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À
Pohénégamook, un village sur la frontière entre
le Canada et les États-Unis, les limites nationales sont
tout ce qu'il y a de plus arbitraires. Là-bas, la notion
de pays ne veut pas dire grand-chose. « La frontière
est au milieu de la table. Le [réfrigérateur] est
du côté américain, et le lavabo est sur le côté
canadien », explique une résidente. Jusqu'à
présent, les habitants n'y voyaient aucun problème,
mais depuis le 11 septembre 2001, les douaniers américains
ont resserré leur contrôle.
Au
lendemain des attentats contre le World Trade Center, la presse
et les politiciens américains ne se sont pas gênés
pour critiquer l'absence de sécurité sur la frontière
canadienne. Malgré les démentis, le mal était
fait. Pour se défendre, le premier ministre Chrétien
a déclaré que ce problème de sécurité
incombait aussi aux Américains. Ces remarques ont fait monter
d'un cran le mécontentement des Américains à
l'égard du Canada. Ils ont interprété les propos
de Jean Chrétien comme si ce dernier les rendait responsables
des attentats.
En
novembre 2002, pendant la réunion de l'OTAN à Prague,
l'attachée de presse de Jean Chrétien, Françoise
Ducros, provoque une commotion en qualifiant Georges W. Bush d'idiot
ou de « moron », lors d'une conversation
privée. Les explications de Jean Chrétien sont loin
de satisfaire les Américains. « Oh Canada!
Comment osez-vous appeler notre président un idiot? »,
disent-ils.
L'ancien
candidat défait à la présidence des États-Unis,
Pat Buchanan, n'hésite pas à taper sur le Canada dans
son émission de télévision diffusée
quotidiennement sur MSNBC à partir de Washington. « J'aime
le Canada, c'est un bon pays, mais à chaque fois que nous
lisons les propos d'un porte-parole canadien, ce n'est que pour
entendre que notre président est un idiot ou que les Américains
sont des bâtards », se plaint-il. Des « bâtards » : c'est
en effet le mot qu'a utilisé la député libérale
Carolyn Parish à la sortie d'une rencontre avec la presse,
en février dernier, pour qualifier nos voisins. Elle croyait
les micros fermés.
Ce
que pensent les Américains des Canadiens
L'ignorance
qu'affichent les Américains au sujet du Canada ne surprend
pas du tout John MacArthur, éditeur de la prestigieuse revue
Harpers. « Il y a beaucoup de gens qui croient
que le Canada est le 51e État et que c'est plutôt une
blague le Canada. Beaucoup de gens reçoivent leurs impressions
du Canada à travers South Park, l'émission satirique. »
Mais quand le très sérieux magazine de droite, la
National Revue, titre son article du mois de novembre « Bomb
Canada », c'est-à-dire « Bombardez
le Canada », est-ce qu'on est encore dans la satire?
Sans compter la page couverture, où les agents de notre police
montée sont qualifiés de « poules mouillées ».
« Rien
d'aussi terrible que les événements du 11 septembre
n'est arrivé aux Canadiens. Merci Seigneur! Mais cela est
arrivé à nous, et maintenant, nous nous sentons menacés.
Nous sentons le besoin de prendre des actions pour réduire
le niveau de menace qui pèse sur nous. Et nous ne comprenons
pas que vous ne compreniez pas », explique David
Jones, un ancien diplomate américain. Les Américains
ne comprennent pas plus pourquoi leur hymne a été
hué par les amateurs de hockey, à Montréal,
la semaine dernière.
Un
nouveau sondage montrait la semaine dernière que 49 %
des Américains auraient tendance à bouder nos produits
à cause de la position du Canada face à l'Irak. Devrait-on
craindre ce phénomène? « Vous allez
peut-être perdre quelques dollars des Américains qui
ne sont pas contents, mais c'est le prix à payer pour être
indépendant et pour dire ce que vous voulez dire. Vous ne
pouvez pas avoir les deux côtés de la médaille.
Si vous voulez des touristes américains, vous devez faire
attention à ce que vous dites sur nous »,
conclut Lawrence Eagleburger, un ancien diplomate.

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Le
froid entre Bush et Chrétien
« L'Amérique
n'oubliera jamais le son de son hymne national au palais de Buckingham,
dans les rues de Paris et à la porte Brandebourg de Berlin »,
exprime solennellement le président Bush au lendemain du
11 septembre. Il remercie ainsi plusieurs de ses alliés
sauf le Canada. Simple oubli? Pas certain. Ce n'est pas un secret
pour personne que les relations entre lui et le premier ministre
canadien sont plutôt froides.
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POUR
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La
crise irakienne
dossier
spécial préparé par l'équipe du
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
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