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« Si
je dois partir en guerre, je partirai, parce que j'aime mon
pays. Mon peuple, les Navajos, me regardera bien différemment. »
Calbert Tso, recrue, corps des Marines des États-Unis
« J'ai
rejoint les Marines pour protéger mon pays. C'est mon
pays à moi aussi, c'est ici que je suis né,
mon peuple est ici. Nous resterons ici quoi qu'il arrive. »
Michael Manygoats, recrue, corps des Marines des États-Unis
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Le
7 décembre 1941, les Japonais bombardent Pearl Harbour. La
bataille du Pacifique vient de commencer. Celle-ci sera le théâtre
d'une aventure unique. Pour la première fois, des Indiens
navajos seront incorporés dans le corps des Marines américains
et partiront combattre au-delà des mers, loin de leurs montagnes
et de leur désert.
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La
force des Navajos vient peut-être de leur vie difficile
sur les terres arides.
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Les
Navajos constituent la plus importante nation amérindienne
des États-Unis. Leur territoire s'étend sur trois
États : l'Arizona, l'Utah et le Nouveau-Mexique. Les Navajos
sont un peuple dont la culture a survécu envers et contre
tout. Ils ont réussi à conserver leur langue et leurs
traditions. C'est un peuple dont l'histoire s'est écrite
dans la douleur, d'abord face au Espagnols, puis face à la
cavalerie américaine. Ils ont subi la persécution
religieuse, l'esclavage et même la déportation, jusqu'au
traité de 1868, qui a marqué la fin des guerres les
opposant au gouvernement américain.
Malgré
ces traitements, « on estime que les Indiens d'aujourd'hui
constituent de 13 à 18 % des soldats opérationnels,
officiers y compris, répartis dans toutes les branches de
l'armée américaine », précise
le Dr Edwin Wade, premier vice-président du Northern Arizona
Museum. Comment un peuple peut-il décider de jouer un tel
rôle pour un gouvernement qui a tenté de les supprimer
depuis le tout premier contact?
« Pour
les Indiens, être un soldat a toujours été une
chose honorable. C'est un service rendu à la communauté »,
explique Richard West, président du Museum of American Indian.
Selon lui, c'est une des raisons qui les ont poussés à
entrer dans l'armée. Dès l'arrivée des premiers
Amérindiens dans l'armée américaine, le gouvernement
a réalisé les prouesses, la force, la loyauté
et la conviction de ces derniers dans les situations de combat.
Ces hommes s'interposaient corps et âme entre l'agresseur
et leur peuple. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, près
de 30 % des Amérindiens valides se sont engagés
dans l'armée.
Parmi
eux se trouvent environ 3500 Navajos. Thomas H. Begay, vétéran
des Code Talkers, raconte ce qu'il se disait à l'époque :
« Sauvons ce qui nous reste! Notre terre est menacée
par de nombreux étrangers. Nous devons la protéger
car les Japonais vont venir pour tout prendre ».
C'est ce qui l'a motivé à rejoindre les Marines.
Une
des contributions les plus remarquables des Navajos, c'est celle
des Code Talkers. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l'armée
américaine s'est mise à essuyer revers sur revers
dans le Pacifique. Une des raisons majeures était la faille
du système de communication. Les Japonais arrivaient parfaitement
à décoder les messages des Américains, et ils
réussissaient même à en reproduire des faux.
L'armée américaine a alors décidé d'utiliser
la langue des Navajos pour communiquer. Dès lors, plus de
400 Navajos Code Talkers ont commencé à tenir en échec
toutes les tentatives de décryptage des soldats japonais.
Ils ont créé un code navajo que même les autres
Navajos ne pouvaient comprendre.
Comme
plusieurs mots n'existaient pas en langue navajo, les Code Talkers
ont dû en inventer. Par exemple, le mot « avion
de chasse » n'existait pas en navajo. Les Indiens les
ont donc appelés « bourdons ». « Hitler »
était le « renifleur de moustache ».
Le langage navajo est tellement différent que ni les Japonais
ni les Européens ne pouvaient le décoder. En fait,
cette manière de décrire les objets, l'espace et le
temps était tellement belle qu'on pouvait parler d'une forme
de poésie dans un monde aussi affreux que la guerre.
Assignés
aux unités de combats pour les communications, les Navajos
ont participé aux batailles les plus sanglantes. Bien souvent,
les Code Talkers ont accompagné les patrouilles de reconnaissance.
En première ligne, plusieurs Navajos ont perdu la vie, mais
sans eux, plusieurs autorités militaires croient que les
États-Unis n'auraient pas pu remporter la guerre.
L'utilisation
de la langue navajo ne s'est pas arrêtée avec la reddition
du Japon. Les Code Talkers ont repris du service durant la guerre
de Corée. Au Vietnam, la modernisation des moyens de transmissions
a entraîné l'abandon du code. Celui-ci restant classé
« secret défense », il faudra toutefois
attendre 1969 pour que les vétérans navajos puissent
témoigner de leur expérience.
Cette
règle du silence a privé plusieurs Navajos de la reconnaissance
qu'ils méritaient, la plupart étant déjà
très vieux lorsqu'ils ont pu en parler. En 1982, les hommages
ont commencé à affluer. En 2001, le président
George W. Bush a lui aussi tenu à les honorer. Mais pour
Roy O. Howthrone, vétéran des Code Talkers, la vraie
récompense n'a rien à voir avec les médailles.
« Ma vraie récompense a été le
jour où j'ai fait serment d'allégeance devant le drapeau
américain. Avant, on n'était pas reconnu comme un
peuple qui pouvait faire quoi que ce soit. En devenant un Marine,
je démontrais que je pouvais faire quelque chose. »
Pour
les Navajos d'aujourd'hui, entrer dans l'armée américaine
est toujours un moyen de faire évoluer leur statut social.
C'est aussi un moyen de voir le monde extérieur et d'avoir
ses études prises en charge. Mais c'est surtout une façon
pour les jeunes de marcher dans les traces de leurs grands-parents,
ces Code Talkers qui représentent des héros pour eux.

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En
raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible
sur Internet.
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LES
NAVAJOS ENFIN HONORÉS
Le
26 juillet 2001, le président George W. Bush a remis à
29 Code Talkers la médaille d'or du Congrès, la plus
haute distinction du gouvernement américain. Les États-Unis
cherchaient ainsi à rendre hommage à ces héros
anonymes de la Deuxième Guerre mondiale.
Lors
de la remise des médailles, le sénateur du Colorado,
Ben Nighthorse Campbell, a tenu à saluer le courage de ces
hommes, « qui se sont levés malgré toutes
les injustices dont ils ont été victimes dans l'histoire
américaine ». Le président Bush est
allé dans le même sens en avançant qu'il aurait
compris les réticences que les Navajos auraient pu avoir
à se battre pour les États-Unis « après
ce qu'ils avaient subi dans le passé ». Il
a salué leur hardiesse à servir la nation malgré
tout.
Déçus
un peu de ne pas avoir été reconnus plus tôt,
ils étaient restés néanmoins fidèles
à leur promesse de garder le silence sur le code secret qu'ils
avaient inventé. Utilisé pendant la Deuxième
Guerre mondiale, le code secret a pu être dévoilé
en 1969, mais les hommages n'ont véritablement commencé
que dans les années 1980.
Ces
29 Navajos honorés en juillet 2001 en avaient entraîné
d'autres pendant la guerre. Au total, 420 d'entre eux ont servi
dans l'armée. Leur apport a été particulièrement
efficace dans la bataille sur l'îlot d'Iwo Jima. Le major
Howard Connor, officier de transmissions, avait d'ailleurs déclaré,
après la victoire : « Sans les Navajos, les
Marines n'auraient jamais pris Iwo Jima. »
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.
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