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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

La soif des États-Unis

Mise à jour le vendredi 19 janvier 2007 à 17 h 50
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La soif des États-Unis

Autoroute américaine

Les États-Unis sont le pays le plus énergivore de la planète. Le Canada est tout près derrière. Le prix du baril de pétrole ne cesse de grimper, tandis que l'administration de George Bush s'embourbe dans la guerre en Irak.

Un problème sérieux, menaçant l'économie américaine, laquelle a besoin d'énergie abordable pour demeurer concurrentielle, reconnaissait le président dans son discours annuel sur l'état de l'Union, prononcé une semaine après l'élection de Stephen Harper, en 2006. George Bush fixait alors l'objectif de réduire de 75 % les importations de pétrole en provenance du Moyen Orient, c'est-à-dire une diminution de 1,5 million de barils par jour d'ici 2015.

Bien que le président ne l'ait pas précisé, il compte sur le Canada pour remplacer cet approvisionnement. En effet, quelques jours auparavant, les patrons de l'industrie pétrolière américaine recevaient à Houston, au Texas, les dirigeants des grands projets d'exploitation des sables bitumineux. Plusieurs des documents découlant de cette rencontre parrainée par Ressources naturelles Canada et le Département américain de l'Énergie, que Zone libre a obtenus de source américaine, parlent de « multiplier par cinq la production des sables bitumineux sur une période relativement courte ». Il s'agirait d'atteindre cinq millions de barils par jour, soit le quart de la consommation américaine.

Raffineries de Houston

Le tiers de la capacité de raffinage américaine se trouve dans la région de Houston.

Les documents parlent également de la nécessité d'accroître substantiellement la capacité de raffinage du brut synthétique albertain aux États-Unis et de construire de nouveaux oléoducs pour faire pénétrer plus profondément dans le marché américain les millions de barils de pétrole supplémentaires. Jusqu'en Californie ou dans le sud du Texas, où se trouvent les sièges sociaux des plus grandes pétrolières américaines, ainsi que le tiers de la capacité de raffinage aux États-Unis. Mais parce que les Américains manquent de raffineries et parce que le raffinage du brut albertain dégage une odeur plutôt nauséabonde, les gouvernements du Canada et de l'Alberta font front commun pour réclamer davantage de transformation et de raffinage en sol canadien.

Samuel Bodman à Calgary

En visite à Calgary, Samuel Bodman reçoit le titre de citoyen honoraire.

Comme les Américains veulent agir vite, les documents appellent les gouvernements du Canada et de l'Alberta à simplifier le processus d'approbation environnementale pour les oléoducs et les projets énergétiques. Ces plans consternent le directeur général de Greenpeace Québec, Stephen Guilbeault, d'autant plus qu'ils proviennent d'un ministère du gouvernement canadien, et non pas des entreprises qui exploitent la ressource.

Pour le secrétaire à l'Énergie des États-Unis, Samuel Bodman, il est crucial de disposer de ressources énergétiques. Aussi souhaite-t-il que le développement des sables bitumineux se fasse le plus rapidement possible. C'est pourquoi il se rend, à la mi-juillet, visiter des chantiers en Alberta en compagnie de Ralph Klein.

La guerre fait alors rage au Liban. L'instabilité politique de la planète pétrole est à son maximum, avec la crainte que le conflit ne déborde en Syrie et surtout en Iran. Comme si l'enlisement américain en Irak n'était pas suffisant.

Route de Chine

La Chine consomme, elle aussi, de plus en plus de pétrole.

La position anti-américaine du président Chavez du Venezuela - il traite Georges Bush de diable en pleine assemblée des Nations-Unies - ajoute à l'inquiétude sur les approvisionnements de pétrole de cet important fournisseur. C'est ainsi que le prix du baril de brut, déjà en hausse continue depuis l'an 2000, fracasse record après record, au-dessus de la barre des 78 $US, avant de se replier un peu.

La demande mondiale pour le pétrole est en hausse constante, gonflée par la croissance asiatique. Une concurrence qui énerve de plus en plus les États-Unis, qui veulent s'assurer de ne pas se faire damer le pion par l'Inde ou la Chine.