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Les Innus
Des négociations qui
changeront
l'Histoire

Ils
revendiquent le droit de conserver leur culture, de parler
leur langue, de se gouverner; ils veulent que soient reconnus
leurs droits de premiers occupants du Québec. C'est cette
autonomie gouvernementale que négocient depuis janvier 2000
les Innus avec le gouvernement fédéral et avec celui du Québec.
L'issue des discussions, d'une ampleur inégalée, bouleversera
la carte politique canadienne et servira de référence à d'autres
nations autochtones. Mais le territoire que revendiquent les
Innus, principalement au Saguenay, au Lac Saint-Jean et sur
la Côte-Nord, est habité majoritairement par les Blancs. Et
ceux-ci, qui ont plusieurs appréhensions, dénoncent le secret
entourant les négociations.
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Les
communautés innues
« Ils
ont été appelés des Montagnais, des Indiens,
des Sauvages, des autochtones. On confond
parfois leur nom avec celui des Inuits, ce
qu'ils ne sont pas. Ils s'appellent Innus,
ce qui veut dire, dans leur langue, « un
être humain ». Ils sont 16 000
qui vivent dans 11 communautés, neuf au Québec
et deux au Labrador. »
extrait
du reportage
Le
N'tessinan, qui signifie « notre terre »,
couvre une surface de 400 000 kilomètres carrés,
soit une superficie qui représente le quart du Québec.
Ses limites sont, au nord, le réservoir Caniapiscau,
à l'est, le Labrador, au sud, le fleuve Saint-Laurent
et, à l'ouest, la Mauricie. En vertu du traité,
les Innus ne se gouverneront que sur une infime partie
du N'tessinan: un territoire de moins de 600 kilomètres
carrés, dont ils auront la propriété complète. Parmi
les neuf villages innus du Québec, sept sont
visés par les négociations qui ont cours
en ce moment.
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Pendant
plus de 20 ans, des négociations ont été menées sur les revendications
des Innus, toujours sans succès. Mais, depuis janvier 2000,
les négociateurs des gouvernements du Québec, du Canada et
de quatre communautés innues, se sont entendues sur ce qu'ils
ont appelé « l'approche commune ». Cette
approche fixe une base de négociation en vue d'en arriver
à un traité, et un accord de principe serait à portée
de la main. Sur la table, l'autonomie gouvernementale, des
compensations financières et, surtout, la reconnaissance du
titre aborigène et de droits ancestraux sur le territoire
revendiqué: c'est tout le Saguenay-Lac Saint-Jean et la Côte-Nord.
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| Un
document interne d'Hydro-Québec révèle
que c'est sur le territoire innu que les rivières
ont l'un des plus hauts potentiels de développement
hydro-électrique au Québec. |
L'ampleur
des enjeux fait de cette négociation le plus important
traité après la Convention de la Baie James
et du Nord québécois (1975)
et le traité des Nisga'a (2000). C'est la première
fois qu'une négociation se fait sur un territoire
autant partagé avec les Blancs, qui y sont
d'ailleurs fortement majoritaires. Ceux-ci, qui critiquent
le manque de transparence entourant les discussions,
ont de nombreuses appréhensions quant au respect
de leurs propres droits. Qui plus est, la question
de l'exploitation des ressources telles que le potentiel
hydro-électrique et la forêt, est délicate.
Autre
point important : les droits ancestraux, qui, contrairement
à d'autres traités conclus par le passé,
ne devraient pas faire l'objet d'extinction. Reconnus dans
la Constitution, les droits ancestraux sont ceux issus d'une
pratique ou une tradition qui caractérise la culture
autochtone, comme les droits de chasse ou de pêche pour
répondre aux besoins de la communauté.
La
Cour suprême a déjà établi
que des moyens modernes pouvaient être utilisés
pour chasser et pêcher. Certains Blancs considèrent
toutefois que la chasse et la pêche pratiquées
par les autochtones vont bien au-delà de leur
besoin de subsistance. La négociation doit
justement définir la manière d'exercer
ces droits et les quantités de prises permises
pour ne pas nuire à la protection de l'espèce.
L'ensemble
des nations autochtones suit de près le déroulement
des discussions. Quelque 80 autres négociations
se dérouleront au Canada. Au Québec,
le traité servira de référence
aux Attikamekws et aux Algonquins, qui négocieront
eux aussi leurs droits sur le territoire.
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Quelques
faits saillants des négociations:
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L'autonomie
gouvernementale négociée dans ce futur traité,
c'est le droit de faire des lois dans des domaines
comme la culture et la langue, c'est le contrôle
sur leurs services de santé et d'éducation. |
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Plusieurs
lois canadiennes et québécoises
ainsi que les chartes des droits vont continuer
de s'appliquer. |
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La nation innue recevra 3 % de redevances
sur l'exploitation des ressources naturelles du
N'tessinan. Cela comprend des redevances sur l'exploitation
forestière, sur les coûts des permis
de chasse, de pêche et de location de terres
publiques. Ce montant équivaut à
6 millions de dollars par année. |
| - |
600
000 mètres cubes de bois seront réservés
pour les Innus soit 5 % de la capacité
forestière en résineux du Saguenay-Lac
Saint-Jean et de la Côte-Nord. C'est relativement
peu de bois, à peine suffisant pour faire
fonctionner deux ou trois scieries de taille modeste. |
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De plus, le gouvernement fédéral
va verser lors de la signature du traité,
250 millions de dollars en compensations financières
et le Québec, 90 millions. |
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Graduellement
on prévoit remplacer l'aide fédérale
par des taxes et des impôts que les Innus
vont payer à leur propre communauté. |
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extraits
du reportage
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« C'est
nous qui étions ici les premiers. C'est notre territoire,
notre pays, c'est mes ancêtres qui ont vécu ici. C'est
nous autres qui avons accueilli les hommes blancs
quand ils sont arrivés. On l'a aidé, on l'a soigné
et, aujourd'hui, on serait moins que rien ? C'est
cela, mon titre aborigène à moi. »
« On
a le taux de suicide le plus haut dans le monde, des
taux de chômage qui ne se comparent pas avec la moyenne,
c'est ça que l'on veut changer. Si les gouvernements
ne signent pas de traités, on peut prendre les alternatives
que l'on a. Cela peut être les affirmations politiques,
c'est notre territoire. Si on fait ça, on va
continuer à se donner des claques sur la gueule, on
vas connaître des Oka et des Burn Church. J'espère
que ce n'est pas ce que souhaite le gouvernement du
Québec, nous, ce n'est pas ce que l'on souhaite.
»
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Traités
modernes conclus entre Ottawa et des communautés
autochtones
- La Convention de la Baie James et du Nord
québécois (1975)
- Le traité des Nisga'a (2000)
Ces
deux traités éteignent les droits
ancestraux, ce que n'acceptent plus les autochtones
du Canada et les instances internationales comme
l'ONU. Contrairement au traité que négocient
les Innus en ce moment, ces accords concernent
des territoires relativement isolés.
Ils ont été signés après
deux jugements prononcés par les tribunaux.
En 1973, le jugement Malouf avait dit à
Québec qu'il avait l'obligation de négocier.
Le traité des Nisga'a a pour sa part
suivi le jugement Calder; la Cour suprême
avait signifié à Ottawa que les
droits ancestraux n'étaient pas éteints.
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Zone
libre explique les enjeux et les positions dans
ces négociations qu'il faut qualifier d'historiques.
Un
reportage de la journaliste Sylvie Joly et
de la réalisatrice Esther Lapointe. Images :
Serge Brunet; son : Joe Cancilla;
montage : Jacques Durand.
En
raison de droits d'auteur sur certains extraits,
ce reportage ne sera malheureusement
pas disponible sur Internet.
H
Y P E R L I E N S
Droit
général et autochtone
(site
personnel d'un spécialiste des questions autochtones
sur le droit autochtone au Canada et aux États-Unis;
inclut notamment des jugements de la Cour suprême
et d'anciens traités; complet)
Parties
qui prennent part aux négociations
Conseil
tribal Mamuitun
(un des deux groupes innus qui participent
aux négociations)
Mamit
Innuiat
(un des deux groupes innus qui participent
aux négociations)
Ministère
des Affaires indiennes et du Nord du Canada
Secrétariat
aux Affaires autochtones du Québec
L'émission
Zone libre est diffusée sur les ondes
de
Radio-Canada le vendredi à 21 h et en
reprise à RDI le samedi à 23 h,
le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi
que le lundi à 2 h.
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