
En élisant Stephen Harper, les Canadiens pouvaient avoir des doutes sur ses intentions quant à l'accord de Kyoto, car le programme conservateur contenait à peine une vague promesse d'adopter un « plan canadien axé sur les nouvelles technologies » pour lutter contre les gaz à effet de serre.
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Le lendemain de l'élection, Ralph Klein prévient l'Institut C.D. Howe, dont l'organigramme se lit comme un bottin de l'industrie albertaine du pétrole, que ses travaux prendront une importance capitale dans la redéfinition des orientations canadiennes par le nouveau gouvernement. Déjà, lorsque Stephen Harper est devenu chef du parti conservateur, en 2004, il a recruté comme directeur de son bureau politique le chercheur et analyste de l'institut Ken Boessenkool. Ce dernier représente aujourd'hui les intérêts d'entreprises énergétiques auprès du bureau du premier ministre et du ministère de l'Environnement, révèle le registre fédéral des lobbyistes.
![]() Rona Ambrose lors de son assermentation |
Le 6 février, Stephen Harper désigne Rona Ambrose, qui a conseillé Ralph Klein dans son opposition au protocole de Kyoto, ministre de l'Environnement. Elle discrédite les cibles de réduction des gaz à effet de serre de Kyoto, alors que paraît une étude de l'Institut C.D. Howe dénonçant les subventions fédérales aux mesures d'efficacité énergétiques et aux programmes de sensibilisation du public face au réchauffement climatique.
Le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, utilise les mêmes arguments que l'Institut C.D. Howe pour annoncer, le même mois, l'abolition d'une vingtaine de ces programmes d'efficacité énergétique. Deux jours après que Ralph Klein se fut rendu à Washington pour inviter les investisseurs à financer de nouvelles raffineries dans sa province et après avoir laissé entendre que le développement accru du secteur pétrolier était bien vu par le gouvernement canadien puisque « le nouveau premier ministre vient de Calgary », le gouvernement fédéral fait aussi disparaître son site Internet sur les changements climatiques. À la place, on invite maintenant l'internaute à visiter le site du ministère des Ressources naturelles pour apprécier la contribution de ce secteur à l'économie canadienne.
![]() On a remplacé l'excavatrice rotative par la pelle et le camion. |
À l'automne, après de nombreux reports, Stephen Harper dévoile son plan environnemental. Apparaît un nouveau concept: la « réduction de l'intensité des émissions », calquée sur l'approche adoptée par Georges Bush en 2002, lorsqu'il s'est retiré de Kyoto. Pour les pétrolières, cela signifie qu'elles pourront augmenter leur pollution sans limites, à une condition : continuer à faire ce qu'elles font déjà, améliorer leur efficacité. Par exemple, dans les sables bitumineux, on a remplacé l'excavatrice rotative par la pelle et le camion, diminuant du tiers la quantité d'énergie nécessaire pour extraire chaque baril de bitume.
À la mi-octobre, Rona Ambrose dépose son projet de loi sur la qualité de l'air, visant une réduction entre 45 % et 65 % des émissions pour 2050. Stephen Harper aura alors 91 ans. Seules les pétrolières profiteront de ce plan « made in Alberta and written in Washington », dénonce le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.
À la conférence de l'ONU sur les changements climatiques, à Nairobi, en novembre, Rona Ambrose blâme le gouvernement libéral pour justifier l'abandon des cibles de Kyoto. C'est ce qu'avait recommandé Frank Luntz, l'architecte de la position de George Bush en matière d'environnement, lors d'une rencontre avec un groupe de conservateurs.
À l'instar de 35 pays, le Canada s'était engagé, d'ici à 2012, à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport à ses émissions en 1990. Or, les émissions canadiennes ont, en fait, augmenté de 28 %, sous le règne libéral. L'un des pires écarts dans le monde.
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Le point de vue de Stéphane Dion
Comme ministre de l'Environnement du Canada, il a présidé la conférence pour mettre en oeuvre le protocole de Kyoto. Il a confié au New York Times qu'aucun ministre de l'Environnement au monde n'aurait pu bloquer le développement des sables bitumineux parce qu'il y a trop d'argent en jeu. Aujourd'hui, le chef du Parti libéral du Canada estime que cette industrie représente un des plus grands défis du Canada. « C'est sans doute la région, dans le monde développé, qui a la plus forte croissance économique et les plus graves enjeux environnementaux combinés. Si on réalise la jonction des deux, économie et environnement, en Alberta, on pourra exporter ce savoir partout dans le monde et faire des mégatonnes d'argent. » |
![]() Une fois comprimé, le CO2 agit comme un solvant dans les entrailles du réservoir. |
Pour l'instant, malheureusement, le gouvernement ne fait pratiquement rien en ce sens, constate la commissaire à l'environnement et au développement durable, Johanne Gélinas. Il y a bien un projet de séquestration du carbone à Weyburn, en Saskatchewan, mais les gaz à effet de serre qu'on y enfouit proviennent par pipeline d'une usine au charbon du Dakota du Nord.
L'industrie du pétrole attend des gouvernements des incitatifs fiscaux pour mettre en place un véritable réseau de transport et de séquestration du dioxyde de carbone. Or, l'industrie pétrolière est déjà la plus subventionnée de l'économie canadienne, décrient les écologistes. Pour eux, il faut d'urgence plafonner les émissions et laisser à l 'industrie le choix des moyens pour y arriver.
Programme électoral du Parti conservateur du Canada (en format PDF)
Stop Burning Canadian's Money to Warm the Planet
Communiqué de l'Institut C.D. Howe (en format PDF)
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