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« C'est
un système mauvais. Il est peut-être bon pour les compagnies,
mais il est mauvais pour l'ensemble de la province. Il est inutilement
coûteux et, en plus, il est inefficace. » Celui
qui parle ainsi, c'est René Lévesque, un ancien journaliste
devenu politicien. Devant les caméras, il reprend sa craie
en faveur d'une importante réforme.« C'est
au peuple du Québec de prendre dans ses mains, librement
et fièrement, la première et la plus importante de
toutes les clés d'une économie moderne. Et ça,
ça veut dire la nationalisation de l'électricité. »
En
1962, Hydro-Québec ne dessert que l'île de Montréal.
Le reste du Québec est alimenté par des compagnies
privées. En région, les tarifs sont élevés
et le service à la clientèle est souvent déficient.
René Lévesque, le Gaspésien, n'apprécie
pas. Il décide de s'attaquer au cartel de l'électricité.
Son combat l'oppose à onze compagnies, dont la plus puissante,
la Shawinigan Water and Power - alliée au monde de la finance
- règne en maître absolu sur une grande partie du Québec.
Devant
la puissance des entreprises hydroélectriques, Jean Lesage
hésite. Lévesque doit donc convaincre son premier
ministre et neutraliser le président d'Hydro-Québec,
Jean-Claude Lessard, qui s'oppose à l'idée même
de la nationalisation. Pour ce faire, René Lévesque
place deux de ses hommes à la direction d'Hydro-Québec.
Il nomme Jean-Paul Gignac, jeune et prospère entrepreneur
de Shawinigan, et Georges Gauvreau, meneur de bataille en faveur
du développement économique en Gaspésie. « L'un
était assez extraverti, assez brutal dans ses interventions
quand il le fallait, explique Jacques Parizeau. Gignac était
tout en nuances, tout en douceur, mais les deux avaient exactement
le même genre de détermination et le même genre
d'objectifs. Ça faisait une paire redoutable. »
Les
nouveaux gestionnaires décident d'encourager les entreprises
d'ici, tout en présentant une image irréprochable
de la société d'État. Pendant ce temps, dans
son ministère, René Lévesque fait appel à
Michel Bélanger et André Marier, véritables
machines pensantes, qui vont bâtir toute l'argumentation en
faveur de l'achat des compagnies d'électricité. Mais
pour financer cette opération, il faut beaucoup d'argent,
et pour trouver les sommes nécessaires, le gouvernement du
Québec doit obligatoirement passer par un groupe que l'on
surnomme « le syndicat financier ». Ce monopole
tout-puissant, composé de banquiers et de maisons de courtage,
achète tous les titres du Québec et les revend. Il
est dirigé par la société A.E. Ames & Co.,
une maison de courtage si puissante qu'elle n'hésite pas
à menacer le gouvernement de ne pouvoir vendre ses titres
quand des réformes ne lui plaisent pas.
Non
seulement Lévesque doit affronter cet ordre établi,
mais il doit aussi faire face à la Shawinigan Water &
Power company, la plus puissante des compagnies d'électricité.
Cette dernière mène une vigoureuse cabale contre l'idée
de René Lévesque. Certains le comparent même
à Fidel Castro! S'attaquer à cet empire, c'est s'en
prendre à tout un système, le même qui finance
le Parti libéral. Tout cela inquiète donc Jean Lesage.
Pour contrecarrer la résistance de la Shawinigan Water &
Power company, René Lévesque fait appel à un
jeune économiste pour estimer combien il en coûtera
pour acheter les compagnies privées. Cet homme s'appelle
Jacques Parizeau.
Entre-temps,
à la fin de l'été 1962, Jean Lesage prend une
importante décision lors d'une réunion du Conseil
des ministres au Lac-à-l'Épaule. Il déclenche
des élections, qu'il remporte le 14 novembre. « Nous
allons ouvrir les portes sur l'avenir économique du Québec
avec cette clé que vous nous avez confiée, celle de
la nationalisation de l'électricité », déclare
Jean Lesage dans son discours officiel.
Malgré
l'éclatante victoire du Parti libéral le 14 novembre
1962, le Québec n'a toujours pas les millions pour acheter
les compagnies d'électricité. Le 21 novembre, une
semaine après le scrutin, dans le plus grand secret, Jacques
Parizeau, Roland Giroux, de la maison de courtage LG Beaubien, et
Michel Bélanger, conseiller économique de René
Lévesque, se rendent aux États-Unis pour emprunter
l'argent. Le trio espère ainsi court-circuiter le syndicat
financier qui bloque tout. À la grande surprise de Jacques
Parizeau, l'affaire est réglée très rapidement.
« Au bout de 20 minutes, on venait d'emprunter au-delà
de 300 millions de dollars. Trois cents millions, c'était
beaucoup d'argent à cette époque-là, en 1962! »
Ameuté par une telle démarche et risquant de perdre
d'importantes commissions, le syndicat financier de la St-James
Street collabore soudainement et offre l'argent nécessaire
au gouvernement du Québec.
Le
3 mai 1963, alors que les actions des compagnies privées
ont finalement toutes été achetées, Jean-Claude
Lessard, président de la nouvelle Hydro-Québec, présente
aux journalistes les sept nouveaux candidats, qui remplacent les
présidents anglophones des compagnies nationalisées.
Tous des Canadiens français. C'est un véritable changement
de la garde.
Enfin,
la nationalisation se réalisait. Il ne restait plus qu'à
intégrer les onze compagnies privées et une quarantaine
de coopératives d'électricité pour ne former
qu'un seul grand réseau. Mais les Québécois
ont rapidement pris la tâche à cur, convaincus
de la réussite du projet.
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La
petite histoire de l'électricité au Québec
1878
- À Montréal, première utilisation de l'éclairage
électrique au Canada.
1901
- Création de Montreal Light, Heat and Power Company, par
la fusion de Montreal Gaz Company et de Royal Electric Company.
1933
- Création de la Commission de l'électricité,
chargée de réglementer les conditions d'exploitation
et de tarification chez les distributeurs d'électricité.
1937
- La Commission de l'électricité est remplacée
par la Régie provinciale de l'électricité,
dotée de pouvoirs plus étendus. Adoption de la Loi
favorisant la municipalisation de l'électricité.
1944
- Création de la Commission hydroélectrique de Québec
(Hydro-Québec en abrégé). La nouvelle commission
prend alors possession des biens de Montreal Light, Heat and Power.
1947
- Hydro-Québec dédommage les actionnaires de Montreal
Light, Heat and Power.
1955
- Le réseau d'Hydro-Québec alimente la Gaspésie
et la région de Chibougamau.
1960
- L'Union nationale, au pouvoir depuis 1944, est battue par le Parti
libéral du Québec. Le gouvernement du Québec
confie à Hydro-Québec les droits d'aménagement
et d'exploitation de toutes les ressources hydrauliques non concédées.
1962
- Tenue d'une élection dont l'enjeu est l'acquisition, par
Hydro-Québec, des distributeurs d'électricité
privés. Le Parti libéral, qui propose cette mesure,
est reporté au pouvoir.
1963
- Nationalisation du secteur de l'électricité : Hydro-Québec
acquiert, dans une série de transactions de gré à
gré, les 10 distributeurs d'électricité privés
de la province. Hydro-Québec se portera également
acquéreur de 45 des 46 coopératives d'électricité
du Québec.
1965
- Inauguration de la première ligne de transport d'électricité.
1967
- Création de l'Institut de recherche d'Hydro-Québec
(IREQ). Première hausse des tarifs depuis 1944.
1975
- Signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.
1978
- Premières livraisons d'énergie aux États-Unis
en vertu d'un contrat à long terme.
1981
- Hydro-Québec devient une compagnie à fonds social,
par l'adoption de la loi 16. Suppression de la contrainte du « moindre
coût ». La loi prévoit le versement de dividendes
par Hydro-Québec au gouvernement.
1983
- Le mandat d'Hydro-Québec est élargi.
1990
- Première liaison multiterminale à courant continu
du monde et première traversée sous-fluviale CCHT.
1998
- Crise du verglas.
2001
- Séparation fonctionnelle de l'entreprise selon ses métiers
de base (produire, transporter, distribuer, construire).
2002
- Signature historique d'une entente entre le gouvernement du Québec
et la nation crie, visant notamment la réalisation des projets
hydroélectriques Eastmain-1 et Eastmain-1-A.
tiré
du dossier de Radio-Canada
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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