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Le
terme « culture biologique » est attribué aux
légumes et autres produits de base qui n'ont pas été
créés à l'aide de pesticides, de stimulants
chimiques, et qui ne possèdent pas d'agents de conservation.
Il y a quelques années, alors que la consommation se faisait
aux dépens de la qualité, ceux qui s'entêtaient
à n'accepter que du « bio » étaient perçus
comme des marginaux. On les appelait les « granolas ».
Aujourd'hui, après la publication d'études scientifiques
sur les dangers des pesticides et autres agents chimiques, les consommateurs
sont de plus en plus méfiants et demandent davantage de produits
biologiques, sans nécessairement adhérer à
la philosophie « ami de la nature ».
Avec
cette augmentation phénoménale de la demande, les
petits producteurs ont rapidement pris l'allure « d'usines
à légumes ». C'est le cas de la Earthbound
Farm, une compagnie qui a développé le concept
de salades en sac, prêtes-à-manger. À leurs
débuts, les propriétaires, Myra et Drew Goodman, exploitaient
une terre de 100 acres. Ils doivent maintenant faire la gestion
de 10 000 acres de légumes. Tout cela sans pesticides, sans
engrais chimiques. Leur succès est tel que, pour continuer
à répondre à la demande, la compagnie déménage
son usine, pendant l'hiver, en Arizona, à la frontière
mexicaine.
Et
c'est là que le bât blesse pour plusieurs environnementalistes.
Selon eux, il est contradictoire de prétendre faire de la
culture biologique par respect pour l'environnement tout en dépensant
des tonnes de diesel pour amener un sac de carottes du Mexique au
Québec. Un argument qui n'importune pas les propriétaires
de la Earthbound Farm. « À la fin de l'automne,
en hiver et au début du printemps, lorsque [les consommateurs]
ont le choix entre pas de légumes du tout ou des légumes
de la Californie, beaucoup sont contents de manger nos produits.
Même si ce n'est pas idéal, qu'il faut le temps de
les transporter et utiliser de l'essence, au moins les gens peuvent
se nourrir plus sainement », soutient Myra Goodman.
La
culture de légumes biologiques à grande échelle
est aussi venue défaire une vieille image des fermiers heureux
mais pas très fortunés. Allan Stephens, président
de Nature's Path, la principale compagnie de céréales
biologiques en Amérique du Nord, est un bon exemple de cette
nouvelle génération d'agriculteurs. « Les gens
pensaient que j'étais un hippie, et puis, ils ont commencé
à me considérer comme un hippie capitaliste lorsque
nous avons lancé Life Stream. [
] Il y avait
des gens qui pensaient qu'il ne fallait faire des affaires que pour
le bien des gens, pas pour faire des profits. Moi, je fais des affaires
pour le bien des gens et pour l'environnement. Et si, en plus, on
peut faire des profits, tant mieux ! »
Les
profits
Voyant l'intérêt grandissant des consommateurs,
et bien sûr flairant la bonne affaire, les multinationales
comme Kraft, Heinz, Fritoley, Nestle
ont commencé à considérer très sérieusement
la culture biologique. Ainsi, Heinz a lancé son ketchup
biologique, d'abord en Europe, puis au Canada en mai 2002, et finalement
aux États-Unis le mois suivant. Mais attention, tout ce que
ce ketchup a de biologique, ce sont ses tomates ! « C'est
un peu paradoxal que des produits transformés, très
transformés, portent le label biologique », fait remarquer
Hélène Delisle, professeur en nutrition à l'Université
de Montréal. Les aliments transformés n'ont pas vraiment
de valeur nutritive. Ils ont beau être produit à partir
d'aliments biologiques, une fois transformés, ils ne sont
pas nécessairement sains. Un « Kraft Dinner »
bio peut-être ? On trouve déjà des barres de
chocolat et des bretzels blancs biologiques. « Si on veut
se nourrir vraiment sainement, appuie Myra Goodman, le biologique
ne suffit pas. »
Là-dessus,
les consommateurs ne sont pas si naïfs. Les compagnies comme
Kraft ou General Mills savent très bien que
les consommateurs ne les croiront pas si elles déposent une
étiquette « bio » sur leurs aliments. Quoi faire
alors pour s'accaparer néanmoins des bénéfices
de ce marché ? Plusieurs multinationales ont commencé
à acheter des compagnies biologiques et ont continué
à distribuer les aliments avec le nom de ces dernières.
C'est
le cas de Cascadian Farm, qui offre depuis ses débuts,
en 1971, des plats surgelés. « Si on achète
les produits Cascadian Farm, on ne retrouvera pas de sigle
General Mills sur ce produit, même si ce produit vient
à la base de General Mills. [
] [Les multinationales]
sentent qu'elles ne sont peut-être pas tout à fait
les bienvenues dans le monde du bio », avance Antoine Gendreau-Turmel,
un environnementaliste du Centre d'agriculture biologique du Québec.
Le
nouvel eldorado des multinationales alimentaires les amène
à payer des fortunes pour acheter des compagnies. Elles prennent
ainsi de plus en plus de place sur le marché, ce qui est
en train d'étouffer les petits fermiers. De plus en plus
de producteurs bios réalisent qu'ils doivent s'unir pour
affronter l'invasion des grandes compagnies dans un domaine qui
était autrefois leur chasse gardée.
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À
Montréal, il est impossible de parler d'aliments biologiques
sans parler d'Équiterre. L'organisme met en contact
des producteurs et des partenaires qui vont cueillir, en ville,
leur panier à un point de chute. Les partenaires paient
un montant au début de la saison et le producteur s'engage
à fournir des fruits et légumes frais à
chaque semaine. Ceci offre un revenu garanti pour le producteur
et permet d'assurer la survie des petites fermes biologiques.
Le projet Équiterre fonctionne d'ailleurs tellement
bien, qu'on n'arrive pas à trouver assez de fermes
certifiées « biologiques » pour répondre
à la demande.
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L'industrialisation
de l'agriculture biologique va provoquer encore bien des grincements
de dents et même des affrontements idéologiques. Mais
une chose est indéniable : plus il y a aura de joueurs dans
ce domaine, petits ou grands, plus il y aura d'acres de terres cultivées
en harmonie avec la nature. La preuve que le bio est vraiment meilleur
pour la santé des gens n'est peut être pas encore établie,
mais nous avons la certitude que cela est meilleur pour les animaux
et pour l'environnement.
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Normes
et standards en alimentation biologique
Un
aliment biologique n'est pas forcément synonyme de santé.
Mais il est nécessairement le résultat d'un mode de
production particulier. Aux États-Unis, des standards nationaux
pour encadrer la culture et la transformation des produits biologiques
ont été mis en place. Ceux qui répondent à
ces normes peuvent obtenir la certification de différentes
agences accréditées par le département de l'Agriculture,
le USDA.
Au
Canada, ce n'est pas le gouvernement qui offre le même genre
d'accréditation, mais plutôt le Canadian Organic Advisory
Board. Pour obtenir leur certification, les producteurs doivent
répondre au National Standard of Canada for Organic Agriculture
qui exige, entre autres, que les aliments soient produits sans l'aide
d'engrais synthétique, sans pesticide, sans régulateur
de croissance et, pour le bétail, sans antibiotique. La
production biologique est évaluée à chaque
année par un inspecteur indépendant et si la culture
répond aux normes, l'étiquette d'accréditation
peut être rajoutée au produit.
Eliot
Coleman, le « pape » de l'alimentation biologique, reste
sur ses gardes en ce qui a trait à ces accréditations.
« On voudrait croire que les normes de qualité de ces
produits ont été établies pour le bénéfice
des consommateurs, qu'on va leur garantir que ces aliments sont
d'une qualité supérieure, mais ce n'est pas le cas.
Ces normes vont servir à faciliter le commerce international.
Grâce à la normalisation de la définition de
ce terme, du Chili à l'Argentine, à la Norvège
et à la Suède, tout le monde pourra se lancer dans
le commerce du biologique. Pour [les multinationales], c'est juste
une autre option de marketing.»
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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