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L'histoire
de Mark Johnston est bien particulière. Né à
Simcoe, là où 98 % du tabac canadien est cultivé,
il est revenu y passer quelques semaines à l'occasion du
mariage de son frère. Mais il n'est pas revenu seul, il a
amené avec lui une équipe de tournage pour découvrir
comment les citoyens de cette ville s'adaptaient au monde de plus
en plus non-fumeur.
La
visite d'une ferme d'un ami de la famille a provoqué un profond
questionnement. Le fermier cultive le tabac depuis la crise de 1929.
Tous les étés, Mark Johnston avait l'habitude d'y
travailler, et il a gardé d'excellents souvenirs de cette
période de sa vie. À l'époque, il y avait plus
de 4000 fermes familiales qui cultivaient le tabac. Les propriétaires
sortaient au volant de voitures luxueuses. Aujourd'hui, avec les
coûts de l'essence, de l'électricité et de la
machinerie qui augmentent et le prix du tabac qui demeure stable,
il n'en reste plus que 1200. Mark n'a pu que constater que le monde
n'est plus le même. Même la reine du tabac, la reine
de la fête de la moisson de l'année, ne fume pas!
Pourquoi
continuer à cultiver du tabac alors? « Le tabac
est une plante que l'on sème et qui s'épanouit,
répond la fille d'un fermier. C'est une plante au même
titre qu'un arbre ou que l'herbe. Les gens en font bien ce qu'ils
veulent. C'est une question de choix. Les gens ne fument pas parce
qu'ils doivent fumer. Ils fument parce qu'ils aiment ça. »
Pourtant,
la nicotine amène bien les fumeurs à continuer leur
consommation, non plus par plaisir, mais par dépendance.
Mais dans une ville comme Simcoe, il est difficile d'être
contre le tabac quand il est une source de revenus aussi indispensable
à la région.
Le
médecin de la communauté est un des premiers à
ressentir cet embarras. « C'est vraiment difficile
d'être médecin dans une communauté dont l'économie
dépend en grande partie des retombées de l'industrie
du tabac », explique un médecin.
Le
tabac a d'abord été cultivé par les Indiens
de la région, appelés les Neutres. Bien avant l'arrivée
des Européens, ils fumaient leur tabac avec une pipe. Ils
en fumaient un peu par plaisir, mais aussi parce qu'ils croyaient
que cela pouvait traiter certaines maladies. Plutôt ironique!
Au 17e siècle, les Neutres ont disparu. Fumaient-ils trop?
Selon l'histoire, ce sont des guerres sanglantes entre les différentes
nations amérindiennes qui ont terrassé les Neutres.
Impossible donc de connaître leur condition physique, ils
ont laissé trop peu de traces archéologiques. Une
chose est certaine, les autochtones considéraient la plante
comme sacrée, et cela modérait leur consommation.
C'est la culture occidentale qui en a transformé la composition.
Elle a ajouté des centaines de produits chimiques et trafiqué
les niveaux de nicotine du tabac, créant ainsi un produit
qui introduit des douzaines de carcinogènes à chaque
bouffée.
« Je
me sens déchiré entre ma sympathie pour [les fermiers]
et mon inquiétude par rapport à la dépendance
de ma mère au tabac qu'ils cultivent », commente
Mark Johnston. D'ailleurs, son inquiétude s'est concrétisée
pendant le tournage du reportage, alors que les médecins
ont trouvé un emphysème dans un poumon de sa mère.
Sa mère a aussitôt décidé de cesser de
fumer. Non seulement a-t-elle eu à se battre contre une habitude
qu'elle avait depuis 40 ans, mais elle a dû se battre contre
la dépendance à la nicotine. Tout ce que le gouvernement
fédéral s'est proposé de faire pour l'aider
était de lui donner une brochure de 14 pages et l'accès
à une boîte vocale au bout d'un numéro 1-800.
Heureusement, sa famille était là pour l'encourager.
Du
côté du fermier, sa fille a essayé de l'encourager
à rester positif et à ne pas baisser les bras, mais
le fermier a commencé à crouler sous la pression.
« Je suis écuré de cultiver du
tabac. Je me lève le matin et j'entends les gars dire que
nous mettons de la mort sur la table au lieu de la nourriture »,
a lancé le fermier. Peut-être pourra-t-il cultiver
autre chose que du tabac. C'est ce qu'espère Mark Johnston.

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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.
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