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Devant
les caméras, ce ne sont que des éloges qu'on entend
à l'égard de Saddam Hussein.
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« [La
guerre], c'est uniquement pour le pétrole, l'avidité des États-Unis
pour le pétrole. »
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« Tout
le peuple appuie le chef. Il adore Saddam. Tout le monde adhère
au Baath. »
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« Il
est notre père, notre frère, l'eau que nous buvons. Lorsque
nous sommes assoiffés, il nous désaltère. »
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D'autres
Irakiens, qui ont fui pour parler ouvertement, ont un tout autre
point de vue. Tandis que les États-Unis se préparent
à la guerre, ils osent envisager un avenir meilleur pour
l'Irak. Mais Saddam doit partir. Pour eux, les marches en faveur
de la paix n'ont aucun sens.
Pour
comprendre pourquoi on adule ou on déteste Saddam Hussein,
il faut comprendre l'histoire de ce pays et le rôle brutal
que Saddam Hussein y a joué. Avant 1921, ce pays n'existait
pas. L'Irak a été créé juste après
la Première Guerre mondiale par un trait de plume de l'Empire
britannique. Trois peuples ont alors été rassemblés :
les Kurdes du nord, les sunnites du centre et les chiites du sud.
Aidés par Laurence d'Arabie, les Britanniques ont concocté
une monarchie et nommé un roi qui allait régner sur
les trois peuples. Sous la monarchie, Bagdad était une ville
prospère où la vie était harmonieuse, et non
une citadelle de terreur. Les Britanniques étaient aux premiers
rangs lorsque l'Irak a commencé à exporter du pétrole.
La prospérité s'est installée, mais la redistribution
de la richesse n'était pas une priorité.
En
1958, le gouvernement a été renversé par un
coup d'État. Le roi, le prince héritier, la grand-mère
du roi, sa tante et quelques membres du personnel qui tentaient
de se sauver ont tous été fusillés. Depuis,
le cycle de la violence n'a pas connu de répit. Onze ans
plus tard, le parti nationaliste arabe Baath prend le pouvoir.
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Désolation
après une répression de Saddam Hussein (photo
SRC)
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Saddam
Hussein, qui avait commencé comme homme de main du parti
Baath, a gravi les échelons jusqu'à la présidence.
On chuchotait à Bagdad que le nouvel homme fort avait lui-même
jeté un de ses rivaux dans un bain d'acide. La république
irakienne était dominée par la peur. Puis, Saddam
Hussein a envahi l'Iran. Un million de personnes sont mortes. Onze
ans plus tard, il envahissait le Koweït. Entre-temps, toute
opposition était réprimée par la force. Galvanisés
par le discours de Washington et l'espoir du renversement imminent
de Saddam Hussein, les opposants en exil sunnites, chiites
et Kurdes se sont unis et ont défié ouvertement
Saddam. Mais après le départ des Américains,
la répression qui s'en est suivie est inimaginable (voir
l'explication dans la colonne de droite).
Aujourd'hui,
les drames des Kurdes, des chiites et même des sunnites, sous
le règne de Saddam, hantent 65 exilés, des dirigeants
réunis en conférence dans le nord de l'Irak. Devant
l'imminence d'une guerre menée par les Américains,
dont l'Irak devient soudain l'enjeu, ils sont courtisés par
les riches et grandes pétrolières, soucieuses de protéger
leurs intérêts après le départ de Saddam.
Un mariage d'intérêts se prépare, alors que
les victimes pourraient bientôt devenir les vainqueurs. Depuis
quelques mois, les tentatives de séduction se multiplient.
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Organization
of the Petroleum Exporting Countries (OPEC) ou l'Organisation
des pays exportateurs de pétrole (OPEP)
(photo SRC)
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Déjà
l'opposition irakienne a commencé à discuter avec
les grandes pétrolières. Elle a énoncé
l'essentiel de ce qui sera offert, des propositions, des adjudicataires
pressentis et des modalités. L'opposition a été
aussi invitée à Davos (au Forum économique
mondial), à Washington et à Londres à maintes
reprises. Des membres de l'opposition irakienne rapportent qu'ils
sont aussi continuellement en contact avec des sociétés
pétrolières françaises et américaines.
« Le
dilemme de l'opposition irakienne, ou des Irakiens en général,
c'est que les motivations des Américains diffèrent
de celles des Irakiens, alors que les objectifs sont les mêmes : changer
le régime », fait remarquer Adnan Pachachi,
ex-ministre des Affaires étrangères de l'Irak.
Mais
lors des visites de l'opposition irakienne à Washington,
on ne discutait pas seulement d'armes de destruction massive ou
de pétrole. On a aussi parlé de la présence
américaine après Saddam. Un des membres de l'opposition
a même laissé échapper que cette présence
aurait une durée de huit ans.
Washington
planifie l'élimination de Saddam pour que l'Irak soit propice
aux enfants, aux chaussons aux pommes de McDonald et à la
démocratie mais il y a d'autres raisons, comme le
pétrole, et aussi venger l'humiliation de George Bush père.
La crainte que Saddam remette le bacille du charbon à Al-Qaeda
est la troisième raison, la principale peut-être. À
Bagdad, George W. Bush a besoin d'un allié fiable, comme
Ahmed Chalabi, un chiite rompu aux coutumes de l'Occident. Mais
il n'est peut-être pas non plus l'homme de la situation. Un
tribunal jordanien a condamné Ahmed Chalabi par contumace
à la suite d'une fraude bancaire de plusieurs millions de
dollars, pour laquelle il nie toute implication.
Qu'il
ait ou non volé une banque, Ahmed Chalabi est dans le nord
de l'Irak, avec les 65 autres. Il attend la chute de Saddam. Il
attend de voir s'il est toujours dans la course.
L'opposition
irakienne se présente en démocrate qui va demander
au peuple de faire preuve de retenue et de compassion envers ceux
qui ont tué au nom de l'ancien régime. Ils ont beaucoup
souffert et on doit leur donner l'occasion de démontrer leur
valeur. La guerre risque d'engendrer effusions de sang et chaos.
Mais on a peine à imaginer un régime plus cruel que
celui de Saddam Hussein.
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LES
OPPOSANTS IRAKIENS
Chiites :
Groupe majoritaire méprisé par le régime de
Saddam, il forme 65 % de la population en Irak. Après
avoir libéré le Koweït en 1991, les Américains
les ont encouragés à se soulever. Ces « Arabes
des marais » ont pris George Bush père au mot,
mais tout a dérapé. Les Américains se sont
retirés par crainte que cela ne soit pire que sous Saddam.
Ils craignaient en effet que les chiites de l'Irak deviennent comme
les fondamentalistes de l'Iran. Un autre dirigeant du Moyen-Orient
partageait leurs craintes à propos des chiites. Privés
de leur protection américaine, les chiites se sont retrouvés
à la merci du régime de Saddam. Le soulèvement
chiite a été réprimé. La garde républicaine
de Saddam aurait tué 200 000 personnes. Puis, pendant
sept ans, on a drainé les marais. Ces luxuriantes terres
humides, un des berceaux de civilisation bien avant que la Bible
ne ne soit écrite, ont été réduites
en terres sablonneuses stériles. Saddam Hussein n'a pas détruit
seulement la résistance des Arabes des marais, il a anéanti
tout un monde.
Sunnites :
Selon certains analystes, la minorité arabe sunnite, qui
a le haut du pavé avec le régime Baath, risque de
subir une terrible rétrogradation avec la chute du régime
de Saddam. Mais ce n'est pas l'avis de tous. D'autres analystes
avancent que seuls les partisans de la secte Baath sont détestés,
et que la plupart des chiites s'entendent bien avec les autres sunnites.
Kurdes :
Vivre en paix sous Saddam n'a pas été facile pour
les Kurdes. Le gazage de Halabja est le seul dont les médias
du monde entier ont pu témoigner. Dans les montagnes, seuls
les soldats kurdes ont survécu. Les femmes, les enfants,
même les animaux de compagnie ont succombé au gaz mortel.
Loin des caméras, au cours de la campagne des Anfal, Saddam
Hussein a gazé et tué des dizaines de milliers de
Kurdes pendant les années 1980. Quand les Américains
ont incité les Irakiens au soulèvement, en 1991, les
Kurdes ont suivi le mot d'ordre. Au départ des Américains,
Saddam Hussein a réprimé leur soulèvement,
comme celui des chiites du sud. Il a été impitoyable.
Les Kurdes sont fermement résolus à se débarrasser
de Saddam Hussein.
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POUR
EN SAVOIR PLUS
After
Saddam
page de l'émission de la BBC qui a produit
ce reportage
La
crise irakienne
dossier
spécial préparé par l'équipe du
site Nouvelles de Radio-Canada
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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