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En
décembre 2002, la municipalité de Val-David expropriait
un terrain appartenant à Yvon Guindon. Sur le terrain convoité,
on construira un stationnement et un chalet d'accueil pour le parc
régional Dufresne. Du coup, les sept maisonnettes situées
à Guindonville seront démolies, et les locataires
expulsés.
Les
habitants de Guindonville ont la mort dans l'âme. Ils ne peuvent
pas contester l'expropriation. Mais en mai 2003, ils tenteront quand
même de reporter de six mois l'expulsion. Ils veulent faire
valoir qu'ils ont besoin d'un peu de temps pour s'organiser et se
trouver un autre endroit pour vivre. Un avocat de l'aide juridique
les représentera devant la Cour supérieure du Québec.
Le 2 juin, le juge rend son verdict : les demandes des locataires
sont toutes rejetées. Les habitants de Guindonville devront
donc déménager le 1er juillet.
Les
habitants de Guindonville
Jean
Bureau vit à Guindonville depuis 17 ans. Il cultive des fraises
et rénove des vélos : « J'entends
les oiseaux dans le fond. C'est un endroit que je vais beaucoup
regretter. Des places comme ici, il n'y en a pas. [
] C'est
un château que j'ai ici. On a la paix; ça n'a pas de
prix ça. On est près de tout. Pour un coin tranquille,
c'est tranquille. » Il finira par habiter juste
en face de Guindonville.
Jean-Pierre
Charce est le premier à quitter Guindonville. Il a trouvé
une petite maison pas chère. C'est lui qui a lancé
la contestation l'hiver dernier, notamment avec des lettres aux
journaux et des pétitions. Il a reçu l'appui de quelques
artistes comme Richard Desjardins. Jean-Pierre : « C'est
clair qu'ils ne veulent pas des pauvres. [
] C'est la "tremblantisation"
de la région qui s'en vient. [
] Tant que les gens n'auront
pas trouvé un logement, tant qu'ils ne seront pas relogés,
je me sentirai mal par rapport à ça. Je ferai tout
pour trouver une solution. »
Chloé
est la fille de Jean-Pierre. Elle a un petit garçon, Benjamin.
Elle a 22 ans. Elle a passé toute son enfance à Guindonville.
Elle se définit comme une « Guindonvilloise pur
sang ». Mais maintenant, elle se cherche un logement
ailleurs : « Tout ce qui est abordable
se loue comme des petits pains. À Val-David, c'est assez
restreint. À Sainte-Agathe, c'est un peu moins cher mais
ce n'est pas la même qualité de vie non plus. »
Elle trouvera finalement un chalet.
Il
y a aussi Bob et Kathy. Ils font visiter leur maisonnette à
l'équipe de Zone libre. Ils payent 200 $ par
mois pour y vivre. Bob : « On a un mode
de vie très simple, le plus simple possible. Les autres aussi;
tous les gens ici se contentent de peu.[
] Quand j'étais
monteur de ligne, je pensais que je ne pouvais pas vivre avec moins
de 70 000 $ par année. Aujourd'hui, nous vivons
avec 6000 $ à deux. »
Roland
Boursier habite en haut de la colline. Sa compagne, Marie Bacart,
est en fauteuil roulant. Elle fait de l'arthrite rhumatoïde
et elle souffre d'une perte sévère de la musculature.
Eux aussi se cherchent un logement. Ils trouveront à la fin
de l'été une maison mobile.
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Celui
qu'on a exproprié
Yvon
Guindon, 87 ans, est le propriétaire de Guindonville.
Il a bâti les maisons, il y a une quarantaine d'années.
Par la suite, il n'a pas entretenu les maisons mais ils les
a louées à prix modique.
Puisque
l'expropriation s'est faite dans les règles, l'avocat
des Guindon leur a dit que toute contestation serait inutile.
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Les
intentions de la Ville
Été
comme hiver, de nombreuses personnes utilisent le parc Dufresne.
Son territoire couvre deux municipalités : Val-Morin et Val-David.
Les pistes de ski de fond passent en réalité sur des
terrains privés. Les municipalités n'en possèdent
qu'une infime partie. Pour l'accueil des touristes, Val-David avait
pourtant d'autres solutions que Guindonville. Le directeur général
de Val-David, André Desjardins, a signé l'étude
des trois sites envisagés pour l'aire d'accueil. Les autres
sites sont jugés trop coûteux. Pourtant, Jean-Pierre
Carignan avait un terrain à offrir à la Ville, presque
au même prix que celui des Guindon. En achetant ce terrain
pour 260 000 $, la Ville aurait mis la main sur un site
qui borde le parc. Ce à quoi André Desjardins répond
qu'il n'a pas retenu cette option parce qu'il y avait un marécage
entre le terrain et le parc. Pourtant, un petit pont aurait réglé
la question, de dire Jean-Pierre Carignan.
Cette
étude d'André Desjardins dit qu'en choisissant Guindonville,
Val-David se débarrasserait d'un bidonville. André
Desjardins : « C'est écrit, c'est
écrit; on ne peut pas le renier. [
] C'était
à l'époque un rapport interne et puis on l'a diffusé.
On ne l'a pas modifié. »
Le
8 juin, lors de la séance du Conseil de ville, on s'inquiète
des débordements qui pourraient survenir lors de la démolition
de Guindonville. Il est décidé que si les locataires
ne veulent pas quitter leurs maisons, on prendra « les
moyens légaux nécessaires. »
La
résistance
Le
premier juillet, des travailleurs viennent débrancher le
câble et couper l'eau. Devant l'imminence de l'action policière,
les contestataires décident d'occuper les arbres. De tous
les locataires officiels de Guindonville, les deux seules qui restent
pour résister sont Chloé et Kathy. On peut venir les
évincer n'importe quand. Le 4 juillet, le huissier vient
demander aux locataires de partir.
Kathy
s'est enchaînée au toit de sa maison et Julie, qui
s'est jointe aux contestataires, s'est attachée à
un arbre. Le lendemain, les médias arrivent finalement. Pour
l'instant, la police n'intervient pas. Le dimanche matin, les médias
ont déserté. La Sûreté du Québec
prend tout le monde par surprise. Les manifestants sont dispersés
et la démolition commence. Seules restent Kathy sur le toit
de la maison et Julie, attachée à un arbre. Les policiers
finissent par déloger les deux jeunes femmes. En tout, neuf
personnes sont arrêtées. Le lendemain, même si
les maisons sont détruites, le FRAPRU - Front d'action populaire
en réaménagement urbain - vient manifester avec des
gens de tout le Québec. Guindonville, avec ses sept maisonnettes,
est devenue l'emblème de la cause du logement social au Québec.
Un
promoteur immobilier achète petit à petit
le
parc Dufresne
Pendant
que la controverse fait rage à propos de Guindonville, le
promoteur immobilier Sylvain Cousineau révèle à
Zone libre qu'il a réussi en catimini à acheter
les trois-quarts du parc Dufresne. Il veut construire des maisons
dans le parc, à proximité des pistes de ski. Mais
les municipalités de Val-David et de Val-Morin ont décidé
de l'exproprier.
Ces
deux municipalités on tenu un référendum
sur la question le 2 novembre. Dans les deux cas, les citoyens
leur donnent le feu vert pour des emprunts qui serviront notamment
à acheter les terrains de Sylvain Cousineau.
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