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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

MÉCHANT CANADA!

journaliste : ALEXANDRA SZACKA
réalisatrice : NICOLE TREMBLAY

C'est ce qu'on pourrait appeler un dommage collatéral de la guerre en Irak. Les alliés des États-Unis qui ont décidé de ne pas aller en guerre sont eux aussi victimes des foudres de Washington. Depuis quelques semaines, c'est surtout la France qui en a souffert. Maintenant, c'est au tour du Canada! À tel point qu'on parle maintenant d'une campagne de « Canada bashing ». La semaine dernière, l'ambassadeur américain à Ottawa a lancé le bal en déclarant que les États-Unis étaient fâchés de l'attitude du Canada face à la guerre. Paul Celluci reflétait ainsi l'opinion d'un bon nombre de commentateurs américains, qui se demandent si le Canada, l'allié habituellement docile des États-Unis, n'est pas en train de les abandonner. Il faut dire que ces critiques ne datent pas d'hier : depuis plusieurs mois, George W. Bush ne cache pas son insatisfaction à l'endroit de Jean Chrétien, à qui on reproche de ne pas en faire assez pour appuyer la croisade américaine contre le terrorisme.

 

À Pohénégamook, un village sur la frontière entre le Canada et les États-Unis, les limites nationales sont tout ce qu'il y a de plus arbitraires. Là-bas, la notion de pays ne veut pas dire grand-chose. « La frontière est au milieu de la table. Le [réfrigérateur] est du côté américain, et le lavabo est sur le côté canadien », explique une résidente. Jusqu'à présent, les habitants n'y voyaient aucun problème, mais depuis le 11 septembre 2001, les douaniers américains ont resserré leur contrôle.

Au lendemain des attentats contre le World Trade Center, la presse et les politiciens américains ne se sont pas gênés pour critiquer l'absence de sécurité sur la frontière canadienne. Malgré les démentis, le mal était fait. Pour se défendre, le premier ministre Chrétien a déclaré que ce problème de sécurité incombait aussi aux Américains. Ces remarques ont fait monter d'un cran le mécontentement des Américains à l'égard du Canada. Ils ont interprété les propos de Jean Chrétien comme si ce dernier les rendait responsables des attentats.

En novembre 2002, pendant la réunion de l'OTAN à Prague, l'attachée de presse de Jean Chrétien, Françoise Ducros, provoque une commotion en qualifiant Georges W. Bush d'idiot ou de «  moron », lors d'une conversation privée. Les explications de Jean Chrétien sont loin de satisfaire les Américains. « Oh Canada! Comment osez-vous appeler notre président un idiot? », disent-ils.

L'ancien candidat défait à la présidence des États-Unis, Pat Buchanan, n'hésite pas à taper sur le Canada dans son émission de télévision diffusée quotidiennement sur MSNBC à partir de Washington. « J'aime le Canada, c'est un bon pays, mais à chaque fois que nous lisons les propos d'un porte-parole canadien, ce n'est que pour entendre que notre président est un idiot ou que les Américains sont des bâtards », se plaint-il. Des « bâtards » : c'est en effet le mot qu'a utilisé la député libérale Carolyn Parish à la sortie d'une rencontre avec la presse, en février dernier, pour qualifier nos voisins. Elle croyait les micros fermés.


Ce que pensent les Américains des Canadiens

L'ignorance qu'affichent les Américains au sujet du Canada ne surprend pas du tout John MacArthur, éditeur de la prestigieuse revue Harpers. « Il y a beaucoup de gens qui croient que le Canada est le 51e État et que c'est plutôt une blague le Canada. Beaucoup de gens reçoivent leurs impressions du Canada à travers South Park, l'émission satirique. » Mais quand le très sérieux magazine de droite, la National Revue, titre son article du mois de novembre « Bomb Canada », c'est-à-dire « Bombardez le Canada », est-ce qu'on est encore dans la satire? Sans compter la page couverture, où les agents de notre police montée sont qualifiés de « poules mouillées ».

« Rien d'aussi terrible que les événements du 11 septembre n'est arrivé aux Canadiens. Merci Seigneur! Mais cela est arrivé à nous, et maintenant, nous nous sentons menacés. Nous sentons le besoin de prendre des actions pour réduire le niveau de menace qui pèse sur nous. Et nous ne comprenons pas que vous ne compreniez pas », explique David Jones, un ancien diplomate américain. Les Américains ne comprennent pas plus pourquoi leur hymne a été hué par les amateurs de hockey, à Montréal, la semaine dernière.

Un nouveau sondage montrait la semaine dernière que 49 % des Américains auraient tendance à bouder nos produits à cause de la position du Canada face à l'Irak. Devrait-on craindre ce phénomène? « Vous allez peut-être perdre quelques dollars des Américains qui ne sont pas contents, mais c'est le prix à payer pour être indépendant et pour dire ce que vous voulez dire. Vous ne pouvez pas avoir les deux côtés de la médaille. Si vous voulez des touristes américains, vous devez faire attention à ce que vous dites sur nous », conclut Lawrence Eagleburger, un ancien diplomate.


POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

première partie
deuxième partie

images : PATRICE MASSENET
son : ÉDOUARD FARIBAULT
montage : HÉLÈNE LA MOTHE

 

Le froid entre Bush et Chrétien

« L'Amérique n'oubliera jamais le son de son hymne national au palais de Buckingham, dans les rues de Paris et à la porte Brandebourg de Berlin », exprime solennellement le président Bush au lendemain du 11 septembre. Il remercie ainsi plusieurs de ses alliés… sauf le Canada. Simple oubli? Pas certain. Ce n'est pas un secret pour personne que les relations entre lui et le premier ministre canadien sont plutôt froides.


POUR EN SAVOIR PLUS

La crise irakienne
dossier spécial préparé par l'équipe du site Nouvelles de Radio-Canada

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.

 

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