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Le
19 mars dernier, la chute des premiers missiles américains
sur Bagdad consacrait la mise à l'écart de l'ONU dans
le règlement de la crise irakienne. La première puissance
du monde venait de décider d'attaquer l'Irak avec quelques
alliés, en renonçant à demander l'accord du
Conseil de sécurité des Nations unies. Conscients
qu'ils n'obtiendraient pas une autorisation explicite de recours
à la force, les États-Unis s'en sont tout simplement
passée. Et ce n'était pas la première fois!
Depuis
les débuts de l'organisation, les pays ont tenté tant
bien que mal d'en faire un système de sécurité
collective qui règle tous les grands problèmes de
l'humanité. À la tête de l'organisation siègent
les cinq nations sorties victorieuses de la Deuxième Guerre
mondiale : la Chine, la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne
et la Russie. Mais la guerre froide est venue diviser les cinq grands
et a commencé à gripper les rouages de la machine.
Au début des années 90, avec la fin de la guerre froide,
on espérait un certain déblocage du système
de sécurité collective de l'ONU. Après l'invasion
du Koweït par l'Irak en août 1990, les Américains
sont parvenus à rassembler une grande coalition contre l'Irak,
avec la bénédiction du Conseil de sécurité.
Mais les difficultés de l'ONU en Bosnie, et surtout l'intervention
de l'OTAN au Kosovo contre les Serbes en 1999, ont montré
à nouveau les limites du système.
L'intervention
au Kosovo a commencé sans l'autorisation du Conseil de sécurité.
Craignant le veto de la Russie et de la Chine, les Américains
et leurs alliés de l'OTAN ont préféré
frapper sans attendre, se prévalant d'une urgence humanitaire.
L'ONU a été clairement mise à l'écart.
Elle a légitimé l'opération à posteriori.
Sont
ensuite survenus les attentats du 11 septembre 2001. Les États-Unis
se sont retrouvés en guerre contre le terrorisme, une sorte
d'état permanent de légitime défense face à
une menace imprécise. Le Conseil de sécurité
a appuyé les États-Unis dans cette mission, mais lorsque
le règne des talibans est tombé, la colère
de l'administration Bush s'est tournée vers l'Irak. Le Conseil
de sécurité a alors bien voulu adopter la résolution
1441, qui enjoignait à l'Irak de collaborer avec les inspecteurs
de l'ONU sous peine de conséquences graves, mais elle ne
tenait pas à aller plus loin. Qu'à cela ne tienne,
les États-Unis et les Britanniques ont alors décidé
de passer outre.
Si
cette mise à l'écart de l'ONU provoque aujourd'hui
un tel tollé dans le monde, c'est principalement parce que
l'organisation constitue un des piliers du droit international.
Pour de nombreux États et de nombreux juristes internationaux,
cette guerre non autorisée par le Conseil de sécurité
n'a aucune légitimité. De plus, il est toujours risqué
pour une puissance de créer de tels précédents.
Victor-Yves
Ghebali, professeur à l'Institut universitaire de hautes
études internationales à Genève, s'inquiète
de l'influence que ce précédent pourrait créer.
« Cette opération qu'on appelle "Opération
libération de l'Irak", devrait s'appeler "Opération
boîte de Pandore" parce que cela risque de créer
un précédent, de donner de mauvaises idées
à d'autres pays. Pourquoi la Russie n'accuserait pas la Georgie
de ne pas faire assez pour juguler le terrorisme tchétchène?
L'Inde, le Pakistan, etc. »
Si
l'administration américaine s'approprie le rôle de
gendarme international, quel rôle reste-t-il à l'ONU?
Pour l'instant, les États-Unis et les Britanniques ne semblent
pas prêts à accorder une place importante à
l'ONU dans l'administration de l'Irak après la guerre. L'organisation
risque de se retrouver cantonnée à un rôle humanitaire.
Mais encore là, il existe bien des organisations à
Genève qui peuvent s'occuper des besoins humanitaires. Si
l'ONU ne peut plus contraindre les pays à suivre le droit
international, que lui reste-t-il?
Réformer
l'ONU pour la rendre plus efficace ou plus représentative
des réalités du monde actuel n'est pas une idée
nouvelle. Et aujourd'hui, alors que le monde est plus divisé
que jamais, ce n'est sans doute pas le moment d'y penser.

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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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