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Grâce
à son pétrole, Dubaï, dans les Émirats
arabes unis, est une des villes les plus riches du monde. L'émir
a transformé cet ancien village de pêcheurs de perles
et de commerçants d'or en un centre touristique de grand
luxe. Cette société d'anciens bédouins, très
musulmane tout en étant très tolérante, veut
aussi faire de Dubaï une capitale des médias.
Media
City. Tous sont déjà là. La firme MBC, Middle
East Broadcasting possède déjà deux chaînes
généralistes. Elle s'apprête à lancer
Al-Arabiya, une nouvelle chaîne d'information continue. Elle
compte déjà 32 bureaux de correspondants à
travers le monde. Ses investisseurs vont dépenser 300 millions
de dollars américains sur cinq ans. Et tout cet argent saoudien
est investi pour faire sérieusement concurrence à
Al-Jazira, la fameuse chaîne qui a « scoopé »
les grandes télévisions du monde, et qui révolutionne
et scandalise à la fois tout le Proche-Orient.
Al-Jazira,
qui s'illustre encore dans la guerre en Irak, est bien connue en
Occident depuis le 11 septembre. D'ailleurs, elle commercialise
un CD-Rom qui met en valeur ses scoops. On peut y voir les premiers
enregistrements vidéo d'Oussama ben Laden et des membres
d'Al-Qaeda, ainsi que la guerre en Afghanistan, sur le terrain.
Al-Jazira montre les victimes des bombardements américains
alors qu'en Occident, on nous montre une guerre aseptisée
de haute technologie. Dans le monde arabe, Al-Jazira a été
célèbre dès son lancement en 1996 à
cause de son esprit et de son ton de liberté totalement débridé.
Du jamais vu au Proche-Orient.
Les
journalistes d'Al-Jazira sont pratiquement tous étrangers.
Ils viennent du Maroc, du Liban, de Jordanie, d'Égypte, de
partout. Beaucoup ont été formés au service
arabe de la BBC. Ils sont musulmans surtout, mais de toutes les
obédiences, plus ou moins religieux, et certains sont chrétiens.
Ses correspondants ont connu leurs heures de gloire en Afghanistan,
grâce à de bonnes relations avec les Talibans. Al-Jazira
était effectivement la seule télévision autorisée.
C'est une des raisons ayant attiré la colère des Américains.
Ces derniers ont d'ailleurs bombardé - par mégarde,
disent-ils - les bureaux d'Al-Jazira à Kaboul. Mais à
la veille du conflit en Irak, l'attitude de Washington envers Al-Jazira
a changé. Al-Jazira rejoint 35 millions de téléspectateurs
dans le monde arabe, alors on la courtise.
Dans
tout le monde arabe, Al-Jazira abolit les censures. On ose parler
de tout. De tout, sauf du gouvernement du Qatar, qui n'est pas encore
tout à fait une démocratie. Par exemple, un reportage
sur un trafic international de jeunes garçons pour en faire
des jockeys minuscules, ultralégers, pour les courses de
chameaux au Qatar, une grande passion nationale, a été
censuré par le réseau. Il n'a jamais été
diffusé.
Les
regards sont maintenant tournés vers la nouvelle chaîne
Al-Arabiya : avec autant d'argent saoudien investi, ses correspondants
pourront-ils couvrir le royaume d'Arabie sans risque de déplaire
au régime ultraconservateur islamiste du roi Fahd?
Sources
d'information pour les populations arabes, les télévisions
sont aussi leur miroir. Le monde arabe est composé d'innombrables
facettes, très diverses, mais il est uni dans deux choses
que toutes les télévisions reflètent : son
soutien inconditionnel et fervent à la cause palestinienne
contre Israël, et son aversion, voire sa haine, contre les
États-Unis. Ce qui peut expliquer une certaine admiration
pour Oussama ben Laden, qui ose les affronter directement.
Ce
sont aussi ces réalités que l'Occident a découvertes
avec Al-Jazira. Une de ses publicités dit ceci : « Si
tout le monde regarde CNN, CNN regarde quoi? ».
Pendant
qu'Al-Jazira continue de faire des émules dans le monde entier,
CNN a annoncé vouloir lancer une chaîne en arabe. L'administration
Bush a aussi prévu 30 millions de dollars pour lancer, en
2004, sa propre chaîne en arabe. Al-Jazira, elle, projette
pour la fin de l'année une deuxième chaîne...
toute en anglais.
La
guerre de l'information dans le monde arabe a commencé.

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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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