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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

CES PRÊTRES QUI AIMAIENT TROP LES ENFANTS
Émission du 18 octobre 2002

journaliste : GENEVIÈVE ROSSIER
réalisatrice :
JOHANNE BONNEAU


Au cours des dernières années, plus de 800 prêtres ont été mis en cause dans des allégations de pédophilie et, cette année, au moins 218 prêtres ont été suspendus de leurs fonctions. Mais, dans la majorité des cas, l'Église a tout fait pour cacher cette réalité. Notre équipe a identifié le cas d'un de ces prêtres, accusé de pédophilie aux États-Unis, qui vit une belle retraite au Québec depuis 18 ans. Aujourd'hui, ses présumées victimes, au nombre de 21, veulent à tout prix que le père Paul Désilets soit extradé vers le Massachusetts pour faire face aux accusations qui pèsent contre lui.

Paul Désilets, Américain de naissance, étudie chez les Clercs de Saint-Viateur. Il enseigne ensuite dans un de leurs collèges à Cornwall, en Ontario, avant de devenir aumônier en 1969 chez les Sœurs de Saint-Anne, au Massachusetts. Jusque là, son dossier est impeccable. En 1974, l'évêque de Boston le nomme vicaire à la paroisse de l'Assomption à Bellingham, où il s'occupera des servants de messe. Et c'est là que l'histoire d'horreur commence pour ses présumées victimes.

Au début, le prêtre est plutôt gentil et vénéré par les enfants. Mais bientôt, il devient « trop » gentil, et, tout en aidant les enfants à s'habiller, il en profite pour toucher à leurs parties génitales. « À 9 ans, c'est un choc », explique Scott Coon, le premier à avoir dénoncé les pratiques du père Désilets. Si Scott peut en parler aujourd'hui, c'est parce que le voile du phénomène de la pédophilie dans les églises catholiques s'est déchiré il y a quelque temps aux États-Unis. Depuis le début de l'année, en effet, des centaines de prêtres ont été relevés de leurs fonctions. Rome a même convoqué ses cardinaux à une réunion d'urgence en avril pour décider des mesures à prendre.

« Désilets. Pas père Désilets. Je ne l'appellerai plus « père ». Il m'attrapait par mes organes génitaux, il me soulevait et me demandait, à chaque semaine, « combien pèses-tu cette semaine ? » En plus de l'agression sexuelle, il y avait la douleur. »
(Joe Fleuette, une autre présumée victime du père Désilets)

Le seul témoin potentiel des actes reprochés est le père Aubut, le supérieur de Désilets. Après trois ou quatre ans, il a commencé à essayer de l'empêcher de s'occuper des enfants. Mais on ne saura jamais la vérité puisque le père Aubut est mort et le père Désilets s'est retiré dans une maison de retraite des Clercs de Saint-Viateur à Rigaud. Désormais, il n'y a aucun moyen d'accéder au père Désilets. Son supérieur ainsi que l'avocat de la confrérie insistent pour rappeler que la présomption d'innocence est aussi valable pour les prêtres. D'ailleurs, l'avocat tient à rappeler qu'il a reçu une pétition des paroissiens de Bellingham lui demandant de revenir, cherchant à prouver ainsi qu'il était apprécié.

Les 21 présumées victimes espèrent aussi que le père Désilets revienne. Non pas pour y célébrer une messe, mais plutôt pour répondre aux plaintes qu'elles ont déposées contre lui. Les enfants, aujourd'hui âgés dans la trentaine, ont porté plainte au civil contre l'Archevêché de Boston, employeur du père Désilets. Ils sont représentés par une des plus grandes firmes d'avocats de Boston, spécialisées dans ce type de dossiers. Le père Désilets est aussi accusé au criminel, un fait exceptionnel puisque les prêtres sont souvent protégés par des lois, au Massachusetts, qui interdisent les poursuites au bout de quelques années. Une demande d'extradition vers les États-Unis a été déposée, mais rien ne semble bouger du côté du ministère de la justice du Canada.

« Le prêtre c'est le sommet de la pyramide,
celui à qui on peut le plus faire confiance. »

(Brian Corriveau, une présumée victime du père Désilets)

Pour le moment les Clercs de Saint-Viateur ne font l'objet d'aucune poursuite mais ils ont reçu une mise en demeure par l'avocat des 21 présumées victimes. Si la confrérie est poursuivie, les Clercs seraient les premiers au Canada à être entraînés dans le tourment du scandale de Boston. Ils pourraient être accusés de ne pas avoir cherché à savoir ce qui est arrivé aux garçons en prenant connaissance des plaintes qui pesaient sur le père Désilets.

Mais peu importe ce qui adviendra du père Désilets, les présumées victimes espèrent que ce sera une prise en conscience profonde de tout le système catholique.

« Ce n'est pas de seulement Désilets, c'est tout le système qui est en cause. Il s'agit de l'échec de l'église qui n'a pas su venir en aide aux enfants. »
(Joe Fleuette)

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POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

première partie
deuxième partie

images : PIERRE MAINVILLE
son : JOE CANCILLA
montage : JACQUES DURAND


Quelques personnages et faits importants

John Geoghan, 66 ans, dont le procès a été à l'origine du scandale sexuel secouant l'Église catholique américaine, a été muté de paroisse en paroisse pendant trente ans, avant d'être défroqué par Rome. Il est accusé de plus de 130 agressions sexuelles sur des enfants.

L'évêque de Boston Bernard Law a avoué, lors d'un procès d'un de ses prêtres, qu'il avait caché les faits aux paroissiens. Plusieurs millions de dollars ont aussi été versés aux victimes en échange de leur silence. Près de 400 plaintes ont été enregistrées contre des prêtres dans son archidiocèse, et de nombreux laïcs ont demandé sa démission.

Secouée par ce scandale, le Pape a convoqué les treize cardinaux américains le 23 avril 2002. Il a dénoncé les actes commis, mais plusieurs lui reprochent de ne pas avoir démis de leurs fonctions quelques membres du clergé américain, en particulier Mgr Bernard Law.

14 juin 2002 : l'épiscopat américain ont adopté une charte qui interdit à tous les prêtres pédophiles d'exercer leur ministère, mais sans pour autant qu'ils soient systématiquement défroqués. Quatre mois plus tard, soit le 18 octobre 2002, le Vatican a rejeté ce plan épiscopal américain, le jugeant « vague et imprécise ».

POUR EN SAVOIR PLUS

Conférence des évêques catholiques des États-Unis (site en anglais)

Survivors Network of those Abused by Priests (site en anglais)
(Le SNAP est un regroupement qui défend les droits des victimes d'abus sexuel de la part des prêtres et qui les aide à sortir de l'isolement.)

Page du reportage à l'émission Le Point du 11 juin

New York Times (en anglais)
(Très bonne couverture des événements. Il faut toutefois s'abonner (gratuitement) pour pouvoir lire les articles.)

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.