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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

SAINT-PÉTERSBOURG : ENTRE LE PASSÉ ET L'AVENIR
Émission du 10 janvier 2003

journaliste : JEAN-FRANÇOIS LÉPINE
réalisateur :
GEORGES AMAR

Quand on découvre cette ville, on a peine à croire qu'elle a vécu plus de 70 ans sous le règne des communistes. C'est Pierre le Grand qui, le premier, au 18e siècle, a eu l'idée de construire une ville qui porterait son nom « Saint-Pétersbourg », sur un terrain qui était couvert de marécages près de la mer Baltique. Plus tard, des architectes italiens viendront lui donner son caractère européen. La « Venise du Nord », comme on l'appelait à l'époque, devait être la porte ouverte de la Russie vers le monde extérieur. Aujourd'hui, Saint-Pétersbourg s'ouvre à nouveau vers l'étranger.

 

Saint-Pétersbourg : capitale de la danse classique

Elena et Alina sont deux jeunes ballerines de 16 ans. Elles se sont présentées à un grand concours international où une victoire pourrait leur permettre d'accéder à une carrière internationale. Formées par les meilleurs professeurs, le sang des champions coule dans leurs veines. Saint-Pétersbourg nous a déjà donné les Rudol Nureev, Nataly Makarova, Mihail Barishnikov et beaucoup d'autres. On y retrouve ici l'Académie Vaganova, une des meilleures écoles de ballet de Russie. Les maîtres sont eux-mêmes d'anciens danseurs de renommée internationale.

« En arrivant dans cette école, nous sommes très jeunes, explique Alina. Nous y passons des heures et des heures à travailler. On nous forme, on nous dirige et nous finissons par oublier ces longues heures. Nous savons toutes que c'est une des meilleures écoles de danse au monde et que nous avons les meilleurs professeurs, mais nous ne le réalisons pas. »

Fondée en 1738, l'Académie Vaganova tient toutefois son nom d'une grande ballerine du 20e siècle : Agrippina Vaganova, qui a écrit le premier traité de danse classique au monde. Le musée de l'Académie est rempli de richesses qui rappellent le passé grandiose de la danse en Russie; une époque où les ballerines et les danseurs connaissaient la gloire au prix d'une discipline quasi inhumaine.

Aujourd'hui, la discipline est moins autoritaire. Les jeunes ont plus de distractions, mais les rêves ne s'épuisent pas. Dans une des plus belles salles de Saint-Pétersbourg, le théâtre de l'Ermitage, le verdict tombe pour les deux jeunes ballerines. Alina a marqué des points, sa performance a été retenue et les portes lui sont ouvertes. Elena, quant à elle, n'aura pas cette chance. Elle devra se contenter d'un prix de consolation, mais elle pourra toujours se représenter à la prochaine compétition.


Saint-Pétersbourg : l'exil des jeunes

En juin, c'est le temps des nuits blanches, un mois durant l'année où il ne fait jamais nuit. Si le soleil reste, l'aube de la population, elle, s'exile. Les finissants, qui fêtent leur graduation en ce mois de l'année, en profitent pour faire leurs adieux à leur ville natale. Après avoir reçu une éducation de qualité, un des seuls héritages positifs de la culture soviétique, c'est avec un peu d'appréhensions qu'ils partent, pour la plupart, vers des universités européennes. « C'est un moment assez difficile pour moi, car c'est mon enfance qui se termine. Ensuite j'irai à l'université, je voudrais aller en France, faire mes études à la Sorbonne à Paris. Et donc, en plus, je quitterai ma ville natale et mes parents, ce qui est encore plus difficile », témoigne une jeune diplômée, qui maîtrise parfaitement le français.


Saint-Pétersbourg : le retour des exilés

Pour ceux qui ont été opprimés par le régime soviétique, la nouvelle ère de liberté leur permet de revenir. Un propriétaire de restaurants et de boutiques de la ville a d'ailleurs tenu à organiser une fête en l'honneur du grand violoncelliste Mstislav Rostropovich. Il y voit une manière non seulement de louer sa contribution à la Russie, mais aussi un moyen de lui demander pardon pour les persécutions infligées par les Soviétiques.

Formé à l'époque de l'URSS, Rostropovich a dû s'exiler dans les années 70 parce qu'il s'opposait à l'arbitraire du régime. Mais il est revenu après la chute des communistes et a décidé d'aider son pays à se remettre sur les rails en subventionnant une école de musique.

Le régime soviétique était arbitraire, mais il a produit des grands maîtres comme Mstislav Rostropovich et c'est à Saint-Pétersbourg, qui s'appelait Leningrad à l'époque, qu'on formait les plus grands parmi les grands. Aujourd'hui, le manque de financement public et l'ignorance des nouveaux riches risquent de détruire tout cet héritage.


Saint-Pétersbourg : un héritage à préserver

Durant le régime soviétique, les monuments classiques de l'époque des tsars ont beaucoup souffert de négligence. C'est le cas de l'Ermitage, le grand musée de Saint-Pétersbourg qui était à l'origine le palais d'hiver de la famille impériale. Déjà sous-financé à l'époque des Soviétiques, le musée a dû se débrouiller à la chute des communistes pour ne pas sombrer. Pour obtenir des subventions, la direction s'est créé un réseau d'amis à travers le monde. « Les Canadiens, par exemple, nous ont aidés à recouvrir les fenêtres d'une pellicule particulière afin de protéger les peintures de la lumière du soleil », explique Mikhail Piotrovsky, dernier descendant d'une famille qui a toujours dirigé le musée.


Saint-Pétersbourg : un mélange de classique et de modernité

Pendant des années, après la chute du communisme, des artistes de Saint-Pétersbourg ont été obligés de squatter un édifice parce que l'État ne les aidait plus à se loger. Comme ils refusaient de quitter les lieux, la Ville a finalement décidé de rénover l'édifice et de le remettre aux artistes. Deux peintres reconnus à travers l'Europe ont pu profiter de cet immeuble. Oleg et Victor ne se plaignent pas de l'époque soviétique. « Nous avons grandi sous les Soviétiques dans les années 60-70. D'une certaine façon, nous avons eu une grande liberté que nous avons perdue avec la commercialisation. Nous étions subventionnés par l'État, nous en profitions et maintenant nous réalisons que ce n'était pas si mal. »

Adeptes du néoclassicisme, Oleg et Victor tournent cette grande tradition esthétique en dérision dans leurs œuvres. Un art très contemporain selon eux, qui s'inspire de l'architecture même de Saint-Pétersbourg. « Si l'art est né ici, c'est parce que c'est une ville classique, elle est très belle. De plus, on l'oublie, mais elle est très jeune, 40 ans plus jeune que New York, ce qui fait que cette ville est un laboratoire unique, un mélange d'expérimental et de classique. C'est très stimulant pour un artiste. »


Saint-Pétersbourg : les nouveaux maîtres

En fait, Saint-Pétersbourg vit maintenant surtout au rythme des nouveaux riches, les néocapitalistes qui contrôlent l'économie, et on commence à voir les signes de leur présence même dans l'architecture de la ville. C'est le cas du restaurant Aquarel. En versant des milliers de dollars de pots-de-vin aux fonctionnaires municipaux, les propriétaires ont obtenu le droit d'installer le restaurant sur un des canaux de la ville, pourtant interdits au développement commercial. Ces nouveaux restaurants branchés permettent même aux employés de profiter de cette nouvelle prospérité. « Mon salaire est plus élevé que celui de mes parents. Trois, quatre fois plus. », témoigne un des cuisiniers.

Outre les restaurants chics, la nouvelle élite qui dirige la Russie - les nouveaux capitalistes à la mode - se retrouve dans les boîtes de nuit. De plus en plus d'endroits de ce genre ont ouvert leurs portes récemment à Saint-Pétersbourg grâce, en grande partie, au blanchiment de l'argent de la mafia russe : les nouveaux maîtres qui contrôlent l'économie.


Saint-Pétersbourg : une ville en renaissance

En préparation pour les fêtes du 300e anniversaire, la ville est en pleine restauration. Le président russe Vladimir Poutine, qui est originaire de Saint-Pétersbourg et qui en a été son maire adjoint pendant quatre ans, a lui-même adjugé des budgets importants pour les travaux. Le gouvernement russe voudrait en faire une deuxième Venise d'Europe et une grande capitale de la culture.

Saint-Pétersbourg, la grande capitale des tsars, est une fois de plus à un tournant de son histoire et ses habitants en subissent les contrecoups. Prise entre son attachement à son passé glorieux et les impératifs du développement, pourra-t-elle échapper au pouvoir envahissant des nouveaux riches et préserver, pour les générations à venir, la richesse et l'originalité qui lui ont permis de traverser intacte l'épreuve du temps?

 

POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

première partie
deuxième partie

images : PIERRE MAINVILLE
son : JOE CANCILLA
montage : HÉLÈNE LAMOTHE

Un peu d'histoire de la ville ...

16 mai 1703 : fondation de la ville

1712 : St-Pétersbourg est choisie comme capitale, un titre quelle perd en 1728 mais qu'elle reprend en 1732

1740 à 1760 : construction du palais d'Hiver

Début 1800 : le style classique en architecture est presque imposé

1830 à 1870 : les architectes se permettent un style plus baroque

18 août 1914 : la ville prend le nom de Petrograd

12 mars 1918 : Moscou redevient la capitale de la Russie

26 janvier 1924 : Petrograd devient Leningrad

8 septembre 1941 au 27 janvier 1944 : siège de la ville durant lequel 1,4 millions de citoyens meurent sous les bombardements ou succombent à la faim et au froid. 33 % des habitants et de nombreux monuments et palais sont détruits.

Années 60 : début d'une lente restructuration

12 juin 1991 : par référendum, Leningrad redevient St-Pétersbourg

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Le musée Ermitage

Toutes sortes de renseignements sur la ville de St-Pétersbourg

Russie.net
Une page de liens vers des sites sur St-Pétersbourg

 

Saviez-vous que...

Il existe une autre ville du nom de St-Petersburg. Celle-ci se trouve en Floride, aux États-Unis. Ne vous y trompez pas!

 

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