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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

LE SORT DES NATIONS UNIES

journaliste : LUC MARIOT
réalisatrice : ESTHER LAPOINTE

En déclenchant la guerre contre l'Irak sans l'appui du Conseil de sécurité, les États-Unis ont ébranlé la crédibilité des Nations unies. Pourtant, après la Deuxième Guerre mondiale, ce sont les Américains eux-mêmes qui ont favorisé la création du système onusien et qui souhaitaient faire de l'ONU le gendarme du monde. En s'affichant comme l'unique superpuissance, les États-Unis sont-ils en train de compromettre l'avenir des Nations unies?

 

Le 19 mars dernier, la chute des premiers missiles américains sur Bagdad consacrait la mise à l'écart de l'ONU dans le règlement de la crise irakienne. La première puissance du monde venait de décider d'attaquer l'Irak avec quelques alliés, en renonçant à demander l'accord du Conseil de sécurité des Nations unies. Conscients qu'ils n'obtiendraient pas une autorisation explicite de recours à la force, les États-Unis s'en sont tout simplement passée. Et ce n'était pas la première fois!

Depuis les débuts de l'organisation, les pays ont tenté tant bien que mal d'en faire un système de sécurité collective qui règle tous les grands problèmes de l'humanité. À la tête de l'organisation siègent les cinq nations sorties victorieuses de la Deuxième Guerre mondiale : la Chine, la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie. Mais la guerre froide est venue diviser les cinq grands et a commencé à gripper les rouages de la machine. Au début des années 90, avec la fin de la guerre froide, on espérait un certain déblocage du système de sécurité collective de l'ONU. Après l'invasion du Koweït par l'Irak en août 1990, les Américains sont parvenus à rassembler une grande coalition contre l'Irak, avec la bénédiction du Conseil de sécurité. Mais les difficultés de l'ONU en Bosnie, et surtout l'intervention de l'OTAN au Kosovo contre les Serbes en 1999, ont montré à nouveau les limites du système.

L'intervention au Kosovo a commencé sans l'autorisation du Conseil de sécurité. Craignant le veto de la Russie et de la Chine, les Américains et leurs alliés de l'OTAN ont préféré frapper sans attendre, se prévalant d'une urgence humanitaire. L'ONU a été clairement mise à l'écart. Elle a légitimé l'opération à posteriori.

Sont ensuite survenus les attentats du 11 septembre 2001. Les États-Unis se sont retrouvés en guerre contre le terrorisme, une sorte d'état permanent de légitime défense face à une menace imprécise. Le Conseil de sécurité a appuyé les États-Unis dans cette mission, mais lorsque le règne des talibans est tombé, la colère de l'administration Bush s'est tournée vers l'Irak. Le Conseil de sécurité a alors bien voulu adopter la résolution 1441, qui enjoignait à l'Irak de collaborer avec les inspecteurs de l'ONU sous peine de conséquences graves, mais elle ne tenait pas à aller plus loin. Qu'à cela ne tienne, les États-Unis et les Britanniques ont alors décidé de passer outre.

Si cette mise à l'écart de l'ONU provoque aujourd'hui un tel tollé dans le monde, c'est principalement parce que l'organisation constitue un des piliers du droit international. Pour de nombreux États et de nombreux juristes internationaux, cette guerre non autorisée par le Conseil de sécurité n'a aucune légitimité. De plus, il est toujours risqué pour une puissance de créer de tels précédents.

Victor-Yves Ghebali, professeur à l'Institut universitaire de hautes études internationales à Genève, s'inquiète de l'influence que ce précédent pourrait créer. « Cette opération qu'on appelle "Opération libération de l'Irak", devrait s'appeler "Opération boîte de Pandore" parce que cela risque de créer un précédent, de donner de mauvaises idées à d'autres pays. Pourquoi la Russie n'accuserait pas la Georgie de ne pas faire assez pour juguler le terrorisme tchétchène? L'Inde, le Pakistan, etc. »

Si l'administration américaine s'approprie le rôle de gendarme international, quel rôle reste-t-il à l'ONU? Pour l'instant, les États-Unis et les Britanniques ne semblent pas prêts à accorder une place importante à l'ONU dans l'administration de l'Irak après la guerre. L'organisation risque de se retrouver cantonnée à un rôle humanitaire. Mais encore là, il existe bien des organisations à Genève qui peuvent s'occuper des besoins humanitaires. Si l'ONU ne peut plus contraindre les pays à suivre le droit international, que lui reste-t-il?

Réformer l'ONU pour la rendre plus efficace ou plus représentative des réalités du monde actuel n'est pas une idée nouvelle. Et aujourd'hui, alors que le monde est plus divisé que jamais, ce n'est sans doute pas le moment d'y penser.


POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

Première partie
Deuxième partie

images : SERGE BRUNET
son : CHANTAL BENOIT
montage : PIERRE DUCROCQ

 

POUR EN SAVOIR PLUS

L'Organisation des Nations unies
site officiel

Résolution 1441 du Conseil de sécurité de l'ONU
Document en format PDF (en anglais)

La crise irakienne
dossier spécial préparé par l'équipe du site Nouvelles de Radio-Canada

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.

 

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