
![]() Stephen Harper lors de sa première visite à la Maison-Blanche |
L'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta connaît une accélération depuis l'élection, il y a un an, d'un conservateur de l'Alberta au poste de premier ministre du Canada. Le gouvernement de Stephen Harper, à Ottawa, et celui de George Bush, à Washington, sont en contact quotidien, d'après le secrétariat à l'Énergie des États-Unis.
L'Albertain et le Texan ont en commun leur intérêt pour le pétrole, comme en témoignent leurs discussions lors de leur première rencontre, qui se déroule en mars 2006 à Cancun, au Mexique. À l'issue de la réunion, Stephen Harper indique que les deux pays travailleront ensemble dans le secteur de l'énergie au cours des mois à venir, car leurs marchés sont intégrés. Pour sa part, George Bush précise que cela permettra de répondre à ses préoccupations en matière de sécurité nationale. Lorsque Stephen Harper effectue sa première visite à la Maison-Blanche, le 6 juillet, il discute de ce même sujet avec le président américain.
![]() L'ancien premier ministre de l'Alberta à Washington |
Quelques jours auparavant, c'était au tour du premier ministre de l'Alberta d'être en visite dans la capitale américaine, où la province avait installé, en mars, une mission économique à l'intérieur de l'ambassade canadienne - du jamais vu pour une province. Présenté comme un grand ami des États-Unis, Ralph Klein est reçu à la résidence du vice-président Dick Cheney. Jamais un premier ministre d'une province canadienne n'a eu droit à un tel accueil. Le Département d'État organise même un banquet en l'honneur du cheik albertain, qui rencontre d'influents législateurs républicains, dont le sénateur Pete Domenici, pour qui le pétrole de l'Alberta, c'est comme celui du Texas.
À Londres, à la mi-juillet, Stephen Harper annonce au monde le nouveau statut de superpuissance énergétique que les sables bitumineux procureront au Canada, grâce aux conservateurs. À New York, à la fin de septembre, présenté au prestigieux Economic Club comme un ancien de l'industrie pétrolière, le premier ministre prédit que d'ici 2015, soit dans huit ans à peine, le Canada sera l'un des principaux producteurs de la planète. Et cela, au bénéfice des États-Unis.
![]() Toutes les exportations de pétrole de l'Alberta se dirigent vers les États-Unis. |
Cela évitera aux Américains d'envoyer leurs enfants à l'étranger pour défendre leur pétrole, pense l'ancienne présidente des pétroliers indépendants, Denise Bode, maintenant élue républicaine de l'Oklahoma. Elle voit comme une véritable bénédiction le fait de pouvoir « partager » cette ressource à long terme. Et d'après un des grands spécialistes de l'aspect stratégique du pétrole aux États-Unis, proche des départements de l'Énergie et de la Défense, il y a consensus entre les gouvernements des États-Unis, du Canada et de l'Alberta, pour éliminer les obstacles réglementaires.
La représentante au Congrès américain de la région de Houston, la démocrate Sheila Jackson-Lee, s'inquiète toutefois de voir Stephen Harper s'aligner sur Georges Bush en matière d'énergie et d'environnement. Elle rappelle que le premier ministre du Canada a le devoir de prendre en compte toutes les conséquences des investissements dans l'exploitation des sables bitumineux.