Nicholas Winton, un Britannique âgé aujourd'hui
de 94 ans, a été sacré chevalier par
la reine d'Angleterre pour avoir sauvé la vie de 669
enfants tchèques en 1939. Il a organisé leur
départ de la Tchécoslovaquie vers l'Angleterre.
La plupart de ces enfants étaient juifs. Sans son intervention,
ils auraient tous été exterminés.
En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas
disponible sur Internet.
Un
séjour bouleversant à Prague
À
la veille de la guerre, Nicholas Winton a 29 ans. Il est courtier
à la bourse, et gagne bien sa vie. Il a décidé
de passer ses vacances de Noël en Suisse. La vie est belle
pour ce jeune célibataire. Mais la veille de son départ,
un ami qui travaille auprès des réfugiés, en
Tchécoslovaquie, lui demande de venir le rejoindre à
Prague. Winton annule ses vacances et se retrouve dans un camp de
réfugiés.
Nicholas
Winton : «Dans les camps, il y avait beaucoup d'enfants
et personne ne savait ce qu'il leur arriverait. Ils étaient
délaissés et aucune organisation ne s'occupait de
leur sort. Alors j'ai décidé que je devais faire quelque
chose, que je devais les sauver. Quand j'étais à Prague,
j'étais loin de me douter qu'on m'autoriserait à les
emmener en Angleterre.»
Nicholas
Winton
Son
séjour à Prague terminé, Nicky Winton rentre
en Angleterre et se met à l'oeuvre. L'objectif : faire sortir
de Tchécoslovaquie le plus d'enfants possible. Nicky Winton
flaire le danger bien avant les politiciens. À Londres, Nicholas
Winton cherche des familles d'accueil pendant qu'à Prague,
un collaborateur regroupe les enfants. L'Angleterre accepte d'ouvrir
ses portes mais à certaines conditions. Nicholas Winton :
«Je devais trouver une famille pour chaque enfant,
le temps que durerait la crise. Chaque enfant devait donner 50 livres
en dépôt, pour assurer le retour dans son pays à
la fin de la guerre. Pas à la fin de la guerre mais plutôt
à la fin de la crise, car la guerre n'était pas encore
déclarée. Les enfants devaient avoir moins de 17 ans,
et c'est à peu près tout. C'était des conditions
assez simples.».
Des souvenirs de la gare
En
1939, Vera Gissing a 11 ans, sa sur Eva, 14. Leurs parents
les envoient en Angleterre pour les mettre à l'abri de la
menace allemande, de la montée de l'antisémitisme.
La décision de se séparer de leurs enfants a été
déchirante. Toute cette histoire, Vera l'a écrite
dans son livre Pearls of Childhood. Pour les rassurer, leurs parents
leur parlent d'un séjour temporaire, d'un pays à découvrir,
d'aventures. Une fois à la gare, il leur fallait tout leur
courage pour ne rien laisser paraître de leur chagrin. Vera
: «Et c'est lorsque le train a quitté la station
que, pour la première fois, j'ai vu une profonde tristesse
et de la peur sur le visage de mes parents.»
Joe
Schlesinger est l'un des grands journalistes de la télévision
canadienne. Il a été pendant de nombreuses années
correspondant à l'étranger dans les plus grandes villes
du monde pour la CBC. À 75 ans, il anime l'émission
Foreign Correspondant sur les ondes de CBC Newsworld. Joe Schlesinger
et son frère Ernie ont fait le voyage vers l'Angleterre.
Pour ce jeune garçon, cette aventure était très
excitante : «Je me souviens du train parce qu'on est
partis avec mon père. Et le train était en retard.
La nuit est tombée, on nous a dit qu'on ne pouvait pas rester
sur la plate-forme. Dans la salle d'attente non plus, parce que
nous étions juifs, c'était défendu en Allemagne
à l'époque. Alors la dernière fois que j'ai
vu mon père, on a passé une nuit dans une toilette
de la gare de cette petite ville. Ça, je ne l'oublierai jamais.
[ ] J'avais 11 ans. C'était, pour moi, une aventure.
On était en train d'aller en Angleterre, un pays lointain.
Je n'avais pas peur à l'époque. Je n'ai pas peur maintenant
.»
Le
sauvetage de 669 enfants
Durant
six mois, huit trains ont quitté Prague en direction de Londres
avec, en tout, à leur bord, 669 enfants. Seule l'Angleterre
a ouvert ses portes. Si d'autres pays avaient emboîté
le pas, Nicky Winton aurait sans doute pu sauver plus d'enfants.
Il a par contre eu un allié surprenant, la Gestapo, déjà
présente en Tchécoslovaquie. Nicholas Winton : «Nous
libérions les Allemands des gens dont ils ne voulaient plus.
En fait, ils nous aidaient presque. À quelques reprises,
vers la fin cependant , ils ont commencé à rouspéter.
Mais pour tout dire, si les Allemands n'avaient pas collaboré,
on aurait jamais pu les sauver.»
Mais
cette coopération n'aura été que de courte
durée. Le 1er septembre 1939, la Seconde guerre mondiale
est déclarée. Les Allemands, qui se sont déjà
emparés de la Tchécoslovaquie, bloquent toutes les
frontières. À Prague, le même jour, un 9ième
train attend le signal du départ avec à son bord 251
enfants. Ce train ne quittera jamais la gare.
Les
centaines d'enfants juifs qui auront pu trouver refuge en Angleterre
seront confiés à des familles de différentes
confessions. Nicholas : «Toutes les religions étaient
mélangées. Mais personne ne s'en souciait, sauf bien
sûr les rabbins orthodoxes, qui n'étaient pas d'accord.
Ils m'ont dit de ne pas faire ça. Je leur ai répondu
de se mêler de leurs affaires, car mieux vaut un Juif vivant
dans une famille chrétienne en Angleterre qu'un Juif mort
à Prague.»
Le séjour des enfants en Angleterre ne devait être
que de quelques mois. Il a duré six ans. Le temps qu'il a
fallu pour vaincre les Allemands. La plupart de ces enfants n'ont
jamais revu leurs parents. Vera raconte qu'un jour, elle a reçu
une lettre de sa sur lui apprenant que sa mère, qui
a pourtant vu la fin de la guerre, est morte du typhus. Quant à
son père, il a été tué en décembre
1944, si près de la fin de la guerre, après des années
de souffrance et de torture.
L'histoire
refait surface
En
1988, Greta Winton, l'épouse de Nicholas Winton, aujourd'hui
décédée, trouve par hasard dans le grenier
de la maison, une malle contenant tous les documents reliant le
passé de son mari au sauvetage des 669 enfants tchèques.
Joe : «Il était si modeste, qu'il n'avait même
pas dit à sa femme ce qu'il avait fait.» Greta
est autant abasourdie par la découverte que par le fait qu'il
lui ait caché tout cela.
Nicholas : «C'était une vieille histoire. Et
puis il y a eu la guerre. Je me suis marié, j'ai travaillé
aux Nations unies et à la Banque mondiale. Pour tout vous
dire, j'ai toujours cru que les enfants avaient quitté l'Angleterre,
car c'était entendu qu'ils devaient retourner dans leur pays
après la crise.»
Vera
: «Il n'a pas réalisé comme ces documents
étaient importants pour nous. Parce qu'il nous redonnaient
une partie de notre histoire, notre propre histoire. Depuis ce jour,
des gens qui étaient dans ces trains, se manifestent, écrivent,
veulent me rencontrer, rencontrer Nicholas Winton.»
Peu
de temps après la découverte des documents, en 1988,
la BBC apprend l'histoire de Nicholas Winton. On l'invite pour une
émission en direct, sans lui dire que pour l'occasion, on
a réuni des gens qui ont pris les trains de Winton en 1939.
Nicky Winton refuse les comparaisons entre ce qu'il a fait et l'uvre
de l'Allemand Oskar Schindler, rendue célèbre par
le film de Spielberg, La liste de Schindler. Nicholas : «C'est
complètement stupide. Je n'ai rien fait de comparable à
ce qu'a fait Schindler. Je n'ai pas sauvé que des Juifs.
Je n'habitais pas en Allemagne nazie. Je n'ai jamais mis ma vie
en danger. Et je n'ai pas eu besoin de faire travailler qui que
ce soit dans mon usine. La seule chose que nous ayons en commun,
c'est cette bague. Nous avons la même. C'est écrit
: "Sauver une vie, sauver l'humanité". Je crois
que ça vient de la Tora.»
Ce n'est qu'au début des années 90 que Joe rencontre
celui qui lui a sauvé la vie. Depuis, les deux hommes sont
de grands amis, malgré la distance qui les sépare.
Vera
et Joe ont passé quelques années ensemble, au pays
de Galles, à l'école tchèque où étudiaient
la plupart des enfants. Après la guerre, plusieurs d'entre
eux, comme Vera et Joe, sont retournés en Tchécoslovaquie.
Ils allaient être à nouveau ébranlés
par ce qui allait se passer. Cette fois ce n'était plus Hitler
mais Staline qui dirigeait le pays. Ils se sont exilés une
deuxième fois. Vera est retournée en Angleterre. Elle
s'est mariée et a eu trois enfants. Joe s'est enfui au Canada
en 1950. Il s'est marié et a eu deux filles. Vera et Joe
se revoient à l'occasion avec d'autres amis de l'école
tchèque. Vera demeure tout près de chez Nicky Winton.
Depuis le décès de sa femme, Vera s'occupe beaucoup
de lui. Elle est aussi le noyau du groupe.
L'histoire
de Nicholas Winton a fait l'objet d'un film de fiction et de plusieurs
documentaires. Cet homme modeste a reçu de nombreuses décorations.
Vera : «Depuis qu'il est connu, il n'a pas eu un moment
de répit. Il a peut-être vingt ans de plus que nous,
mais il a une énergie étonnante, il s'intéresse
à tout.»
Toute
sa vie, Nicky Winton s'est occupé d'organismes de charité,
d'enfants handicapés. Encore aujourd'hui à 94 ans,
il s'occupe d'une maison qu'il a fondée pour les personnes
âgées. Nicholas : «Et bien, je crois qu'il
n'y a vraiment que deux façons de vivre. Certaines personnes
vivent et d'autres existent. Je préfère vivre pleinement.»
Joe
: «Quand toutes les portes et les yeux étaient
fermés, il s'est mis au travail, il a fait quelque chose.
Et il l'a fait pas seulement à l'époque, il l'a fait
encore et encore. Et ça c'est plus rare que d'être
un héros qui va se battre.»
À
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L'émission
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de Radio-Canada le vendredi à 21 h.
Elle
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commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra
à des questions des téléspectateurs soulevées
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L'émission
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de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à
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