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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

FILLES D'AFGHANISTAN

Émission du 7 mars 2003

Les femmes et les filles d'Afghanistan sont peu à peu en train de renaître de leurs cendres. Lorsque les talibans tant détestés sont tombés, les femmes ont retrouvé l'espoir d'un monde nouveau. Allaient-elles connaître la liberté, ou n'était-ce qu'un faux espoir ?

Voici l'histoire d'une réfugiée qui a échappé à un massacre, d'une directrice d'école courageuse, d'une jeune fille dans un village en ruine et de la femme remarquable qui les a aidées à sortir de cette longue nuit du régime taliban pour aller vers la liberté et l'égalité.

 

« Ce qui est arrivé aux femmes en Afghanistan a été une catastrophe sur le plan des droits de la personne. C'est une des pires choses qui soit jamais arrivée aux femmes. Et le plus extraordinaire, c'est que le monde entier les a ignorées. » Celle qui a prononcé ce diagnostic est la journaliste Sally Armstrong. Pendant cinq ans, elle a écrit pour dénoncer le traitement fait aux femmes afghanes par les talibans. Après la chute du régime, elle est retournée voir le sort de celles qu'elle avait connues : une réfugiée qui avait échappé à un massacre, une directrice d'école courageuse, une jeune fille dans un village en ruine... et la femme remarquable qui voulait les aider à sortir de cette longue nuit du régime taliban et les mener vers la liberté et l'égalité.

Sima Samar a de quoi comprendre les Afghanes. En plus d'être une femme, elle défend la cause des femmes et elle est une Hazara, issue d'un des groupes ethniques les plus persécutés d'Afghanistan : trois handicaps, trois raisons de se battre. Elle a accepté un mariage arrangé pour aller à l'université et devenir médecin. De cette union, elle a eu un fils, peu de temps avant que son mari ne « disparaisse » aux mains des communistes. Elle s'exile au Pakistan, où elle ouvrira un réseau de cliniques et d'écoles, et se concentrera sur le sort des femmes.

Après le départ des talibans, Dre Sima Samar est nommée vice-présidente du gouvernement de transition en Afghanistan et ministre de la Condition féminine. Les espoirs des femmes sont immenses; la grogne des hommes l'est tout autant. « Mon rêve, avec tous ces problèmes quotidiens, c'est d'arriver à accomplir quelque chose. Parfois, je me sens lasse, mais je fais cela pour mon pays et pour mon peuple », avoue-t-elle.


Les femmes retournent sur les bancs d'école

Parmi les premiers droits que les femmes ont récupérés avec le nouveau gouvernement, c'est celui de l'éducation, qui était le plus attendu. L'objectif de la vice-présidente est de former le plus de femmes possible pour leur donner une place dans la reconstruction de la nation. Dre Samar a ouvert son école, et plusieurs femmes ont déjà obtenu un diplôme, ainsi que des rêves.

Le droit à l'éducation est entre les mains de Hamida Omid. Elle a une histoire semblable à celle de Sima Samar. Directrice d'une école secondaire, elle s'est vue obligée de cesser de travailler sous le régime des talibans. Avec sa famille, elle s'est battu pour survivre. Les talibans l'ont forcée à assister au meurtre de son frère, dans son salon. « Les perspectives d'avenir pour les Afghanes sont très encourageantes, parce que nous avons à notre tête une femme qui nous défend. Cette femme, c'est la Dre Sima Samar », déclare Hamida Omid, avec confiance.

Mais la confiance est encore un concept théorique en Afghanistan. Les ennemis politique de Sima Samar ont décidé de l'évincer du pouvoir au sein du prochain gouvernement. Quelques fondamentalistes utilisent une entrevue qu'elle a donnée au Canada pour prouver aux Afghans qu'elle a trahi l'Islam. « Ils ont cité une de mes entrevues. Ils ont dit que je ne crois pas à la charia, or, je n'utilise pas ce mot d'habitude. Peut-être ai-je dit que je ne crois pas à charia des talibans… », regrette Sima Samar. Cette histoire ne donne qu'une munition supplémentaire aux seigneurs de la guerre qui sont contre les femmes. Ces derniers ont clairement indiqué au président Karzaï qu'ils ne coopéreraient pas avec le gouvernement tant que le droit des femmes serait soutenu. Le président a cédé aux pressions : Sima Samar a été évincée du cabinet.

Personne n'est venu défendre Sima. Au contraire, les menaces de mort se sont multipliées. Mais elle ne se laissera pas décourager : « Nous ne céderons pas, c'est certain », lance-t-elle avec entêtement.


En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

Traitement des femmes sous le régime taliban

Pratiquement tout était interdit aux femmes. À commencer par le maquillage, les souliers à talons hauts, les chevilles découvertes et même les éclats de rire. À cela s'ajoutait l'interdiction de travailler à l'extérieur de la maison, d'aller à l'école (90 % des Afghanes sont illettrées) et de sortir dans la rue sans être accompagnée d'un membre masculin de la famille. On les obligeait également à porter le burqua. Véritable prison de tissu, ce voile recouvre tout le corps de la tête aux pieds et ne laisse qu'un grillage de tissu brodé à la hauteur des yeux, pour la vue.

(tiré du dossier « Les talibans ou le règne de la terreur », section « la charia, ses effets et ses victimes »)

POUR EN SAVOIR PLUS

Entrevue avec Sima Samar donné à l'équipe du Téléjournal/Le Point

Les talibans ou le règne de la terreur
dossier préparé par le site des Nouvelles de Radio-Canada

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.

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