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Adaptation pour Internet : Caroline Paulhus

Émission du 29 août 2003

AU CŒUR DE LA GUERRE EN IRAK

Journaliste et réalisateur : Alexandre Trudeau

« Je suis venu à Bagdad pour voir la vraie nature de cette guerre.
Au-delà de ces images, de son vocabulaire surréaliste, il y a du vrai monde. »

Il est arrivé en Irak une semaine avant le début de la guerre. Il s'est pris d'amitié pour une famille, qui, malgré l'atmosphère tendue, l'a accueilli avec une grande hospitalité. Lorsque tous les étrangers ont été sommés de quitter le pays, il a tenu à rester. Loin de la propagande proaméricaine ou proirakienne, il a vécu la guerre avec ceux qui l'avaient hébergé. Il a été témoin d'une guerre presque irréelle tant elle a été rapide, et d'une anarchie encore plus effrayante que le dictateur déchu ou les bombes.

Son nom : Sacha Trudeau, fils de Pierre Elliott Trudeau.

 

Arrivé une semaine avant la guerre, Alexandre (Sacha) Trudeau est accueilli par une famille irakienne bien chaleureuse. Alors que tous les étrangers sont sommés de partir, il décide de rester à Bagdad. La famille irakienne qui l'a hébergé décide aussi de rester, même si presque tous les voisins fuient la capitale. Ceux qui restent se préparent au pire. Ils font des réserves et barricadent les fenêtres. Tous ont peur des bombardements qui semblent inévitables. Une peur mélangée d'espoir, puisque tous détestent Saddam.

La troisième nuit après le déclenchement de la guerre, les bombardements commencent. Curieusement, les citoyens sont relativement calmes. « Pendant la première demi-heure, nous avions peur, témoigne Leïla. Mais après, [nous sommes allés nous] coucher. » Jour et nuit, les bombes continuent de tomber sur Bagdad. Ce qui n'empêche pas Sacha de parcourir la ville pour témoigner des conséquences de cette guerre. Il continuera de parcourir la ville après chaque bombardement.

La tension se fait de plus en plus vive à Bagdad, alors que les soldats irakiens se replient sur la capitale. Les bombes américaines tombent, les Irakiens ripostent comme ils le peuvent.

Au cinquième jour de guerre, la ville prend des airs d'enfer. Non pas en raison des offensives militaires, mais à cause de la colère de la nature. Une tempête de sable balaie la ville, changeant le bleu du ciel en un rouge sang. Les palmiers sont courbés sous la pression des vents puissants, et la guerre des hommes semble alors insignifiante.La colère de la nature n'aura pas freiné les ardeurs des soldats. Après la tempête, le front américain se remet en marche.

Malgré les apparitions de Saddam Hussein à la télévision, la population est plus que convaincue que son chef a déjà quitté la capitale. Une opinion que ne semblent pas partager les Américains puisqu'ils continuent à bombarder les édifices gouvernementaux de la capitale. Certaines bombes touchent des quartiers résidentiels. Derrière sa caméra, Sacha laisse les victimes s'exprimer. « On aurait dit la fin du monde! », lance un homme dont la maison a été soufflée par les bombardements. Ses enfants ont été blessés, ses biens détruits, mais il garde le moral tant bien que mal.

Jusqu'à la dixième nuit de guerre, les citoyens avaient de l'électricité. Mais ce soir-là, les Américains commencent à attaquer l'aéroport et à entrer dans la ville. La bataille sera courte. L'armée américaine sort de la ville presque aussi rapidement qu'elle y est entrée, ne laissant derrière elle que des décombres. Le règne de Saddam est terminé. « Je suis tellement surprise, commente Leïla. J'ai toujours pensé qu'il allait lui-même se battre contre les Américains et mourir d'une mort honorable. Mais il s'est rendu si facilement! »

La bataille pour Bagdad est terminée, mais le pire commence. Après les bombes, la ville est envahie de pilleurs. « Je ne savais pas qu'il y avait autant de voleurs à Bagdad », constate tristement Leïla. Sacha veut bien se rendre dans un des palais de Saddam, mais son hôte ne veut pas l'accompagner jusque-là. Il a davantage peur des pilleurs que de Saddam Hussein! Face à cette anarchie, les soldats américains restent immobiles.

Le seul édifice protégé par les Américains est le ministère du Pétrole. Cette protection spontanée laisse aux Irakiens le message que les États-Unis, et la Grande-Bretagne, ne sont pas là pour la liberté et la démocratie, comme ils le prétendent, mais pour le pétrole.

Tranquillement, des autorités s'installent dans la ville. La situation serait-elle sur le point de s'améliorer? Au départ de Sacha, les Irakiens, devenus ses amis, n'arrivaient toujours pas à imaginer un avenir heureux.

« Engouffrée par le chaos, empestée par les voleurs, polarisée en factions religieuses et occupée par les Américains, pour les bons citoyens de Bagdad, la liberté n'est qu'une promesse lointaine. »

 

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La prise de Bagdad : chronologie

Du jeudi 20 mars au mardi 2 avril : la ville est bombardée par les forces de la coalition.

Mercredi 9 avril : la capitale irakienne tombe sous le contrôle des forces de la coalition. Le commandement américain affirme que son centre est sécurisé, mais que l'ensemble de la ville ne l'est pas. Les forces américaines ont franchi le Tigre et pris position sur la rive est du fleuve qui divise la capitale. Ils sont également positionnés sur la rive ouest, où ils contrôlent plusieurs ministères. Les troupes se sont emparées d'un camp de formation de la milice du parti Baas, dans un quartier de l'ouest de Bagdad, proche du centre. Elles sont également entrées à Saddam City, principal faubourg chiite du nord-est de la capitale.

Jeudi 10 avril : les scènes de pillage se multiplient à Bagdad. Après une nuit sans bombardement, des avions ont attaqué jeudi matin des cibles sur la rive ouest du Tigre. Par ailleurs, 1 Marine est mort et 13 autres ont été blessés lors de violents combats autour d'une mosquée.

Vendredi 11 avril : Bagdad sombre dans l'anarchie. Plusieurs incendies sont allumés par des groupes de vandales qui détruisent systématiquement les édifices publics, les ministères, les hôpitaux et les hôtels. Des hommes armés errent dans les rues de la capitale, devenue la proie de pillages généralisés. Deux jours après l'entrée des chars américains au cœur de la métropole de 5 millions d'habitants, la situation est incontrôlable. La situation est particulièrement grave dans les hôpitaux, pillés de leur matériel et dont le personnel a fui.

Samedi 12 avril : les forces américaines rencontrent des policiers irakiens afin d'organiser un retour à l'ordre. Premier objectif : rétablir la sécurité dans la ville.

Dimanche 13 avril : les forces américaines interpellent pour la première fois des pilleurs à Bagdad. Ils ont arrêté quatre d'entre eux.

Lundi 14 avril : plus de 2000 policiers irakiens reprennent leur travail afin de rétablir l'ordre dans la capitale.

Mercredi 16 avril : les patrouilles mixtes de la coalition et de la police locale rétablissent peu à peu l'ordre après les pillages des derniers jours. Les Marines prévoient de remettre rapidement en fonction 15 des 33 hôpitaux de la ville, dont plusieurs ont été pillés. Ils ont également prévu, avec l'aide d'ingénieurs civils, de réparer le réseau électrique, de rétablir l'eau potable et de permettre un usage limité des téléphones cellulaires.

Vendredi 18 avril : les Marines annoncent qu'ils vont commencer, dans les prochaines heures, à passer le relais à l'armée de terre sur la rive est du Tigre, ce qui marque la fin de la phase de combats dans la capitale irakienne.

POUR EN SAVOIR PLUS

Guerre en Irak
Dossier du site Nouvelles de Radio-Canada. On y retrouve les faits, les explications, et des reportages radio et vidéo de correspondants de Radio-Canada.

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 4 h et à 20h, ainsi que le lundi à 3 h.

 

 

 
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