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Saint-Pétersbourg
: capitale de la danse classique
Elena
et Alina sont deux jeunes ballerines de 16 ans. Elles se sont présentées
à un grand concours international où une victoire
pourrait leur permettre d'accéder à une carrière
internationale. Formées par les meilleurs professeurs, le
sang des champions coule dans leurs veines. Saint-Pétersbourg
nous a déjà donné les Rudol Nureev, Nataly
Makarova, Mihail Barishnikov et beaucoup d'autres. On
y retrouve ici l'Académie Vaganova, une des meilleures écoles
de ballet de Russie. Les maîtres sont eux-mêmes d'anciens
danseurs de renommée internationale.
« En
arrivant dans cette école, nous sommes très jeunes,
explique Alina. Nous y passons des heures et des heures à
travailler. On nous forme, on nous dirige et nous finissons par
oublier ces longues heures. Nous savons toutes que c'est une des
meilleures écoles de danse au monde et que nous avons les
meilleurs professeurs, mais nous ne le réalisons pas. »
Fondée
en 1738, l'Académie Vaganova tient toutefois son nom d'une
grande ballerine du 20e siècle : Agrippina Vaganova, qui
a écrit le premier traité de danse classique au monde.
Le musée de l'Académie est rempli de richesses qui
rappellent le passé grandiose de la danse en Russie; une
époque où les ballerines et les danseurs connaissaient
la gloire au prix d'une discipline quasi inhumaine.
Aujourd'hui,
la discipline est moins autoritaire. Les jeunes ont plus de distractions,
mais les rêves ne s'épuisent pas. Dans une des plus
belles salles de Saint-Pétersbourg, le théâtre
de l'Ermitage, le verdict tombe pour les deux jeunes ballerines.
Alina a marqué des points, sa performance a été
retenue et les portes lui sont ouvertes. Elena, quant à elle,
n'aura pas cette chance. Elle devra se contenter d'un prix de consolation,
mais elle pourra toujours se représenter à la prochaine
compétition.
Saint-Pétersbourg : l'exil des jeunes
En
juin, c'est le temps des nuits blanches, un mois durant l'année
où il ne fait jamais nuit. Si le soleil reste, l'aube de
la population, elle, s'exile. Les finissants, qui fêtent leur
graduation en ce mois de l'année, en profitent pour faire
leurs adieux à leur ville natale. Après avoir reçu
une éducation de qualité, un des seuls héritages
positifs de la culture soviétique, c'est avec un peu d'appréhensions
qu'ils partent, pour la plupart, vers des universités européennes.
« C'est un moment assez difficile pour moi, car c'est
mon enfance qui se termine. Ensuite j'irai à l'université,
je voudrais aller en France, faire mes études à la
Sorbonne à Paris. Et donc, en plus, je quitterai ma ville
natale et mes parents, ce qui est encore plus difficile »,
témoigne une jeune diplômée, qui maîtrise
parfaitement le français.
Saint-Pétersbourg : le retour des exilés
Pour
ceux qui ont été opprimés par le régime
soviétique, la nouvelle ère de liberté leur
permet de revenir. Un propriétaire de restaurants et de boutiques
de la ville a d'ailleurs tenu à organiser une fête
en l'honneur du grand violoncelliste Mstislav Rostropovich. Il y
voit une manière non seulement de louer sa contribution à
la Russie, mais aussi un moyen de lui demander pardon pour les persécutions
infligées par les Soviétiques.
Formé
à l'époque de l'URSS, Rostropovich a dû s'exiler
dans les années 70 parce qu'il s'opposait à l'arbitraire
du régime. Mais il est revenu après la chute des communistes
et a décidé d'aider son pays à se remettre
sur les rails en subventionnant une école de musique.
Le
régime soviétique était arbitraire, mais il
a produit des grands maîtres comme Mstislav Rostropovich et
c'est à Saint-Pétersbourg, qui s'appelait Leningrad
à l'époque, qu'on formait les plus grands parmi les
grands. Aujourd'hui, le manque de financement public et l'ignorance
des nouveaux riches risquent de détruire tout cet héritage.
Saint-Pétersbourg : un héritage à préserver
Durant
le régime soviétique, les monuments classiques de
l'époque des tsars ont beaucoup souffert de négligence.
C'est le cas de l'Ermitage, le grand musée de Saint-Pétersbourg
qui était à l'origine le palais d'hiver de la famille
impériale. Déjà sous-financé à
l'époque des Soviétiques, le musée a dû
se débrouiller à la chute des communistes pour ne
pas sombrer. Pour obtenir des subventions, la direction s'est créé
un réseau d'amis à travers le monde. « Les
Canadiens, par exemple, nous ont aidés à recouvrir
les fenêtres d'une pellicule particulière afin de protéger
les peintures de la lumière du soleil », explique
Mikhail Piotrovsky, dernier descendant d'une famille qui a toujours
dirigé le musée.
Saint-Pétersbourg : un mélange de classique et de
modernité
Pendant
des années, après la chute du communisme, des artistes
de Saint-Pétersbourg ont été obligés
de squatter un édifice parce que l'État ne les aidait
plus à se loger. Comme ils refusaient de quitter les lieux,
la Ville a finalement décidé de rénover l'édifice
et de le remettre aux artistes. Deux peintres reconnus à
travers l'Europe ont pu profiter de cet immeuble. Oleg et Victor
ne se plaignent pas de l'époque soviétique. « Nous
avons grandi sous les Soviétiques dans les années
60-70. D'une certaine façon, nous avons eu une grande liberté
que nous avons perdue avec la commercialisation. Nous étions
subventionnés par l'État, nous en profitions et maintenant
nous réalisons que ce n'était pas si mal. »
Adeptes
du néoclassicisme, Oleg et Victor tournent cette grande tradition
esthétique en dérision dans leurs uvres. Un
art très contemporain selon eux, qui s'inspire de l'architecture
même de Saint-Pétersbourg. « Si l'art est
né ici, c'est parce que c'est une ville classique, elle est
très belle. De plus, on l'oublie, mais elle est très
jeune, 40 ans plus jeune que New York, ce qui fait que cette ville
est un laboratoire unique, un mélange d'expérimental
et de classique. C'est très stimulant pour un artiste. »
Saint-Pétersbourg : les nouveaux maîtres
En
fait, Saint-Pétersbourg vit maintenant surtout au rythme
des nouveaux riches, les néocapitalistes qui contrôlent
l'économie, et on commence à voir les signes de leur
présence même dans l'architecture de la ville. C'est
le cas du restaurant Aquarel. En versant des milliers de
dollars de pots-de-vin aux fonctionnaires municipaux, les propriétaires
ont obtenu le droit d'installer le restaurant sur un des canaux
de la ville, pourtant interdits au développement commercial.
Ces nouveaux restaurants branchés permettent même aux
employés de profiter de cette nouvelle prospérité.
« Mon salaire est plus élevé que celui
de mes parents. Trois, quatre fois plus. », témoigne
un des cuisiniers.
Outre
les restaurants chics, la nouvelle élite qui dirige la Russie
- les nouveaux capitalistes à la mode - se retrouve dans
les boîtes de nuit. De plus en plus d'endroits de ce genre
ont ouvert leurs portes récemment à Saint-Pétersbourg
grâce, en grande partie, au blanchiment de l'argent de la
mafia russe : les nouveaux maîtres qui contrôlent l'économie.
Saint-Pétersbourg : une ville en renaissance
En
préparation pour les fêtes du 300e anniversaire, la
ville est en pleine restauration. Le président russe Vladimir
Poutine, qui est originaire de Saint-Pétersbourg et qui en
a été son maire adjoint pendant quatre ans, a lui-même
adjugé des budgets importants pour les travaux. Le gouvernement
russe voudrait en faire une deuxième Venise d'Europe et une
grande capitale de la culture.
Saint-Pétersbourg,
la grande capitale des tsars, est une fois de plus à un tournant
de son histoire et ses habitants en subissent les contrecoups. Prise
entre son attachement à son passé glorieux et les
impératifs du développement, pourra-t-elle échapper
au pouvoir envahissant des nouveaux riches et préserver,
pour les générations à venir, la richesse et
l'originalité qui lui ont permis de traverser intacte l'épreuve
du temps?

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Un peu d'histoire
de la ville ...
16
mai 1703 : fondation de la ville
1712
: St-Pétersbourg est choisie comme capitale, un titre quelle
perd en 1728 mais qu'elle reprend en 1732
1740
à 1760 : construction du palais d'Hiver
Début
1800 : le style classique en architecture est presque imposé
1830
à 1870 : les architectes se permettent un style plus baroque
18
août 1914 : la ville prend le nom de Petrograd
12
mars 1918 : Moscou redevient la capitale de la Russie
26
janvier 1924 : Petrograd devient Leningrad
8
septembre 1941 au 27 janvier 1944 : siège de la ville durant
lequel 1,4 millions de citoyens meurent sous les bombardements ou
succombent à la faim et au froid. 33 % des habitants et de
nombreux monuments et palais sont détruits.
Années
60 : début d'une lente restructuration
12
juin 1991 : par référendum, Leningrad redevient St-Pétersbourg
Saviez-vous
que...
Il existe une
autre ville du nom de St-Petersburg. Celle-ci se trouve en Floride,
aux États-Unis. Ne vous y trompez pas!
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