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Paul
Désilets, Américain de naissance, étudie chez les Clercs de Saint-Viateur.
Il enseigne ensuite dans un de leurs collèges à Cornwall, en Ontario,
avant de devenir aumônier en 1969 chez les Sœurs de Saint-Anne,
au Massachusetts. Jusque là, son dossier est impeccable. En 1974,
l'évêque de Boston le nomme vicaire à la paroisse de l'Assomption
à Bellingham, où il s'occupera des servants de messe. Et c'est là
que l'histoire d'horreur commence pour ses présumées victimes.
Au
début, le prêtre est plutôt gentil et vénéré par les enfants. Mais
bientôt, il devient « trop » gentil, et, tout en aidant
les enfants à s'habiller, il en profite pour toucher à leurs parties
génitales. « À 9 ans, c'est un choc », explique
Scott Coon, le premier à avoir dénoncé les pratiques du père Désilets.
Si Scott peut en parler aujourd'hui, c'est parce que le voile du
phénomène de la pédophilie dans les églises catholiques s'est déchiré
il y a quelque temps aux États-Unis. Depuis le début de l'année,
en effet, des centaines de prêtres ont été relevés de leurs fonctions.
Rome a même convoqué ses cardinaux à une réunion d'urgence en avril
pour décider des mesures à prendre.
«
Désilets. Pas père Désilets. Je ne l'appellerai plus «
père ». Il m'attrapait par mes organes génitaux, il me soulevait
et me demandait, à chaque semaine, « combien pèses-tu cette
semaine ? » En plus de l'agression sexuelle, il y avait la
douleur. »
(Joe Fleuette, une autre présumée victime du père Désilets)
Le
seul témoin potentiel des actes reprochés est le père Aubut, le
supérieur de Désilets. Après trois ou quatre ans, il a commencé
à essayer de l'empêcher de s'occuper des enfants. Mais on ne saura
jamais la vérité puisque le père Aubut est mort et le père Désilets
s'est retiré dans une maison de retraite des Clercs de Saint-Viateur
à Rigaud. Désormais, il n'y a aucun moyen d'accéder au père Désilets.
Son supérieur ainsi que l'avocat de la confrérie insistent pour
rappeler que la présomption d'innocence est aussi valable pour les
prêtres. D'ailleurs, l'avocat tient à rappeler qu'il a reçu une
pétition des paroissiens de Bellingham lui demandant de revenir,
cherchant à prouver ainsi qu'il était apprécié.
Les
21 présumées victimes espèrent aussi que le père Désilets revienne.
Non pas pour y célébrer une messe, mais plutôt pour répondre aux
plaintes qu'elles ont déposées contre lui. Les enfants, aujourd'hui
âgés dans la trentaine, ont porté plainte au civil contre l'Archevêché
de Boston, employeur du père Désilets. Ils sont représentés par
une des plus grandes firmes d'avocats de Boston, spécialisées dans
ce type de dossiers. Le père Désilets est aussi accusé au criminel,
un fait exceptionnel puisque les prêtres sont souvent protégés par
des lois, au Massachusetts, qui interdisent les poursuites au bout
de quelques années. Une demande d'extradition vers les États-Unis
a été déposée, mais rien ne semble bouger du côté du ministère de
la justice du Canada.
«
Le prêtre c'est le sommet de la pyramide,
celui à qui on peut le plus faire confiance. »
(Brian Corriveau, une présumée victime du père Désilets)
Pour
le moment les Clercs de Saint-Viateur ne font l'objet d'aucune poursuite
mais ils ont reçu une mise en demeure par l'avocat des 21 présumées
victimes. Si la confrérie est poursuivie, les Clercs seraient les
premiers au Canada à être entraînés dans le tourment du scandale
de Boston. Ils pourraient être accusés de ne pas avoir cherché
à savoir ce qui est arrivé aux garçons en prenant connaissance des
plaintes qui pesaient sur le père Désilets.
Mais
peu importe ce qui adviendra du père Désilets, les présumées victimes
espèrent que ce sera une prise en conscience profonde de tout le
système catholique.

«
Ce n'est pas de seulement Désilets, c'est tout le système qui
est en cause. Il s'agit de l'échec de l'église qui n'a pas su venir
en aide aux enfants. »
(Joe
Fleuette)
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Quelques
personnages et faits importants
John Geoghan, 66 ans, dont le procès a été à l'origine du scandale
sexuel secouant l'Église catholique américaine, a été muté de paroisse
en paroisse pendant trente ans, avant d'être défroqué par Rome.
Il est accusé de plus de 130 agressions sexuelles sur des enfants.
L'évêque
de Boston Bernard Law a avoué, lors d'un procès d'un de ses prêtres,
qu'il avait caché les faits aux paroissiens. Plusieurs millions
de dollars ont aussi été versés aux victimes en échange de leur
silence. Près de 400 plaintes ont été enregistrées contre des prêtres
dans son archidiocèse, et de nombreux laïcs ont demandé sa démission.
Secouée
par ce scandale, le Pape a convoqué les treize cardinaux américains
le 23 avril 2002. Il a dénoncé les actes commis, mais plusieurs
lui reprochent de ne pas avoir démis de leurs fonctions quelques
membres du clergé américain, en particulier Mgr Bernard Law.
14
juin 2002 : l'épiscopat américain ont adopté une charte qui interdit
à tous les prêtres pédophiles d'exercer leur ministère, mais sans
pour autant qu'ils soient systématiquement défroqués. Quatre mois
plus tard, soit le 18 octobre 2002, le Vatican a rejeté ce plan
épiscopal américain, le jugeant « vague et imprécise ».
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à
1 h.
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