
Infections mortelles à Sainte-Justine
Les parents des six bébés prématurés décédés à Sainte-Justine en 2004 et 2005 ont-ils été informés qu'une bactérie contractée à l'hôpital pourrait avoir causé la mort de leur enfant? Dre Francine Lefèbvre, chef du service de néonatalogie, affirme que ce fut le cas.
Juste avant la diffusion de notre enquête, Sainte-Justine a décidé de rencontrer chacun des parents des enfants décédés. La raison: leur donner des informations sur l'éclosion de Pseudomonas. Des informations qui sont pourtant disponibles... depuis septembre 2005.
Qu'est-ce que l'hôpital a dit exactement aux parents durant ces rencontres? Difficile de le savoir. Pour en avoir le coeur net, nous avons demandé à Sainte-Justine de rencontrer les parents concernés, mais la direction a refusé, pour des raisons de confidentialité.
Tout récemment, notre enquête nous a permis d'identifier trois des six bébés décédés durant l'éclosion de Pseudomonas.
Les parents de Kaysha-Edwina, né le 29 août 2004 à Sainte-Justine, contredisent la version de l'hôpital. Ils soutiennent qu'on leur avait dit que leur fille était morte d'un arrêt cardiaque. Ils ont entendu parler de Pseudomonas pour la première fois en mars dernier, lors de leur rencontre avec les médecins de Sainte-Justine.
Et lorsqu'ils ont demandé si la bactérie était responsable de la mort de leur enfant, on leur a répondu « pas nécessairement ». Le certificat de décès de l'enfant, que le salon funéraire leur a remis, mentionne une surinfection à Pseudomonas aeruginosa et au Candida, un champignon, ce que l'hôpital n'a jamais dit aux parents. « Pourquoi nous a-t-on caché la vérité? », s'interroge le père de l'enfant.
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La grand-mère de Joey, le sixième bébé décédé, qui était au chevet de l'enfant à sa mort, croit encore qu'elle est morte d'une pneumonie et affirme n'avoir jamais entendu parler de Pseudomonas.
Les parents du quatrième bébé décédé, Louis-Alexandre, n'avaient jamais entendu parler, eux non plus, de la bactérie ni d'un problème d'éclosion dans l'unité. On leur avait seulement parlé d'une entérocolite, une maladie des intestins qu'on retrouve souvent chez les prématurés. Après avoir demandé à plusieurs reprises, par écrit, une copie du dossier médical et du rapport d'autopsie de l'enfant, ils ont été invités à une rencontre à Sainte-Justine, deux ans plus tard.
La rencontre s'est déroulée à la mi-avril, dans les bureaux de la direction, où nous les avons accompagnés. Ils ont enfin eu le rapport d'autopsie et des explications sur la mort de leur enfant. C'est là qu'ils ont appris les causes de la mort de leur enfant. Pourtant, le cas de Louis-Alexandre avait été signalé officiellement à la Santé publique de Montréal deux semaines après sa mort, le 11 mars 2005. Deux ans après l'événement, la Dre Lefèbvre estime difficile de savoir si Louis-Alexandre a été infecté par Pseudomonas avant ou après le début de son entérocolite.
« Je trouve ça vraiment inconcevable, en tant que parent, de se faire dire, deux ans après des demandes faites en bonne et due forme, qu'il y avait un problème et qu'il était déjà connu », dit le père. Lui et sa conjointe auraient aimé avoir le choix de laisser leur enfant à Sainte-Justine ou pas.
Au Québec, la loi sur la santé prévoit que le patient doit être informé sur ce qui menace sa santé.