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Le
Nigeria est le pays le plus peuplé de l'Afrique avec ses
130 millions d'habitants. On y retrouve autant de chrétiens
que de musulmans. Cet équilibre fragile est durement mis
à l'épreuve par la montée de l'extrémisme
islamique.
Une
femme adultère condamnée à mort
L'histoire
d'Amina Lawal a fait couler beaucoup d'encre dans le monde entier.
Un tribunal de la charia a condamné cette femme à
mort pour adultère. On lui a donné un sursis de deux
ans pour allaiter son enfant. Après cela, elle sera lapidée.
Elle n'est pas la seule dans cette situation. L'équipe de
l'avocate Hauwa Ibrahim représente 13 condamnés à
la lapidation pour adultère : 12 femmes et 1 homme.
La
charia est une tradition juridique qui tire son inspiration du Coran
et des hadiths. Les hadiths décrivent la manière de
vivre des musulmans en conformité avec les actes et les paroles
de Mahomet. Sous l'Empire britannique, on avait aboli les sentences
comme la lapidation et la crucifixion, et jusqu'à l'an 2000,
au Nigeria, la charia ne régissait plus que les affaires
civiles, les successions et les divorces. Huseyn Zacharia a consacré
une partie de sa vie à l'étude du Coran et des hadiths.
Il croit que la réintroduction d'un code pénal de
la charia annonce le retour au modèle fourni par Allah pour
assurer l'ordre social et la justice. En même temps, il dit
que la femme musulmane devrait connaître ses droits et, tel
que prescrit par la charia, tout faire pour éviter la peine
capitale : « Si une femme est enceinte
et qu'elle n'a pas de mari, elle peut prétendre avoir été
violée et personne ne va lui demander de le prouver ».
Amina
Lawal, pauvre et illettrée, a dit la vérité,
ignorant que la loi a surtout une valeur dissuasive et qu'on peut
la contourner. Elle est résignée : « Si
tu as peur, c'est que rien ne t'est arrivé. Si quelque chose
t'arrive, tu n'as plus le choix, tu dois être courageuse ».
Le
retour de la charia
Nafi'u
Baba-Ahmed est de ceux qui ont attisé ce « feu
de prairie » qui a embrasé 12 des 36 États
du Nigeria. Il est le secrétaire-général du
Conseil suprême de la charia, un organisme non gouvernemental
qui surveille l'implantation de la loi coranique au pays. Une loi
qui, selon ses défenseurs, est la solution à la criminalité,
à la corruption et aux mauvaises murs.
« Toutes
les lois ont été changées pour se conformer
à la charia. Mais quand vient le temps d'appliquer la loi,
il y a 101 façons de saboter son application. Donc, dans
la plupart des États, la charia se retrouve seulement dans
les livres de loi. » - Nafi'u Baba-Ahmed
Il
n'y a pas eu d'exécutions jusqu'à maintenant pour
adultère. L'avocate Hauwa Ibrahim : « Pour
adultère non, mais j'ai d'autres dossiers où mes clients
ont été condamnés à l'amputation 17
jusqu'à maintenant. Aucun n'a encore été amputé.
Mais je connais quelques personnes qui ont été amputées
au Nigeria ».
Des
châtiments qualifiés de cruels, de dégradants
et d'inhumains par toutes les organisations pour le respect des
droits de la personne à travers le monde. Mais ceux qui approuvent
les peines de mort prévues par la charia croient qu'ils n'ont
de leçon à recevoir de personne, surtout pas des États-Unis.
Le
concours de beauté Miss World 2002
Dans
ce climat d'intransigeance, où la mort par lapidation est
perçue comme la solution pour assainir les murs, on
annonce la tenue du concours de beauté Miss World
dans le nord musulman du pays.
Ce
furent quatre jours de violence aveugle. À Kaduna, dans cette
ville du nord où l'on retrouve autant de chrétiens
que de musulmans, au moins 220 personnes ont été tuées
et plus de mille autres blessées, sauvagement mutilées.
La majorité des victimes étaient chrétiennes.
Des églises, des mosquées, des commerces et des maisons
ont été pillés et brûlés. Des
milliers de gens ont fui la région.
Les
flots incontrôlables des tensions religieuses
Il
y a 3 ans, une autre série d'émeutes à Kaduna
avait fait quelque 2000 victimes, surtout chez les musulmans. Les
chrétiens s'étaient révoltés devant
le projet de l'État d'adopter le volet pénal de la
charia, connu en Occident surtout pour ses châtiments comme
la lapidation et l'amputation. Un code qui ne s'applique qu'aux
musulmans.
La
jolie ville de Jos a aussi été le théâtre
de la folie meurtrière. En septembre 2001, pendant sept jours,
tout a basculé. Le bilan des morts est terrible : plus
de 1000 personnes sont tuées. Les blessés et les mutilés
se comptent par milliers. Puis, c'est l'exode vers d'autres États
pour des dizaines de milliers de familles qui ont tout perdu. La
vie religieuse a repris son cours normal à Jos, mais il demeure
encore difficile de prêcher la paix entre chrétiens
et musulmans.
La
cohabitation est-elle possible entre chrétiens et musulmans?
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John
Wuye et Muhammad Ashafa
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À
Kaduna, au pire de l'horreur, deux adversaires ont choisi la paix.
Ensemble, ils ont décidé de mettre un terme à
cette violence religieuse. L'imam Muhammad Ashafa uvre avec
le pasteur John Wuye, qui était pourtant, il y a 10 ans,
un violent agitateur religieux.
Quelques
mois avant les événements sanglants de Miss World,
l'imam et le pasteur avaient réussi le tour de force de faire
signer une déclaration de paix aux principaux leaders religieux
de l'État.
La
gangrène de la corruption
Le
Nigeria, pays laïque en quête de respectabilité
internationale, n'a pas que la charia pour ternir son image. Il
y a aussi la corruption, qui gangrène tout le système
politique, l'économie et le commerce. Le Nigeria détient
d'ailleurs un record peu enviable : la deuxième position
au palmarès des pays les plus corrompus de la planète,
selon Transparency International.
Plus
de 40 ans après son accession à l'indépendance,
le Nigeria est perçu comme un géant au pied d'argile.
Ce pays est le sixième exportateur de pétrole au monde,
et les queues interminables aux stations-service ne sont que le
reflet de la désorganisation et de la corruption des élites.
La
majorité de la population vit dans une extrême pauvreté,
travaillant dans les champs et ne profitant qu'au compte-gouttes
des revenus du pétrole. Un pétrole dont les réserves
sont, dans le sud, une monnaie d'échange pour vendre l'unité
du pays aux élites musulmanes d'un nord, pauvre en ressources
naturelles.
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