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Adaptation pour Internet : Caroline Paulhus

Émission du 4 juillet 2003

LA GUERRE DES ÉTOILES

Réalisation : Leslie Woodhead
Production : LJW Films

C'est un rêve américain qui remonte à l'époque où on craignait les missiles balistiques soviétiques. Tout en appuyant, récemment, le projet de bouclier antimissile du président Bush, notre propre ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, comparait l'audace du projet aux romans de Jules Verne. Qu'on soit d'accord ou pas avec eux, les Américains ont décidé une fois de plus de relancer un rêve qui leur a déjà coûté des dizaines de milliards de dollars : créer un système de défense visant à protéger le continent américain contre des attaques de missiles ennemis.

À l'époque de la guerre froide, on parlait de missiles antimissiles. Aujourd'hui, au moment où on parle de lutte contre le terrorisme et les États voyous, on appelle cela « le bouclier antimissile ».

 

« Je ne vois pas d'autre enjeu de politique dans notre pays, du moins depuis une cinquantaine d'année, qui ait été fondé sur autant de désirs irréalistes, de fiction et de purs mensonges. »
- FRANCES FITZGERALD,
historienne de la guerre des étoiles

C'est la peur et la recherche de l'invulnérabilité qui ont forgé la conscience américaine au cours des 2 derniers siècles. Jusqu'à récemment, l'isolement du territoire entre deux océans garantissait sa sécurité. Mais il y a 60 ans, les Américains subissaient leur première grande agression.

Le 7 décembre 1941, leur base navale de Pearl Harbour, à Hawaii, a été dévastée par des bombardiers japonais au cours d'une attaque-surprise. L'incident a marqué l'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, mais, surtout, il a fait perdre aux Américains le sentiment de sécurité que leur avait jusqu'alors procuré leur isolement du reste du monde. La voie qui devait mener à la guerre des étoiles était tracée. Lorsque l'Union soviétique s'est dotée, elle aussi, de la bombe en 1949, l'isolement nucléaire des Américains a pris fin brusquement. L'affrontement nucléaire entre les deux superpuissances allait déterminer le reste du 20e siècle.

Le lancement du premier Spoutnik, premier satellite au monde, par les Soviétiques en octobre 1957, a fait planer sur les Américains la menace d'une attaque de missiles en provenance de l'Union soviétique. Pour la première fois, la recherche d'un bouclier antimissile devenait officiellement une priorité nationale urgente. Mais en dépit de toutes ces fières déclarations et des milliards de dollars investis, le rêve d'un bouclier antimissile ne s'est pas réalisé.


UN SCÉNARIO DE FILM

En 1940, l'acteur de Hollywood, Ronald Reagan, joue le rôle d'un agent du FBI dans un film sur une arme secrète, le projecteur Inertia. Le film devait avoir d'étranges échos 40 ans plus tard, lorsque Ronald Reagan, l'homme politique, a lancé sa campagne pour devenir président. En 1979, Ronald Reagan et un conseiller sont allés visiter le quartier général de la Défense nord-américaine, au cœur des montagnes Rocheuses. « Reagan en a fait une arme de paix. C'était très important, parce qu'à ce moment-là, il cherchait à pacifier le mouvement antinucléaire qui avait pris beaucoup d'ampleur aux États-Unis », estime Frances Fitzgerald.

Ronald Reagan a lui-même rédigé le discours du projet de bouclier - surnommé par certains star wars - et certains observateurs ont cru y déceler des réminiscences du dialogue de ce film, joué quarante ans plus tôt, et de son projecteur Inertia. « Dans ce discours, explique Frances Fitzgerald, on demandait aux scientifiques de retourner en arrière et de faire en sorte que les États-Unis redeviennent l'Amérique du 19e siècle. Il n'y était pas question de créer quelque chose de nouveau, d'effrayant, qui relèverait de la science-fiction, mais de retourner à cette Amérique du 19e siècle, qui était totalement invulnérable entre ses deux océans. Ce qui a d'abord horrifié ses conseillers, qui savaient bien sûr que c'était impossible. »

La plupart des scientifiques ont accueilli la proposition de Reagan avec dérision, mais il a reçu l'appui enthousiaste de l'un d'eux, le père de la bombe H. : Edward Teller. Edward Teller, un anticommuniste convaincu qui avait servi de modèle au Dr Strangelove, a enthousiasmé Reagan avec ses projets de laser à rayon X dignes des films de science-fiction. « Edward Teller espérait pouvoir transformer ce laser pour en faire un vrai projecteur Inertia, quelque chose qui pourrait provoquer des explosions à des milliers de miles dans l'espace, et il a fait mousser l'idée », ajoute l'historienne.

Les membres plus terre à terre de l'effectif militaire établi étaient horrifiés par les projets fantaisistes de science-fiction du Dr Teller et par ses lasers à rayon X. Il est vite devenu évident que le laser à rayon X n'était pas réalisable, mais les programmes de recherche se sont poursuivis à coups de milliards de dollars jusqu'à la fin des années 80.

« Le plus remarquable, c'est qu'un grand nombre d'Américains croient que nous avons déjà un système de défense antimissile. Ils nous disent : "On l'a vu au cinéma". Alors on leur dit : "Oui, mais ce n'est pas vrai". Et ils nous répondent : "Ça doit être vrai. Mais c'est un secret, ils ne vont pas nous le dire". »
- BRADLEY GRAHAM,
correspondant militaire, Washington Post

Avec l'effondrement du communisme et la fin de la guerre froide, la défense antimissile a disparu des manchettes des journaux et de la mémoire publique. La destruction des silos nucléaires est devenue un rituel pour les forces américaines des missiles.


IDÉOLOGIE MESSIANIQUE

Si la guerre froide a laissé sa trace dans l'histoire, le vieux rêve d'une défense antimissile est en train de refaire surface. La catastrophe du 11 septembre 2001 a ramené le débat sur la question. « Il est clair qu'un bouclier antimissile n'aurait servi à rien! », pouvait-on entendre de la part de certains citoyens américains. Leur président, quant à lui, voyait les choses complètement différemment : « Les attaques contre notre pays démontrent encore plus la nécessité de développer une défense efficace de notre territoire contre les attaques de missiles ».

Imperturbable devant les manifestations bruyantes et imaginatives en Grande-Bretagne et dans le monde entier, le président Bush a annulé le Traité sur les missiles antimissiles balistiques, en décembre 2001. Il a ensuite promis que son administration allait consacrer un budget de 8,5 milliards de dollars cette année au déploiement d'un système de défense antimissile. « Le système de défense antimissile est le programme d'armement le plus important du budget américain. Avec plus de 8 milliards de dollars par an, il dépasse de loin tous les autres. Et lorsqu'on a investi autant, on est forcé de continuer », commente Joe Cirincione, de Carnegie Peace Foundation. Selon l'historienne Frances Fitzgerald, le bouclier est bien plus qu'un produit militaire. « Les militaires en uniforme, tout en étant en faveur du programme de recherche, n'ont jamais voulu développer ni déployer un système national de défense antimissile. Ils savent que ça ne fonctionne pas encore, et ils ne veulent pas déployer une arme qui ne fonctionne pas. C'est dangereux. Mais, surtout, ils ont toujours eu peur que ces énormes dépenses ne finissent par engloutir le reste du budget militaire. Le projet a donc toujours été motivé par des raisons d'ordre politique et idéologique. »

À la première église baptise de Delta Junction, en Alaska, le pasteur Dave Becker avertit ses fidèles de se tenir prêts pour le retour de Jésus et pour l'Harmaguédon. Les temps ont été durs ici, ces dernières années, depuis que le principal employeur, la base militaire de Fort Greeley, a plié bagage. Mais Delta Junction a de quoi se réjouir à nouveau. La défense antimissile américaine va être construite à Fort Greeley. D'ici l'été 2004, les véhicules destructeurs seront installés dans leurs silos à Fort Greeley. Après avoir rêvé pendant 50 ans de se mettre à l'abri des missiles ennemis, les Américains auront enfin quelque chose à montrer pour calmer les doutes et les critiques. Cette région reculée de l'Alaska est appelée à devenir la nouvelle frontière pour protéger l'Amérique des missiles.

Depuis 50 ans, les guerriers idéologiques du pays poursuivent inlassablement leurs efforts pour déployer un bouclier de protection par-dessus l'Amérique. Pour ceux qui y croient réellement, la vulnérabilité des Américains face au danger nucléaire a toujours inspiré la vision biblique de l'Harmaguédon, le conflit suprême entre les forces du bien et du mal. Derrière la peur des États voyous et du terrorisme international, se profile une vision plus audacieuse de la future frontière en altitude.

« Certains ont la conviction que l'espace sera la nouvelle frontière, que celui qui réussira à dominer l'espace dominera le monde. Tout comme les Britanniques ont réussi à dominer les mers, et ainsi à dominer le monde, les États-Unis pourront s'emparer de cette nouvelle frontière, ce nouvel espace de combat », conclut Joe Cirincione.

En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

 

Le bouclier antimissile américain

1. Un missile est lancé contre les États-Unis.

2. Des satellites détectent le missile.

3. Des stations radars d'alerte le suivent dans sa première phase de vol.

4. Des stations radars suivent la trajectoire du missile plus précisément.

5. Le centre de commande, de contrôle et de communication prend la décision d'abattre le missile.

6. Un intercepteur est lancé à partir du sol (d'un silo ou d'une rampe mobile), d'un satellite, d'un navire ou d'un avion.

7. Le missile est détruit dès son ascension, pendant sa trajectoire spatiale ou en descente.

* Toutes les données recueillies par les satellites et les radars convergent vers un ordinateur central situé au Colorado, qui gère les combats.

* L'intercepteur ira percuter la tête du missile ennemi à une vitesse de 24 000 kilomètres à l'heure. Selon des responsables américains, le bouclier pourrait intercepter « quelques dizaines » de missiles intercontinentaux.

*Évaluation des coûts : de 60 à 100 milliards de dollars au minimum.

(Source : La Presse, 5 mai 2001, d'après le Département de la défense des États-Unis)


POUR EN SAVOIR PLUS

Le bouclier antimissile
Dossier du site Nouvelles de Radio-Canada.

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.

 

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