|
« Ce
qui est arrivé aux femmes en Afghanistan a été
une catastrophe sur le plan des droits de la personne. C'est une
des pires choses qui soit jamais arrivée aux femmes. Et le
plus extraordinaire, c'est que le monde entier les a ignorées. »
Celle qui a prononcé ce diagnostic est la journaliste Sally
Armstrong. Pendant cinq ans, elle a écrit pour dénoncer
le traitement fait aux femmes afghanes par les talibans. Après
la chute du régime, elle est retournée voir le sort
de celles qu'elle avait connues : une réfugiée
qui avait échappé à un massacre, une directrice
d'école courageuse, une jeune fille dans un village en ruine...
et la femme remarquable qui voulait les aider à sortir de
cette longue nuit du régime taliban et les mener vers la
liberté et l'égalité.
Sima
Samar a de quoi comprendre les Afghanes. En plus d'être une
femme, elle défend la cause des femmes et elle est une Hazara,
issue d'un des groupes ethniques les plus persécutés
d'Afghanistan : trois handicaps, trois raisons de se battre.
Elle a accepté un mariage arrangé pour aller à
l'université et devenir médecin. De cette union, elle
a eu un fils, peu de temps avant que son mari ne « disparaisse »
aux mains des communistes. Elle s'exile au Pakistan, où elle
ouvrira un réseau de cliniques et d'écoles, et se
concentrera sur le sort des femmes.
Après
le départ des talibans, Dre Sima Samar est nommée
vice-présidente du gouvernement de transition en Afghanistan
et ministre de la Condition féminine. Les espoirs des femmes
sont immenses; la grogne des hommes l'est tout autant. « Mon
rêve, avec tous ces problèmes quotidiens, c'est d'arriver
à accomplir quelque chose. Parfois, je me sens lasse, mais
je fais cela pour mon pays et pour mon peuple »,
avoue-t-elle.
Les femmes retournent sur les bancs d'école
Parmi
les premiers droits que les femmes ont récupérés
avec le nouveau gouvernement, c'est celui de l'éducation,
qui était le plus attendu. L'objectif de la vice-présidente
est de former le plus de femmes possible pour leur donner une place
dans la reconstruction de la nation. Dre Samar a ouvert son école,
et plusieurs femmes ont déjà obtenu un diplôme,
ainsi que des rêves.
Le
droit à l'éducation est entre les mains de Hamida
Omid. Elle a une histoire semblable à celle de Sima Samar.
Directrice d'une école secondaire, elle s'est vue obligée
de cesser de travailler sous le régime des talibans. Avec
sa famille, elle s'est battu pour survivre. Les talibans l'ont forcée
à assister au meurtre de son frère, dans son salon.
« Les perspectives d'avenir pour les Afghanes sont
très encourageantes, parce que nous avons à notre
tête une femme qui nous défend. Cette femme, c'est
la Dre Sima Samar », déclare Hamida Omid,
avec confiance.
Mais
la confiance est encore un concept théorique en Afghanistan.
Les ennemis politique de Sima Samar ont décidé de
l'évincer du pouvoir au sein du prochain gouvernement. Quelques
fondamentalistes utilisent une entrevue qu'elle a donnée
au Canada pour prouver aux Afghans qu'elle a trahi l'Islam. « Ils
ont cité une de mes entrevues. Ils ont dit que je ne crois
pas à la charia, or, je n'utilise pas ce mot d'habitude.
Peut-être ai-je dit que je ne crois pas à charia des
talibans
», regrette Sima Samar. Cette histoire
ne donne qu'une munition supplémentaire aux seigneurs de
la guerre qui sont contre les femmes. Ces derniers ont clairement
indiqué au président Karzaï qu'ils ne coopéreraient
pas avec le gouvernement tant que le droit des femmes serait soutenu.
Le président a cédé aux pressions : Sima
Samar a été évincée du cabinet.
Personne
n'est venu défendre Sima. Au contraire, les menaces de mort
se sont multipliées. Mais elle ne se laissera pas décourager :
« Nous ne céderons pas, c'est certain »,
lance-t-elle avec entêtement.

|
|
En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
|
Traitement
des femmes sous le régime taliban
Pratiquement
tout était interdit aux femmes. À commencer par le
maquillage, les souliers à talons hauts, les chevilles découvertes
et même les éclats de rire. À cela s'ajoutait
l'interdiction de travailler à l'extérieur de la maison,
d'aller à l'école (90 % des Afghanes sont illettrées)
et de sortir dans la rue sans être accompagnée d'un
membre masculin de la famille. On les obligeait également
à porter le burqua. Véritable prison de tissu, ce
voile recouvre tout le corps de la tête aux pieds et ne laisse
qu'un grillage de tissu brodé à la hauteur des yeux,
pour la vue.
(tiré
du dossier « Les talibans ou le règne de la terreur »,
section « la charia, ses effets et ses victimes »)
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
|
VOUS
AVEZ MANQUÉ UNE ÉMISSION?
Toutes
les émissions de la saison régulière
sont archivées pour vous permettre de consulter le
reportage que vous auriez manqué ou aimeriez revoir.
Veuillez toutefois noter que les reportages achetés
ne peuvent être archivés en format vidéo
en raison des droits d'auteurs, mais ils sont disponibles
en format texte.
Consultez
la rubrique Reportages récents.
|
|