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Mon
fils, l'ennemi public numéro un
Narbonne,
France, 28 mars 2002. Aïcha Al-Wafi apprend brutalement que
son fils est accusé d'avoir conspiré des actes de
terrorisme relatifs aux attentats du 11 septembre.« Je
ne suis pas préparée à tout ça, je ne
suis qu'une simple maman », dit-elle en pleurant,
encore sous le choc, aux journalistes qui l'assaillent. Pour Aïcha,
c'est l'incompréhension. Son fils, arrêté un
mois avant les attentats du 11 septembre pour un visa expiré,
est aujourd'hui l'ennemi public numéro un des États-Unis.
Divorcée
à 22 ans, Aïcha a élevé seule ses quatre
enfants dans le sud de la France. Elle leur a donné une éducation
laïque. Pour Aïcha, ce furent des années de bonheur.
Mais à l'âge de 25 ans, ses deux fils plongeaient dans
l'intégrisme islamique.
« J'aurais
aimé que mes enfants apportent quelque chose à la
France, quelque chose de noble, de grand, de magnifique. Ils avaient
fait des études pour ça. Non, il a fallu qu'ils aillent
dans l'extrémisme, la haine, la peur, la guerre. Ils m'ont
détruite » - Aïcha.
La
lutte d'Aïcha
Zacarias
Moussaoui est détenu dans la prison d'Alexandria, au sud
de Washington. Conspiration d'actes de terrorisme, de piratage,
de destruction d'avions, d'assassinat de personnel américain
et d'utilisation d'armes de destruction massive : la liste des chefs
d'accusation est longue. Lors des audiences préliminaires,
en avril 2002, l'accusé nie avoir participé aux attentats,
mais reconnaît être un guerrier de l'islam.
En
juin 2002, Aïcha tente de rencontrer son fils en prison. Elle
ne l'a pas vu depuis 5 ans. Pour Aïcha, le combat remplace
l'abattement. Elle va tenter de défendre son fils de 34 ans
contre lui-même. Elle est appuyée par Randall B. Hamud,
avocat musulman de San Diego. Zacarias Moussaoui ne veut voir personne
depuis de longues semaines. Elle veut le convaincre de coopérer
avec les avocats.
« Ce
foulard, il me l'a offert en 1997 quand il est venu me voir. Mais
le foulard, on le porte si on a envie de le porter. Moi j'en ai
pas envie. Moi mon islam, c'est à l'intérieur. »
- Aïcha.
Son
fils a refusé de la rencontrer cette fois-là; il se
prépare à l'audience prévue sous peu. À
cette audience, il récusera ses avocats. Aïcha finit
par revoir son fils en présence de gardiens. Ils sont séparés
par une vitre, filmés et enregistrés. Il refuse toujours
l'aide des avocats et demande à sa mère d'abandonner
la lutte, de ne plus parler ni aux avocats ni à personne.
Zacarias Moussaoui s'isole de plus en plus. Le ministère
américain de la Justice a pourtant un budget de départ
de 5 millions de dollars pour permettre à Zacarias Moussaoui
de se défendre en cour. Franck Dunham est, paraît-il,
le meilleur avocat commis d'office qu'aurait pu avoir l'accusé.
Un homme réputé et respecté, un grand défenseur
des droits de l'homme. Franck Dunham : « On lui
a offert une bonne défense. Il l'a refusée, mais ce
refus n'est peut-être pas le produit d'un esprit sain ».
Aïcha
poursuit inlassablement ses efforts. Elle rencontre des avocats.
Elle rencontre aussi la presse.
Réunions
de famille
Nadia
est la fille aînée d'Aïcha. À son avis,
Aïcha a besoin de faire tout ça pour ne pas sombrer
elle-même et ne pas se ronger de culpabilité. De son
frère, elle dit : « Je crois qu'il
n'a que ce qu'il mérite. Vivre sous la haine et la rancune.
Ces gens-là sont dangereux et on ne les laisse pas dans la
nature. En même temps ça me tue. Les souvenirs me reviennent
et je me sens comme lui, enfermée comme lui, et je l'aime ».
Aïcha
se réunit avec ses deux filles. Les deux surs ne s'étaient
pas vues depuis cinq ans. L'aîné des frères
a coupé tout contact avec ses proches. Cette famille déchirée
cherche à comprendre les causes de ce plongeon des garçons
dans l'intégrisme islamique. Le père des enfants,
Omar Moussaoui, est montré du doigt. Un père absent.
Un homme violent, qui battait femme et enfants. Après huit
ans de vie commune, Aïcha l'a quitté, et les petits
ont grandi sans le modèle d'un père. Selon Aïcha,
les enfants ont essayé de trouver le père qui leur
manque; ils ont plutôt trouvé des extrémistes.
Le
18 juillet 2002, nouveau coup d'éclat de Zacarias. Il plaide
coupable. Mais il a droit à une semaine de réflexion.
Le 22 juillet, il finit par plaider non-coupable.
Un
pèlerinage à Londres et New York
Aïcha
se rend à Londres, là où la vie de son fils
a basculé dans l'intégrisme. Son fils s'est installé
dans le quartier cosmopolite de Brixton, il y a une dizaine d'années.
Il étudiait dans une école de commerce international.
Il envoyait de temps en temps des photos à sa mère.
Aïcha se rend à l'appartement où a vécu
son fils. Elle va aussi à la rencontre de ceux qui, selon
elle, ont causé la perte de Zacarias Moussaoui : les musulmans
intégristes. Elle parle avec des jeunes, embrasés
par la haine. Elle parle aussi avec Abou Amza, qui fut pendant plusieurs
années le dirigeant religieux de la mosquée de Finsbury
Park. Pour Aïcha, cet homme est celui qui a recruté
son fils. Après la rencontre avec l'ancien moudjahidin, elle
comprend pourquoi Zacarias a basculé dans l'intégrisme.
Aïcha
se rend aussi à New York. Elle y rencontre des proches des
victimes des attentats du 11 septembre 2001.
Le
procès de son fils, qui devait avoir lieu en juin 2003, est
repoussé à une date indéterminée. Aïcha
n'abandonne pas la partie.
Un
film de Thomas Johnson et Emmanuel François

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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.
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