprécient Cape
Cod pour sa beauté naturelle, devront naviguer à travers
toute cette machinerie lorsqu'ils viendront en bateau. Ils vont
construire une plate-forme sur laquelle on entreposera 30 000
gallons d'huile, et il y aura un héliport. Et toutes les
turbines autour. Ça va ressembler à un parc industriel,
et plus du tout au détroit de Nantucket où pour le
moment on ne trouve rien d'artificiel. »
L'opposition est bien organisée. Elle regroupe un vaste éventail
de résidents de Cape Cod et des îles, permanents ou
qui viennent régulièrement en villégiature.
Isaac Rosen, directeur de l'Alliance to Protect Nantucket Sound : « Du
fond de l'océan au bout de l'hélice, on parle d'une
hauteur de 125 mètres. C'est 35 mètres de plus que
la statue de la Liberté qui, comme on le sait, est un monument
très imposant. Ça vous donne une idée de ce
que vont donner 130 de ces turbines sur 36 kilomètres carrés
d'une ressource, une masse d'eau qui nous appartient à tous. »
L'alliance
aime à préciser qu'elle regroupe de nombreux pêcheurs.
Des gens qui gagnent durement leur vie dans la région. Du
tourisme par exemple. Pas seulement des riches résidents.
En même temps elle se flatte de l'appui de vedettes de la
télévision, d'écrivains. Du sénateur
Ted Kennedy qui s'oppose au projet parce qu'à son avis, il
faut d'abord changer les lois pour zoner l'océan, comme on
le fait sur terre.
L'avocat
Robert F. Kennedy Jr : « C'est le mauvais
endroit. Il devrait construire son parc d'éoliennes 8 kilomètres
plus loin. Cet endroit précis de l'océan est l'un
des plus fréquenté pour les loisirs, et pour la pêche
commerciale, de la côte atlantique d'Amérique du Nord.
Beaucoup de gens y vont pour profiter de la nature sauvage. »
Le fils de Robert F.Kennedy est l'avocat d'un groupe écologique
puissant, le Natural Ressources Defenses Council. Lui, il est contre
le projet, mais son groupe est plutôt pour. Greenpeace s'est
clairement prononcé en faveur!
Cette
division des groupes écologistes est embarrassante mais Sue
Nickerson, l'écologiste des opposants, l'explique ainsi : « Ça
soulève des questions politiques, parce que beaucoup de ces
organisations ont pris la tête de la campagne, de la croisade
en faveur des sources d'énergie de remplacement. Alors c'est
très difficile pour elles de se trouver face à un
projet d'énergie de remplacement et de dire non, celui-là
on ne l'aime pas. »
Toute
la question tourne autour de la pollution visuelle, de ce que qu'on
va voir en mer, de Cape Cod, de Nantucket, de Martha's Vineyard.
Robert F. Kennedy Jr : « Vous savez,
je vais me battre pour défendre ma cour. C'est là
que j'ai grandi, c'est sur ces eaux que je fais de la voile et que
je pêche, depuis ma naissance, et je vais me battre pour ça.
Je ne laisserai personne me la voler. Cette voie d'eau navigable
je l'utilise, comme beaucoup d'autres gens aussi. Nous l'utilisons
déjà alors pourquoi faudrait-il permettre à
quelqu'un de nous en chasser, de nous voler la valeur qu'elle a
pour nous, pourquoi? »
En
avoir dans sa cour ou pas. Cathy et Charles Kleekamp sont pour le
parc d'éoliennes. Il est ingénieur retraité,
elle est microbiologiste. La très forte pollution de l'air
de Cape Cod les préoccupent particulièrement. Charles
Kleekamp : « Quand l'énergie des
éoliennes alimentera le réseau, les centrales à
carburant fossile devront réduire leur contribution. Leurs
émissions polluantes seront alors forcément réduites
et on en retirera de très grands effets bénéfiques
sur la santé. »
Le
Détroit Nantucket n'est que le premier d'une foule de projets
d'éoliennes aux États-Unis. C'est pour ça qu'il
est important. Parce que partout ces projets se heurtent aux mêmes
objections locales, qu'on ne peut pas ignorer.
Au Canada, toutes les provinces ont des projets d'éoliennes.
Au Québec, la commande est de 1000 mégawatts d'ici
2010, soit moins de 4 % de la capacité actuelle d'Hydro-Québec.
Les appels d'offres sont lancés pour doubler les parcs d'éoliennes
de Cap Chat, de Matane et en un créer un nouveau à
Murdochville.
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