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L'enquête
de Panorama
Le
poulet représente aujourd'hui une industrie de milliards
de dollars. Les Anglais en sont friands. On en veut toujours plus
et pour moins cher. Il y a beaucoup d'argent et d'intérêts
en jeu et surtout de lourds secrets à protéger.
L'émission
Panorama de BBC a mené une grande enquête sur
le sujet. L'équipe de Panorama a notamment eu l'aide
d'un homme qui travaille dans l'industrie du poulet depuis de nombreuses
années. Cet informateur anonyme : « C'est
un milieu dur et il se passe des choses dont le public n'a aucune
idée. Si je peux, j'essaierai de vous aider. Il y a peu de
gens qui oseraient affronter les grandes entreprises et dévoiler
leurs pratiques. »
Panorama
a fait analyser des filets de poulet congelé. On a envoyé
les échantillons à un laboratoire public à
Manchester et à IdentiGEN, un laboratoire de Dublin parmi
les plus avancés au monde en matière de détection
des espèces d'ADN.
Pour
réussir à percer les secrets de cette industrie, Panorama
a créé une compagnie bidon, Pan Euro Ventures,
désireuse d'investir de l'argent dans la transformation du
poulet. L'enquête commence par une liste de sociétés
dénoncées plus d'une fois par les chiens de garde
du secteur alimentaire du Royaume-Uni et d'Irlande. Des entreprises
hollandaises pour la plupart. Certaines vendaient du poulet qui
contenait plus d'eau que ce qu'elles prétendaient. Certaines
avaient utilisé des additifs d'origine animale. Les tests
de détection d'ADN de buf réalisés sur
leur poulet s'étaient révélés positifs.
Aujourd'hui l'Agence des normes alimentaires, la FSA, dit avoir
reçu l'assurance des Hollandais que le problème a
été éliminé. L'informateur de Panorama
n'en est pas convaincu : « La FSA
semble croire que le problème est réglé mais
ce genre de produits inonde notre marché depuis des années.
Je ne pense pas que ce soit fini. Il y a bien trop d'argent en jeu. »
Pan
Euro Ventures se rend à Paris, au plus grand salon de l'alimentation
d'Europe. Elle prétend vouloir acheter 50 tonnes de poulet
congelé par semaine, au meilleur prix possible. La société
hollandaise Kappers mord à l'hameçon. Le vendeur de
Kappers : « Nous importons les produits
directement. De beaux filets de Thaïlande. Nous y rajoutons
un peu d'eau, et plus on ajoute de l'eau, plus le prix devient intéressant
bien sûr. L'eau coûte moins cher que le poulet. »
Du
poulet gorgé d'eau
Une
journaliste travaille secrètement dans l'une des usines dénoncées
: Slegtenhorst, près de Rotterdam. La journaliste filmera
en secret pendant plusieurs semaines les méthodes utilisées
par l'usine. Les filets de poulet sont mélangés à
de l'eau et des additifs dans d'énormes tambours pendant
une heure et demie : « Il ressort tout
gluant et visqueux, comme de la soupe de poulet. On le met dans
des sachets. Ils ne veulent pas nous dire exactement ce qu'il y
a dedans. » Presque tout le poulet congelé
qui sort de cette usine - 95 % - est vendu au Royaume-Uni.
Un
informateur de Panorama a réussi à trouver
un emploi dans une autre usine, appartenant à T. Lelie, l'une
des cinq grandes entreprises hollandaises qui exporte vers la Grande-Bretagne.
On a trouvé de l'ADN de buf dans son poulet à
plusieurs reprises. L'énorme usine, en banlieue d'Amsterdam,
produit 200 tonnes de poulet congelé par semaine. Chez T.
Lelie, on injecte de l'eau directement dans la viande avec des machines
à injection.
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Les analystes
du laboratoire de Manchester ont trouvé les résultats
suivants sur la teneur en eau des échantillons de poulet
:
- Les
filets de Kappers contiennent 40 % d'eau. Les étiquettes
sur les boîtes indiquent plutôt 30 %.
- Le
poulet qui sort de Slegtenhorst contient 49 % d'eau!
La compagnie affirme pourtant qu'il n'y a que 30 %
d'eau dans sa viande.
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De
l'eau
et quoi d'autre?
Les
inspecteurs au Royaume-Uni et en Irlande ont déjà
trouvé de l'ADN de buf et de porc dans le poulet hollandais,
et ce, 18 mois avant l'enquête de Panorama. L'ADN provenait
des additifs - des protéines - qu'ils ajoutent au poulet
pour retenir l'eau. Cette pratique existe-telle encore aujourd'hui?
Panorama
l'a demandé aux analystes du laboratoire de Manchester. Ils
ont trouvé des taux élevés d'hydroxyproline,
un marqueur du collagène. Le collagène est fait de
protéines animales. Ce collagène provient de quel
animal?
Le
laboratoire IdentiGEN a analysé 12 filets de poulet congelé
hollandais et a trouvé de l'ADN de buf dans la moitié
des échantillons. De l'ADN de buf dans le poulet de
Slegtenhorst et dans celui de T. Lelie. De l'ADN de porc dans le
poulet
halal (viande tuée selon le rite musulman) de la société
hollandaise Jozef Hassan . Les trois entreprises réfutent
ces résultats. Slegtenhorst affirme qu'elle n'utilise pas
de protéines animales. T.Lelie dit qu'elle n'utilise que
des protéines de poulet. Jozef Hassan nie utiliser des protéines
animales.
Des
manipulations génétiques
Avec
tout le poulet congelé hollandais qui inonde le pays, il
est étrange que les autorités sanitaires ne trouvent
pas plus de protéines de boeuf ou de porc dans cette viande.
L'enquête mène Panorama jusqu'à l'entreprise
hollandaise Surplus, qui fabrique des additifs alimentaires.
Panorama comprend alors pourquoi on rajoute des protéines
de buf et de porc au poulet : parce ce qu'elles coûtent
moins cher que les protéines de poulet.
Pan
Euro Ventures, la société fictive de Panorama,
se rend jusqu'au fournisseur de Surplus, dans les fabriques de protéines
Prowico et Bensa, en Allemagne. Panorama y fait une étonnante
découverte. Prowico a développé un nouveau
produit à base de protéines - les protéines
RCP négatives. La présence de buf ou de porc
y est indétectable. Ces gens peuvent supprimer le code d'ADN
du produit. Prowico fait comprendre que ces nouvelles protéines
sont non seulement indétectables mais aussi moins chères
que les protéines de poulet. Ces industriels ont-ils réussi
à déjouer la science?
L'informateur
de Panorama a dérobé des échantillons
d'additifs à l'usine de T.Lelie. Il a pris la poudre blanche
dans un sac au nom de la compagnie Surplus. Panorama a fait
analyser ces échantillons. Au laboratoire de Manchester,
on a détecté de l'ADN, mais les analyses ne peuvent
pas dire de quel animal il provient. Au laboratoire de Dublin, on
n'a pas trouvé de traces de buf ni de porc non plus.
La
légalité de ces produits
Il
n'est pas illégal d'ajouter de l'eau et des additifs au poulet.
Si c'est indiqué sur l'étiquette, sur la boîte,
ce n'est pas de l'escroquerie. En plus, les industriels n'ont qu'à
mettre la mention « protéines hydrolysées »
sur les étiquettes; ils ne sont pas obligés de dire
de quel animal proviennent les protéines.
En
conclusion
L'an
dernier, les habitants du Royaume-Uni ont mangé plus d'un
million de tonnes de poulet. Mais personne ne sait combien d'additifs
provenant d'autres animaux se trouvent dans le poulet congelé
hollandais. Et si certains industriels ont trouvé le moyen
de les rendre indétectables, alors les consommateurs britanniques
ne sauront jamais ce qu'on leur donne à manger.
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Quel
est le pourcentage d'eau permis dans le poulet au Canada?
Pour laver
le poulet et accélérer le processus de refroidissement
après l'abattage, lAgence canadienne dinspection
des aliments permet que le poulet absorbe une certaine quantité
d'eau. LACIA autorise entre 6 % et 12 % deau,
selon la grosseur du poulet. Lorsque le produit est transformé,
il n'y a pas de limite, en autant que le pourcentage réel
soit inscrit sur l'étiquette. L'étiquette doit
indiquer, « Poitrine de poulet additionnée d'eau
» ou « Poitrine de poulet assaisonnée ».
Écoutez
l'extrait 
Réponse
de l'Agence canadienne d'inspection des aliments obtenue pendant
l'émission Place publique avec Jean-François
Lépine et Madeleine Roy.
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