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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

LES PETITS SOLDATS DE VLADIMIR POUTINE

Émission du 24 janvier 2003

À 300 kilomètres de Moscou se trouve un des plus grands camps paramilitaires pour enfants en Russie. Le camp Cascades accueille des élites, sélectionnées après un an de rudes épreuves. Âgées de 6 à 15 ans, les recrues y passent un mois, au cours duquel rien ne leur sera épargné. Une colonie où les enfants portent des uniformes de soldats et manient des armes gracieusement offertes par le ministère de la Défense.

 

Les enfants de ce camp y suivent un entraînement calqué sur celui de l'armée russe. Leurs instructeurs viennent d'ailleurs de forces spéciales, la plupart ayant participé à des missions en Tchétchénie et en Afghanistan. La formation paramilitaire de ces enfants — on peut presque parler d'endoctrinement — vise à donner une nouvelle vie à l'armée russe, à redorer l'image d'une armée plutôt écrasée depuis la fin de la guerre froide. Le président Vladimir Poutine, depuis qu'il est au pouvoir, a d'ailleurs doublé le financement de ces organisations. En fait, les camps Cascades se sont multipliés; on en retrouve maintenant partout dans le pays.

Le programme doit permettre aux jeunes de la rue de sortir de la dépravation et d'obtenir de la discipline. « Leurs mères veulent qu'on en fasse des hommes, des vrais hommes, parce que 80 % n'ont pas de père. Ils vivent sans idéal masculin, ils n'ont personne sur qui prendre exemple. Alors nous, nous avons décidé d'occuper cette place », explique un des entraîneurs. Mais sur place, l'atmosphère n'a rien de familial : les hommes de Cascades dirigent les enfants comme dans une vraie armée. Ici, les ex-caïds de la rue en viennent à jouer avec de vraies armes.

« On apprend à aimer notre patrie et à la défendre coûte que coûte. On apprend qu'on va avoir à donner notre sang, peut-être même notre vie. (Contre qui ?) Contre ceux qui en veulent à notre Russie… contre les combattants tchétchènes », explique froidement un des enfants. Chez d'autres enfants, l'endoctrinement frise le lavage de cerveau. « Staline, c'était bien mieux ! Tout le monde avait peur ! Si un sportif perdait une compétition, il était fusillé, et c'était la même chose dans l'armée. Ceux qui désobéissaient étaient fusillés. C'était bien. C'est pour ça que l'URSS était si puissante », avance un autre enfant, en nettoyant sa mitraillette.

Pour retrouver la grandeur de l'URSS, les hommes de Cascades veulent former ces enfants à avoir un esprit de commandos. Une des premières règles qu'on leur apprend est de tuer sans se poser de questions. On leur montre les meilleures prises possibles et comment égorger un « ennemi ».

À 5 h du matin, les enfants sont réveillés au son brutal de bombardements et de fusillades. Pour les garçons, c'est un cauchemar quotidien. Les enfants ont moins de 10 minutes pour mettre leur uniforme et leurs armes. L'entraînement du camp est réputé pour sa dureté, même les habitués ont de la difficulté à suivre la cadence. Pour la majorité d'entre eux, ils vivent pourtant toute l'année au rythme militaire. Trois fois par semaine à la sortie de l'école, et toutes les fins de semaine, ils sont pris en charge par les mercenaires de Cascades. Ils apprennent à manier les kalachnikovs, les mines, les grenades, en plus d'assister à un cours d'idéologie, un véritable lavage de cerveau. Juste deux enfants sur dix finiront leur formation.

Qui parle d'entraînement, parle de simulation. Des mises en scène plus que réalistes sont organisées, au cours desquelles deux clans s'affrontent et où les enfants peuvent mettre en pratique ce qu'ils ont appris. Bien sûr, les simulations représentent la plupart du temps un groupe de Russes contre des Tchétchènes.

Le but officiel de Cascades c'est d'inculquer la soumission, et pour ça, tout est permis, même de tondre le gazon avec ses mains. Pour briser les plus rebelles, toutes les méthodes sont bonnes, comme celle de faire porter un masque à gaz toute la journée par des températures de 30 degrés !

« Notre but est de former des citoyens saints d'esprit. Ces enfants ne seront pas tous des officiers, des défenseurs de la partie, mais ils seront des vrais citoyens », déclare officiellement un des instructeurs. Mais l'endoctrinement finit par fonctionner et il n'est pas rare de retrouver des enfants d'une dizaine d'années qui rêvent de se rendre à Grozny pour poser des bombes.

De plus en plus, le dressage des enfants à faire la guerre est critiqué, même en Russie. À Moscou, au Comité des mères de soldats, on s'inquiète face à la recrudescence de ces camps paramilitaires pour enfants, signe évident de la militarisation de la société depuis l'arrivée de Poutine au pouvoir. « Un enfant ne devrait pas apprendre dès l'enfance que quelqu'un est un ennemi. […] Apprendre la cruauté aux enfants et les éduquer à la guerre, ça veut dire que la Russie n'a pas d'avenir », conclut une des dames du comité.

En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

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Différentes nouvelles présentées par le ministère des communications de la Russie

La Tchétchénie, terre de résistance
Dossier préparé par l'équipe des Nouvelles SRC

Russie.net
Site non officiel

 

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