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Déjà en 1996, Paule Robitaille, notre collègue
du magazine d'information Le Point, avait diffusé
à travers le monde, des images horribles de la situation
dans un centre de détention en plein cur de Moscou.
On y voyait des dizaines de prisonniers croupissant dans la même
cellule. Des prisonniers qui, pour la plupart, ne savaient même
pas pourquoi on les avaient arrêtés. En réaction
aux critiques internationales, les Russes ont annoncé en
2001, une vaste réforme de leur système carcéral.
Six
ans après le reportage de Paule Robitaille, une équipe
de Zone libre a pu passer plusieurs jours dans cette même
prison. Une prison où les choses ont changé, mais
où beaucoup reste à faire.
Une
prison du passé
La
prison de Butyrskaya est située en plein coeur de Moscou.
Elle a été construite en 1771 et on a l'impression
qu'elle n'a pas changé depuis. On dit que Staline y a été
détenu à l'époque où il était
un jeune révolutionnaire. Des membres de la famille impériale
y auraient aussi été enfermés, après
la révolution communiste.
Aujourd'hui,
3485 détenus vivent dans cette prison. Il y a quelques années,
il y en avait jusqu'à 7000. C'est un centre de transition
pour les détenus en attente de leur procès. La durée
de détention ne dépasserait pas un an.
L'équipe
de Zone libre se rend dans une section qui regroupe les prisonniers-
la plupart sont de petits criminels - qui ont déjà
eu leur sentence et qui purgent leur peine en travaillant à
l'entretien et à la rénovation. Ils sont 219 détenus.
Il s'agit de l'aile la plus confortable de tout le bâtiment.
Ils sont 20 par cellule. Ils ont le droit de prendre une douche
par semaine. Les repas sont meilleurs. Chaque année, ils
ont le droit d'aller passer deux semaines dans leur famille. Ils
peuvent aussi recevoir leur femme une fois par semaine dans une
cellule spécialement aménagée à cet
effet.
La
majorité des détenus vivent dans les anciennes ailes
de la prison. Ces locaux n'ont pas changé depuis l'époque
des tzars. Les détenus vivent à soixante par cellule.
Ils ne sortent qu'une heure par jour pour aller se dégourdir
à l'extérieur dans un espace minuscule.
Le
suivi médical
L'équipe
de Zone libre assiste à l'arrivée d'un nouveau
détenu. L'homme est accusé de vol en état d'ébriété
chez un voisin. Il restera en prison une dizaine de mois, le temps
de l'enquête préliminaire et du procès.
Tous
les détenus doivent passer un examen médical quand
ils arrivent à la prison. Ils doivent aussi subir un test
pour le VIH et la tuberculose, des maladies qui prolifèrent
en prison. Le
suivi médical est maintenant plus strict à la prison.
Un infirmier explique qu'il faut suivre les détenus plus
régulièrement à cause des cellules surpeuplées.
Le fait de vivre à 50 ou 60 personnes par cellule complique
les choses et les maladies se transmettent plus rapidement, dit-il.
Selon
le médecin de la prison, Uri Bazhdin, il y a en ce moment
210 détenus séropositifs et 316 cas de tuberculose.
Le médecin rappelle qu'il y a quelques années, les
malades restaient avec les autres prisonniers. Aujourd'hui, ils
sont isolés dans un immeuble autrefois réservé
aux femmes.
La
réforme du système carcéral
En
2001, les autorités russes entreprenaient une vaste réforme
du système pénitentiaire. Pourquoi? Parce qu'en principe,
on ne peut plus incarcérer une personne sans que des accusations
ne soient portées contre elle.
Nikolaï
Dimitriev est le nouveau directeur de la prison. Il affirme que
plus de la moitié de la prison sera rénovée
d'ici la fin de l'année. Il prétend que les conditions
de détention se sont améliorées. L'équipe
de Zone libre entend un autre son de cloche. Des cellules,
fusent les remarques suivantes : « On
nous nourrit que de cette soupe de merde. Elle pue. »,
« Non seulement on nous enferme, mais on nous détruit
aussi. », « Les services médicaux sont
abominables. Il n'y a rien qui marche », « On
est enfermés dans ces cellules comme dans un musée. »,
« On y meurt lentement. »
L'équipe
de Zone libre entre dans une cellule. L'odeur y est fétide.
Il y a une seule toilette dans un coin, très peu d'air. On
sert la même soupe aux trois repas. Un prisonnier : « Regardez
cette soupe. Est-ce de la nourriture pour un homme? »
Un autre prisonnier : « Le confort, voyez
vous -mêmes. Lors de mon premier séjour en 97, on dormait
à tour de rôle, on était plus nombreux. Certains
d'entre nous sont ici depuis 8 ou 9 mois, ils attendent leur procès. »
Dans
une aile réservée aux cas plus graves, un détenu
dit en anglais à l'équipe de Zone libre qu'il
est là depuis six ans et demi. Il a été condamné
à une peine de 17 ans de prison.
En
tout, 547 gardiens et autres employés travaillent à
Butyrskaya. Un employé pour sept prisonniers. Au Canada,
c'est un membre du personnel pour chaque détenu. Un officier
raconte que les salaires ne sont pas très élevés,
surtout pour une ville chère comme Moscou. De telles conditions
limitent l'embauche, dit-il, et il faut engager des gens des régions
éloignées.
Attendre
dans une cage
Les
détenus ont le droit de rencontrer leur avocat; quand ce
dernier réussit à se présenter à la
prison. En attendant l'audience avec leur avocat, les détenus
sont plusieurs heures debout dans une cage. À cause des formalités
du système pénitentiaire, un avocat peut passer jusqu'à
trois heures à négocier avant de pouvoir enfin rencontrer
son client. L'avocat Vassili Britov : « Pour
les avocats, c'est affreux. Il faut attendre au moins une demi-journée
avant de voir son client et souvent tempêter pour accélérer
le processus. On ne respecte pas les avocats. Et si on proteste
trop, on peut nous enlever notre licence, alors on est prudent durant
tout le procès. »
Natalia
a un fils dans cette prison. L'homme de 27 ans, accusé de
trafic de narcotiques, est détenu depuis 2 ans. Son procès
n'est toujours pas terminé. Natalia : « Il
faut être là la veille à minuit, faire la queue
et attendre. Mon fils m'a dit qu'on les met dans une cage pendant
des heures avant de voir leur famille. Comme des animaux. Sans toilette.
Parfois, ils urinent sur leurs souliers. La nourriture est infecte.
Mon fils me dit que c'est un cauchemar. »
Une
vingtaine de prisonniers quittent la prison pour d'autres centres,
afin d'y purger leurs peines. Dans ce cas-ci, la plupart des détenus
vont dans un institut psychiatrique. Mais même si la vie à
Butyrskaya semble un cauchemar, quand ont quitte Moscou, les conditions
sont encore pires.
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h.
Elle
sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission
Place publique, le jeudi à 12 h 30,
et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en
direct. En outre, on répondra à des questions des
téléspectateurs soulevées par l'émission.
L'émission
est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de
RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.
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