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Adaptation pour Internet : DANIELLE BEAUDOIN

Émission du 10 octobre 2003

LES PRISONS RUSSES

Ils sont plus de 60 par cellule. Ils n'en sortent qu'une heure par jour pour aller se dégourdir les jambes dans un espace réduit. L'an dernier, Amnistie internationale a consacré un rapport complet sur l'état déplorable des prisons russes. Conditions de vie insalubres, nourriture insuffisante, cellules surpeuplées. Devant les critiques de la communauté internationale, les Russes ont amorcé des réformes. Une équipe de Zone Libre a passé quelques jours dans une prison de Moscou.

Journaliste : Jean-François Lépine
Réalisateur : Georges Amar

 

Déjà en 1996, Paule Robitaille, notre collègue du magazine d'information Le Point, avait diffusé à travers le monde, des images horribles de la situation dans un centre de détention en plein cœur de Moscou. On y voyait des dizaines de prisonniers croupissant dans la même cellule. Des prisonniers qui, pour la plupart, ne savaient même pas pourquoi on les avaient arrêtés. En réaction aux critiques internationales, les Russes ont annoncé en 2001, une vaste réforme de leur système carcéral.

Six ans après le reportage de Paule Robitaille, une équipe de Zone libre a pu passer plusieurs jours dans cette même prison. Une prison où les choses ont changé, mais où beaucoup reste à faire.

Une prison du passé

La prison de Butyrskaya est située en plein coeur de Moscou. Elle a été construite en 1771 et on a l'impression qu'elle n'a pas changé depuis. On dit que Staline y a été détenu à l'époque où il était un jeune révolutionnaire. Des membres de la famille impériale y auraient aussi été enfermés, après la révolution communiste.

Aujourd'hui, 3485 détenus vivent dans cette prison. Il y a quelques années, il y en avait jusqu'à 7000. C'est un centre de transition pour les détenus en attente de leur procès. La durée de détention ne dépasserait pas un an.

L'équipe de Zone libre se rend dans une section qui regroupe les prisonniers- la plupart sont de petits criminels - qui ont déjà eu leur sentence et qui purgent leur peine en travaillant à l'entretien et à la rénovation. Ils sont 219 détenus. Il s'agit de l'aile la plus confortable de tout le bâtiment. Ils sont 20 par cellule. Ils ont le droit de prendre une douche par semaine. Les repas sont meilleurs. Chaque année, ils ont le droit d'aller passer deux semaines dans leur famille. Ils peuvent aussi recevoir leur femme une fois par semaine dans une cellule spécialement aménagée à cet effet.

La majorité des détenus vivent dans les anciennes ailes de la prison. Ces locaux n'ont pas changé depuis l'époque des tzars. Les détenus vivent à soixante par cellule. Ils ne sortent qu'une heure par jour pour aller se dégourdir à l'extérieur dans un espace minuscule.

Le suivi médical

L'équipe de Zone libre assiste à l'arrivée d'un nouveau détenu. L'homme est accusé de vol en état d'ébriété chez un voisin. Il restera en prison une dizaine de mois, le temps de l'enquête préliminaire et du procès.

Uri Bazhdin

Tous les détenus doivent passer un examen médical quand ils arrivent à la prison. Ils doivent aussi subir un test pour le VIH et la tuberculose, des maladies qui prolifèrent en prison. Le suivi médical est maintenant plus strict à la prison. Un infirmier explique qu'il faut suivre les détenus plus régulièrement à cause des cellules surpeuplées. Le fait de vivre à 50 ou 60 personnes par cellule complique les choses et les maladies se transmettent plus rapidement, dit-il.

Selon le médecin de la prison, Uri Bazhdin, il y a en ce moment 210 détenus séropositifs et 316 cas de tuberculose. Le médecin rappelle qu'il y a quelques années, les malades restaient avec les autres prisonniers. Aujourd'hui, ils sont isolés dans un immeuble autrefois réservé aux femmes.

La réforme du système carcéral

En 2001, les autorités russes entreprenaient une vaste réforme du système pénitentiaire. Pourquoi? Parce qu'en principe, on ne peut plus incarcérer une personne sans que des accusations ne soient portées contre elle.

Nikolaï Dimitriev est le nouveau directeur de la prison. Il affirme que plus de la moitié de la prison sera rénovée d'ici la fin de l'année. Il prétend que les conditions de détention se sont améliorées. L'équipe de Zone libre entend un autre son de cloche. Des cellules, fusent les remarques suivantes : « On nous nourrit que de cette soupe de merde. Elle pue. », « Non seulement on nous enferme, mais on nous détruit aussi. », « Les services médicaux sont abominables. Il n'y a rien qui marche », « On est enfermés dans ces cellules comme dans un musée. », « On y meurt lentement. »

L'équipe de Zone libre entre dans une cellule. L'odeur y est fétide. Il y a une seule toilette dans un coin, très peu d'air. On sert la même soupe aux trois repas. Un prisonnier : « Regardez cette soupe. Est-ce de la nourriture pour un homme? » Un autre prisonnier : « Le confort, voyez vous -mêmes. Lors de mon premier séjour en 97, on dormait à tour de rôle, on était plus nombreux. Certains d'entre nous sont ici depuis 8 ou 9 mois, ils attendent leur procès. »

Dans une aile réservée aux cas plus graves, un détenu dit en anglais à l'équipe de Zone libre qu'il est là depuis six ans et demi. Il a été condamné à une peine de 17 ans de prison.

En tout, 547 gardiens et autres employés travaillent à Butyrskaya. Un employé pour sept prisonniers. Au Canada, c'est un membre du personnel pour chaque détenu. Un officier raconte que les salaires ne sont pas très élevés, surtout pour une ville chère comme Moscou. De telles conditions limitent l'embauche, dit-il, et il faut engager des gens des régions éloignées.

Attendre dans une cage

Les détenus ont le droit de rencontrer leur avocat; quand ce dernier réussit à se présenter à la prison. En attendant l'audience avec leur avocat, les détenus sont plusieurs heures debout dans une cage. À cause des formalités du système pénitentiaire, un avocat peut passer jusqu'à trois heures à négocier avant de pouvoir enfin rencontrer son client. L'avocat Vassili Britov : « Pour les avocats, c'est affreux. Il faut attendre au moins une demi-journée avant de voir son client et souvent tempêter pour accélérer le processus. On ne respecte pas les avocats. Et si on proteste trop, on peut nous enlever notre licence, alors on est prudent durant tout le procès. »

Natalia a un fils dans cette prison. L'homme de 27 ans, accusé de trafic de narcotiques, est détenu depuis 2 ans. Son procès n'est toujours pas terminé. Natalia : « Il faut être là la veille à minuit, faire la queue et attendre. Mon fils m'a dit qu'on les met dans une cage pendant des heures avant de voir leur famille. Comme des animaux. Sans toilette. Parfois, ils urinent sur leurs souliers. La nourriture est infecte. Mon fils me dit que c'est un cauchemar. »

Une vingtaine de prisonniers quittent la prison pour d'autres centres, afin d'y purger leurs peines. Dans ce cas-ci, la plupart des détenus vont dans un institut psychiatrique. Mais même si la vie à Butyrskaya semble un cauchemar, quand ont quitte Moscou, les conditions sont encore pires.

 

POUR VISIONNER
LE REPORTAGE


Première partie

Deuxième partie


POUR EN SAVOIR PLUS

Le reportage de Paule Robitaille sur les prisons russes, présenté au Point le 5 juin 1996: Première partie - Deuxième partie - Troisième partie

« Fédération de Russie: Une justice en devenir »
Rapport d'Amnesty International

«Les enfants du bagne »
Exposition de photos- Amnesty International / Section française

Moscow Center for Prison Reform



L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h.

Elle sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission Place publique, le jeudi à 12 h 30, et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra à des questions des téléspectateurs soulevées par l'émission.

L'émission est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.

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