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Adaptation pour Internet : DANIELLE BEAUDOIN

Émission du 19 septembre 2003

LE NIGERIA EN PROIE AU FANATISME RELIGIEUX

Amina Lawal attend la mort. Condamnée à la lapidation par un tribunal islamique, elle est accusée d'avoir conçu son enfant en dehors du mariage. Il s'agit d'un crime sévèrement puni par la loi islamique. Le sort de cette femme illustre bien la montée de l'intégrisme musulman au Nigeria, un pays riche en pétrole qui pourrait être un modèle pour l'Afrique, mais qui est déchiré par le fanatisme religieux. Un pays où se poursuivent les affrontements violents entre musulmans et chrétiens.

Journaliste : Solveig Miller
Réalisateur : Roger Archambault

 

Le Nigeria est le pays le plus peuplé de l'Afrique avec ses 130 millions d'habitants. On y retrouve autant de chrétiens que de musulmans. Cet équilibre fragile est durement mis à l'épreuve par la montée de l'extrémisme islamique.

Une femme adultère condamnée à mort

L'histoire d'Amina Lawal a fait couler beaucoup d'encre dans le monde entier. Un tribunal de la charia a condamné cette femme à mort pour adultère. On lui a donné un sursis de deux ans pour allaiter son enfant. Après cela, elle sera lapidée. Elle n'est pas la seule dans cette situation. L'équipe de l'avocate Hauwa Ibrahim représente 13 condamnés à la lapidation pour adultère : 12 femmes et 1 homme.

La charia est une tradition juridique qui tire son inspiration du Coran et des hadiths. Les hadiths décrivent la manière de vivre des musulmans en conformité avec les actes et les paroles de Mahomet. Sous l'Empire britannique, on avait aboli les sentences comme la lapidation et la crucifixion, et jusqu'à l'an 2000, au Nigeria, la charia ne régissait plus que les affaires civiles, les successions et les divorces. Huseyn Zacharia a consacré une partie de sa vie à l'étude du Coran et des hadiths. Il croit que la réintroduction d'un code pénal de la charia annonce le retour au modèle fourni par Allah pour assurer l'ordre social et la justice. En même temps, il dit que la femme musulmane devrait connaître ses droits et, tel que prescrit par la charia, tout faire pour éviter la peine capitale : « Si une femme est enceinte et qu'elle n'a pas de mari, elle peut prétendre avoir été violée et personne ne va lui demander de le prouver ».

Amina Lawal, pauvre et illettrée, a dit la vérité, ignorant que la loi a surtout une valeur dissuasive et qu'on peut la contourner. Elle est résignée : « Si tu as peur, c'est que rien ne t'est arrivé. Si quelque chose t'arrive, tu n'as plus le choix, tu dois être courageuse ».

Le retour de la charia

Nafi'u Baba-Ahmed est de ceux qui ont attisé ce « feu de prairie » qui a embrasé 12 des 36 États du Nigeria. Il est le secrétaire-général du Conseil suprême de la charia, un organisme non gouvernemental qui surveille l'implantation de la loi coranique au pays. Une loi qui, selon ses défenseurs, est la solution à la criminalité, à la corruption et aux mauvaises mœurs.

« Toutes les lois ont été changées pour se conformer à la charia. Mais quand vient le temps d'appliquer la loi, il y a 101 façons de saboter son application. Donc, dans la plupart des États, la charia se retrouve seulement dans les livres de loi. » - Nafi'u Baba-Ahmed

Il n'y a pas eu d'exécutions jusqu'à maintenant pour adultère. L'avocate Hauwa Ibrahim : « Pour adultère non, mais j'ai d'autres dossiers où mes clients ont été condamnés à l'amputation — 17 jusqu'à maintenant. Aucun n'a encore été amputé. Mais je connais quelques personnes qui ont été amputées au Nigeria ».

Des châtiments qualifiés de cruels, de dégradants et d'inhumains par toutes les organisations pour le respect des droits de la personne à travers le monde. Mais ceux qui approuvent les peines de mort prévues par la charia croient qu'ils n'ont de leçon à recevoir de personne, surtout pas des États-Unis.

Le concours de beauté Miss World 2002

Dans ce climat d'intransigeance, où la mort par lapidation est perçue comme la solution pour assainir les mœurs, on annonce la tenue du concours de beauté Miss World dans le nord musulman du pays.

Ce furent quatre jours de violence aveugle. À Kaduna, dans cette ville du nord où l'on retrouve autant de chrétiens que de musulmans, au moins 220 personnes ont été tuées et plus de mille autres blessées, sauvagement mutilées. La majorité des victimes étaient chrétiennes. Des églises, des mosquées, des commerces et des maisons ont été pillés et brûlés. Des milliers de gens ont fui la région.

Les flots incontrôlables des tensions religieuses

Il y a 3 ans, une autre série d'émeutes à Kaduna avait fait quelque 2000 victimes, surtout chez les musulmans. Les chrétiens s'étaient révoltés devant le projet de l'État d'adopter le volet pénal de la charia, connu en Occident surtout pour ses châtiments comme la lapidation et l'amputation. Un code qui ne s'applique qu'aux musulmans.

La jolie ville de Jos a aussi été le théâtre de la folie meurtrière. En septembre 2001, pendant sept jours, tout a basculé. Le bilan des morts est terrible : plus de 1000 personnes sont tuées. Les blessés et les mutilés se comptent par milliers. Puis, c'est l'exode vers d'autres États pour des dizaines de milliers de familles qui ont tout perdu. La vie religieuse a repris son cours normal à Jos, mais il demeure encore difficile de prêcher la paix entre chrétiens et musulmans.

La cohabitation est-elle possible entre chrétiens et musulmans?

John Wuye et Muhammad Ashafa

À Kaduna, au pire de l'horreur, deux adversaires ont choisi la paix. Ensemble, ils ont décidé de mettre un terme à cette violence religieuse. L'imam Muhammad Ashafa œuvre avec le pasteur John Wuye, qui était pourtant, il y a 10 ans, un violent agitateur religieux.

Quelques mois avant les événements sanglants de Miss World, l'imam et le pasteur avaient réussi le tour de force de faire signer une déclaration de paix aux principaux leaders religieux de l'État.

La gangrène de la corruption

Le Nigeria, pays laïque en quête de respectabilité internationale, n'a pas que la charia pour ternir son image. Il y a aussi la corruption, qui gangrène tout le système politique, l'économie et le commerce. Le Nigeria détient d'ailleurs un record peu enviable : la deuxième position au palmarès des pays les plus corrompus de la planète, selon Transparency International.

Plus de 40 ans après son accession à l'indépendance, le Nigeria est perçu comme un géant au pied d'argile. Ce pays est le sixième exportateur de pétrole au monde, et les queues interminables aux stations-service ne sont que le reflet de la désorganisation et de la corruption des élites.

La majorité de la population vit dans une extrême pauvreté, travaillant dans les champs et ne profitant qu'au compte-gouttes des revenus du pétrole. Un pétrole dont les réserves sont, dans le sud, une monnaie d'échange pour vendre l'unité du pays aux élites musulmanes d'un nord, pauvre en ressources naturelles.

POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

Première partie
Deuxième partie
Troisième partie
Quatrième partie


POUR EN SAVOIR PLUS

Informations sur Amina Lawal
Amnistie Internationale - Canada

« Le cas de la Nigériane Amina Lawal »
Informations et liens dans le site de Cybersolidaires

« Islam et christianisme »
Pour mieux comrpendre les différences et similitudes entre les deux démarches religieuses. Site du Centre de consultation des nouvelles religions.

Analyses et informations sur le Nigeria dans Le Monde diplomatique

Gouvernement du Nigeria
Site officiel. En anglais.

Nigeria web
Nouvelles et informations diverses sur le pays. En anglais.



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