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De l'histoire ancienne
On pêche la morue depuis toujours à Terre-Neuve. Les
autochtones la pêchaient il y a 4500 ans. En l'an 1000, les
Vikings la pêchaient aussi. Il y a 500 ans, la morue attirait
les Européens vers cette île éloignée
au climat tourmenté. Au 17e siècle, 20 000 hommes
pêchaient chaque année dans les eaux de Terre-Neuve
et séchaient la morue sur ses côtes.
Robert Spence vient d'une famille de pêcheurs. Il pêche
depuis l'âge de 14 ans. Il a connu le temps de l'abondance,
où il était possible de pêcher 11 mois durant.
Il a aussi connu la suite : la surpêche et le déclin
des stocks. Robert Spence : « Dans mon
temps, quand j'ai commencé, on pêchait autant qu'on
voulait. Mais ce n'était pas beaucoup. Nous n'avions pas
l'équipement, juste des trappes, pas de grands filets, juste
des lignes avec appâts. Il y avait beaucoup de pêcheurs.
Tout le monde gagnait sa vie. C'était une bonne vie, mais
il y avait beaucoup de poisson. »
Tourner le dos à la mer?
Monty
Gould refuse de croire qu'il n'y aura plus de pêche à
la morue. L'hiver dernier, il a rédigé un projet de
pêche responsable pour sauvegarder le mode de vie et le savoir-faire
des pêcheurs de la côte en tenant compte des stocks
de poissons disponibles. C'était avant l'annonce de la fermeture
totale de la pêche.
« Cette période-ci est la pire que j'aie
vécue depuis que je suis pêcheur. Ce n'était
pas nécessaire. Nous croyons que cela n'est pas nécessaire.
C'est pourquoi c'est plus dur. Si au moins j'étais sûr
qu'il n'y a plus de poisson, je pourrais l'accepter, mais je ne
peux pas l'accepter comme cela. » - Monty Gould
Vernon
Lavers n'a pas encore 40 ans et son avenir de pêcheur est
de plus en plus sombre. Il est financièrement sur la corde
raide et très dépendant de l'assurance-chômage.
« J'essaie de tenir. Je travaille où je
peux pour me faire quelques sous. C'est très dur, mais autrement,
je devrais faire mes bagages et m'en aller. Je n'aurais pas d'autre
choix. Mon fils a 10 ans. Il veut être pêcheur et je
veux le détourner de ça. [
] Nous ne partirons
pas avant d'y être forcés. »
Après le premier moratoire, de nombreux pêcheurs de
morue se sont rabattus sur la crevette et le crabe. D'autres, comme
Bernard et Jocelyne Hynes, pêchent divers poissons et le homard.
La pêche au homard est lucrative, mais la saison est courte.
En fait, dans le cur des Terre-Neuviens, rien ne remplace
la morue.
Jocelyne
Hynes pêche le homard depuis cinq ans avec son père.
Elle est allée à l'université et elle est revenue : « Mon
père voulait que j'étudie pour ne pas dépendre
de la pêche, mais c'est ici qu'est mon cur. Je suis
revenue parce que j'ai toujours voulu être une pêcheuse. »
C'est une exception dans la région. La majorité des
jeunes de son âge sont partis chercher du travail ailleurs.
Tourner le dos au Canada?
La fermeture de la pêche a ravivé le sentiment indépendantiste
chez bon nombre de Terre-Neuviens. Deux semaines après cette
fermeture, le premier ministre de Terre-Neuve demandait au gouvernement
fédéral de redonner à la province un contrôle
partiel de la gestion de la pêche. Une demande refusée
par Ottawa. Beaucoup de Terre-Neuviens sont frustrés. Ils
se sentent trahis par le Canada.
Le premier moratoire avait mené à la perte de 40 000
emplois dans l'est du Canada. Aujourd'hui, le gouvernement fédéral
parle de la perte de 3000 emplois dans les provinces de l'Atlantique.
Mais Terre-Neuve n'est pas du même avis : la perte s'élève
plutôt à 15 000 emplois.
Au fil des quotas de pêche et des moratoires, les pêcheurs
sont devenus de plus en plus dépendants des compensations
financières de l'État, qui ont permis jusqu'à
maintenant la survie de nombreux villages. Mais l'argent n'est pas
tout, et la perspective de dépendre de l'État heurte
la fierté de nombreux Terre-Neuviens.
L'avenir de l'île
Les
yeux sont toujours tournés vers la mer. Pourtant, ce n'est
plus le poisson qu'on y voit, c'est plutôt le pétrole.
La survie de l'île passe surtout aujourd'hui par l'or noir.
La production pétrolière au large des côtes
a déjà permis à Terre-Neuve d'enregistrer la
meilleure croissance économique de toutes les provinces canadiennes
l'an dernier. Et cette province sera encore cette année en
tête du peloton, toujours grâce au pétrole.
Les pêcheurs luttent vainement pour maintenir un mode de vie
transmis de père en fils. Quel sort leur est réservé?
Une chose est sûre : lorsqu'on vit à Terre-Neuve,
il est impossible de tourner complètement le dos à
la mer.
« Mes racines sont ici et elles sont très
solides. La mer coule dans mes veines. » - Monty
Gould, pêcheur
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