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Adaptation pour Internet : Caroline Paulhus

Émission du 11 juillet 2003

COBAYES CONTRE LE SIDA

Réalisation : Michael Margolis et Ryan Marley
Production : Avanti Pictures Corporation

On imagine mal que des gens puissent accepter de prendre un tel risque. L'histoire s'est passée à Vancouver, au cours des dernières années. Une équipe médicale voulait mettre à l'épreuve un vaccin qu'elle avait conçu contre le VIH, le virus du SIDA. Mais pour le faire, il fallait choisir des patients dont le comportement risquait de les amener à contracter le virus, justement. Des gens qui avaient un comportement sexuel à risque, comme on dit, et qui étaient conscients des conséquences pour leur vie en acceptant de tester le vaccin.

 

Parmi une foule rassemblée pour célébrer la fierté gaie à Vancouver, se trouvent trois hommes. Un miracle court peut-être dans les veines de ces trois hommes; ils sont les premiers cobayes humains à participer à la phase III du développement d'un vaccin contre le SIDA. On leur a injecté le vaccin ou un placebo. Si le vaccin est efficace, leur système devrait maintenant produire une forte réaction immunitaire au VIH, le virus qui cause le SIDA. S'ils entrent en contact avec le virus aujourd'hui, ils devraient être protégés… s'ils ont bien reçu le vaccin… et s'il est efficace.

L'homme qui dirige cette équipe médicale a joué un rôle prépondérant pour éliminer la variole, freiner la propagation de l'Ebola et développer un vaccin efficace contre l'hépatite B. À San Francisco, dans les années 80, le docteur Francis a constaté le potentiel destructeur d'un nouveau virus, le VIH. Il s'est fréquemment opposé sur la place publique au gouvernement américain de l'époque, qui ne croyait pas qu'il était urgent de trouver un vaccin contre le SIDA. En 1995, Don Francis fonde VAX GEN afin d'amasser les 200 millions nécessaires à la recherche pour un vaccin.

Les personnes qui ont été recrutées pour ce test étaient des hommes gais entre 18 et 65 ans. Ils devaient avoir eu plus d'un partenaire sexuel au cours de l'année précédant le test, ou être dans une relation avec un homme séropositif. « Le candidat idéal pour l'essai d'un vaccin contre le VIH est un homme intelligent, qui comprend les implications d'un tel exercice et qui peut donc évaluer les risques qu'il court. Il doit donner un consentement éclairé et, malgré un suivi psychologique, il doit maintenir un comportement à risque. Car c'est justement ce comportement à risque qui nous donnera les réponses à nos questions », soutient Don Francis.

Allan travaille aux affaires corporatives dans une compagnie d'aviation. Il est parfois bénévole pour des causes comme celle-ci, où il pose pour la publication d'un calendrier dont les profits iront à la prévention du SIDA.

Neil est un analyste financier pour une grande entreprise. Il est instruit, cultivé et est très conscient de la portée de son comportement sexuel.

David est un candidat inusité pour cette étude puisque l'usage du condom est essentiel à ses yeux. David est marchand d'art, et il a récemment quitté l'Ontario pour s'installer à Vancouver.

Quand le vaccin est efficace, des protéines génétiquement modifiées qui ressemblent au VIH trompent le système pour qu'il produise des anticorps. Donc, quand le système rencontre le véritable virus, il est déjà armé et prêt à se battre. Le VIH ne peut pas pénétrer dans des cellules saines pour se reproduire. Le virus meurt, tout simplement. Mais pour savoir si le vaccin est efficace, le virus vivant du VIH doit pouvoir l'affronter à l'intérieur du corps humain. Pour les membres de l'équipe médicale, c'est une pénible réalité.

Les infirmières qui sont en contact direct avec les hommes sont essentielles au succès de l'étude. Les deux femmes sont des personnes très différentes. Leslie est mère de quatre enfants. Nancy vit avec son fils et sa conjointe. Le travail de Nancy et de sa collègue consiste à administrer régulièrement le vaccin et à tester les hommes pour le VIH. Les infirmières doivent aussi recommander l'utilisation du condom et un comportement sexuel responsable, mais elles savent que les hommes qui vont vraiment tester le vaccin sont ceux qui ne suivront pas leurs conseils.

Tous les six mois, un échantillon du sang de chacun des participants à l'étude est expédié de Vancouver à San Francisco. Là, il est testé pour le VIH et pour toute réaction immunitaire découlant du vaccin. Tout est anonyme, évidemment. Personne ne sait à quel nom correspond chaque éprouvette. Une fois les échantillons testés, l'équipe médicale retient son souffle et espère un résultat visible à l'œil nu : plus la couleur est foncée, plus la réaction immunitaire est importante. C'est signe que le sujet produit lui-même des anticorps prêts à combattre le VIH.

« L'aspect scientifique est relativement simple, l'aspect humain est nettement plus compliqué. Pourquoi des gens se prêteraient volontairement à une étude difficile, douloureuse, une étude qui ne leur rapporte rien sinon des dangers potentiels? Ils le font pour les bonnes raisons et c'est ce qui est merveilleux », lance Don Francis.


UN FAUX SENTIMENT DE SÉCURITÉ?

Plus l'étude progresse, plus on boude l'usage du condom et plus les attentes envers le vaccin contre le SIDA deviennent grandes. Puis, un premier candidat apprend la triste nouvelle. « Peu après avoir commencé à participer à l'étude sur le vaccin, j'ai découvert que j'étais infecté. Je sais plus ou moins pourquoi. Ce n'est pas difficile à deviner. J'ai modifié mon comportement, si on peut dire », admet Allan. « C'est probablement la partie la plus difficile de mon travail, avoue Nancy, une des infirmières. C'est aussi douloureux pour moi que pour la personne qui découvre qu'elle est séropositive. De mon point de vue, c'est vraiment difficile parce que j'ai établi des relations profondes avec ces gars-là. C'est comme si j'avais à annoncer la nouvelle à mon propre frère. Vraiment. » L'autre infirmière, Leslie, se demande si l'expérience n'a pas provoqué un faux sentiment de protection.

Pour Allan, la question à savoir s'il a bien reçu le vaccin ou un placebo est aujourd'hui futile. De toute façon, il n'obtiendra pas la réponse avant quelques mois, alors qu'on révélera le nom de ceux qui recevaient bel et bien le vaccin.

L'étude tire à sa fin et Neil est toujours séronégatif. Est-ce le vaccin? Son comportement sexuel? Ou fait-il partie de ce groupe des rarissimes qui jouissent d'une immunité naturelle? Mais même s'il est naturellement protégé contre le SIDA, il n'est pas à l'abri du deuil d'êtres chers. Sa mère et son oncle sont tous deux morts de la maladie d'Alzheimer. Cette mort qu'il redoute toujours, autant pour lui que pour sa sœur bien-aimée. S'il Neil s'aperçoit qu'il est atteint de la maladie d'Alzheimer, il prévoit s'enlever la vie. C'est pourquoi il vit sa vie pleinement aujourd'hui, parce que rien n'est moins sûr que demain. « J'ai fermement l'intention de me suicider de toute façon, alors je ne m'attends vraiment pas à vivre longtemps », confesse Neil.

40 millions de personnes vivent aujourd'hui avec le VIH.

6000 enfants sont infectés chaque jour.

Au cours des 20 prochaines années, 70 millions de personnes mourront du SIDA.

- SIDA Nations unies 2002

Quant à David, il est toujours célibataire, prudent et séronégatif.

Pendant trois ans, un petit groupe d'hommes gais de Vancouver a défié le VIH au nom de tous ceux et celles qui sont menacés dans le monde. Leur courage aurait pu changer le cours de cette épidémie. Malheureusement, les résultats de cette étude ont été fort peu concluants. Ils constituent toutefois une étape importante dans la recherche qui mènera un jour à l'élaboration du vaccin qui, finalement, fera échec au VIH.


En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

Le VIH et le sida au Canada

L'expression « sida » signifie « syndrome d'immunodéficience acquise », alors que « VIH » signifie « virus de l'immunodéficience humaine ». Le sida est le stade avancé de la maladie causée par le VIH. Le VIH attaque le système immunitaire et les cellules nerveuses du corps humain. Avec le temps, les systèmes immunitaire et nerveux s'endommagent et la personne atteinte du VIH peut contracter diverses maladies. C'est à ce moment que le sida est diagnostiqué.

En mai 1998, on estimait que 20 000 personnes avaient été diagnostiquées comme étant atteintes du sida au Canada. Ce chiffre ne comprend pas les personnes atteintes du VIH qui ne sont pas encore assez malades pour être considérées comme atteintes du sida.

Selon les statistiques canadiennes sur le sida, le nombre de personnes chez qui on diagnostique le sida diminue d'année en année, probablement en raison de l'amélioration du traitement des symptômes des personnes atteintes du VIH. L'amélioration des traitements a repoussé le début de la phase sidatique.

Les rapports de laboratoires indiquent que, jusqu'en décembre 1997, 41 680 personnes avaient eu un test positif au dépistage du VIH. On compte chaque année entre 3000 et 5000 nouveaux cas d'infection au Canada. De plus, de nouveaux groupes à risque sont infectés par le VIH, y compris un nombre croissant de femmes, d'hétérosexuels et de jeunes.

Il est difficile de savoir exactement combien de personnes sont atteintes du VIH au Canada, entre autres parce que nombre de personnes n'ont toujours pas été testées ou qu'elles ont subi un test anonyme (les rapports de tests anonymes ne sont pas inclus dans les statistiques).

Le nombre de cas de sida qui sont rapportés est à la baisse en raison de l'amélioration des traitements. Toutefois, le nombre d'infections au VIH continue de croître.


POUR EN SAVOIR PLUS

ONUSIDA
Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA

Société canadienne du sida
Site de l'organisation regroupant une centaine d'organismes de lutte contre le sida

VaxGen
Site du fabricant américain du vaccin contre le sida AIDSVAX

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.

 

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