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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

NOTRE AMI SADDAM
Émission du 31 janvier 2003

un film de Antonia Rados

Pour faire la guerre à l'Irak, les États-Unis invoquent la possession, par ce pays, d'armes de destruction massive. Qui a bien voulu laisser Saddam Hussein acquérir ces armes ? Et, surtout, qui a contribué à ce que Saddam Hussein ait accès à des moyens nucléaires, chimiques et biologiques de grande ampleur ?


Consultez le dossier spécial sur la crise irakienne, préparé par l'équipe des Nouvelles de Radio-Canada.

Tout commence dans les années 1970, alors qu'une délégation irakienne est reçue à Paris. Une rencontre entre scientifiques, qui a culminée avec la visite du plus important centre de recherche nucléaire français à Saclay. À leur retour en Irak, les physiciens irakiens sont interrogés sur leurs connaissances en nucléaire militaire. Bien qu'ils possèdent l'expertise atomique, ces scientifiques expliquent au gouvernement que la construction de bombes nucléaires est davantage du domaine des ingénieurs. Quelque temps après ces remarques, l'Irak fait l'acquisition d'une copie du réacteur de Saclay. Bagdad prétend vouloir développer cette source d'énergie, une déclaration plutôt curieuse lorsqu'on considère qu'avec tout son pétrole, l'Irak n'a pas besoin de sources d'énergie supplémentaires. Israël, ennemi de l'Irak, s'inquiète de ces manœuvres et tente de faire reculer la France. Peine perdue. Saddam Hussein a promis des contrats mirobolants à la France. La France savait ce que tramait l'Irak, mais elle a alors fermé les yeux. De plus, l'Irak cherchait un partenaire pour exploiter son pétrole, d'où le vif intérêt de la France, en cette période de choc pétrolier.

L'Irak avait toujours eu de bonnes relations avec les Soviétiques (ce sont eux qui lui avaient donné un premier réacteur nucléaire), alors pourquoi se rapprocher de la France ? Pour multiplier ses fournisseurs et ainsi acquérir une forme d'indépendance. Sachant pertinemment que l'Irak voulait construire une bombe atomique, le nouveau premier ministre de la France, Jacques Chirac, a néanmoins ouvert les portes du réacteur Cadarache. Saddam Hussein n'avait pas besoin qu'on tente de le convaincre : il avait enfin trouvé ce qu'il cherchait.

« Notre capacité nucléaire, nous la devons aux Français,
non aux Soviétiques. » 

(Tarek Aziz, vice-premier ministre irakien)


Saddam Hussein au moment de son accession au pouvoir. (photo SRC)

Une fois président en 1979, Saddam Hussein fait passer les applications pacifiques du nucléaire acquises en France aux applications militaires, dites « stratégiques ». Saddam Hussein voulait renforcer sa défense contre Israël et l'Iran. Mais, coup d'éclat en 1981 : l'aviation israélienne détruit le réacteur Osirak, récemment acquis de la France. Saddam Hussein ne se décourage pas et retourne en France rencontrer le nouveau président de la République, François Mitterrand. Cette fois, la France est sur ses gardes. Ses analystes lui ont dit qu'un deuxième Osirak pourrait produire une bombe atomique par an. Le projet reste paralysé. Pendant ce temps, les Irakiens réussissent tout de même à récupérer, des décombres d'Osirak, juste assez de matériel pour fabriquer au moins une bombe. Il faut dire que Bagdad vient à ce moment de recevoir de l'aide d'un nouveau partenaire : l'Italie. Un autre pays à entrer dans le chantage économique de l'Irak.

Puis, vient au pouvoir en Iran un fanatique religieux : Khomeiny. En s'attaquant à ce pays voisin, l'Irak devient l'ami des Occidentaux, qui redoutent le successeur du Shah. Une société allemande accepte d'offrir à Saddam Hussein une usine d'armes chimiques. Elle passe encore aujourd'hui pour une usine de pesticides. À défaut du nucléaire, l'Irak possède alors de l'armement biologique et chimique, plus faciles à fabriquer. Les États-Unis s'inquiètent de cette usine allemande en Irak. La CIA en informe Berlin, qui reste muette. De plus en plus d'entreprises allemandes s'étaient mises à exporter en Irak. Les affaires étaient rentables et à la limite de la légalité : après tout, on n'exportait que des « insecticides ».

Une des victimes de l'attaque de 1988. (photo SRC)

L'Irak emploie ses armes chimiques pour la première fois en 1983 contre des soldats iraniens. Personne ne réagit, pas même la CIA, habituellement si scrupuleuse. Si le gouvernement américain est aussi silencieux, c'est qu'il prépare à son tour une rencontre avec Bagdad. L'émissaire américain dépêché sur place est Donald Rumsfeld, l'actuel ministre de la défense du gouvernement Bush. L'Irak avait besoin de plus d'armes contre l'Iran, et les Américains étaient prêts à leur en offrir… en secret ! Les relations commerciales entre les États-Unis et l'Irak s'amorcent : livraisons d'armes conventionnelles, mais aussi de cultures bactériologiques, dont le bacille du charbon (l'anthrax). En 1988, se sont des avions français, pilotés par des Irakiens, qui répandent des gaz toxiques allemands sur un village kurde. Résultat : 5000 morts. Encore là, personne n'a rien dit. S'ils sont pointés du doigt, les pays jettent le blâme sur un autre.

La guerre touche à sa fin en 1988, mais le commerce d'armes, lui, continue pendant deux ans, jusqu'à ce que Saddam Hussein décide d'envahir le Koweït. Le président irakien avait sous-estimé la réaction américaine, et même celle du monde arabe, qui s'est rangé du côté occidental.

« L'Occident tolère certains dictateurs, mais l'Occident ne tolère pas les dictateurs qui franchissent certaines bornes. Et, évidemment, supprimer un État, et en particulier un État pétrolier, c'est quelque chose que l'Occident ne tolère pas. »
(Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand)

Aujourd'hui, les inspecteurs de l'ONU recherchent les « cadeaux » offerts par les pays occidentaux. Comme les achats de ces armes ont été faits dans le plus grand secret, personne ne sait combien d'armes l'Irak possède véritablement. Quant aux scientifiques, ingénieurs et techniciens nucléaires, ils sont toujours 12 000 en Irak, un nombre anormalement élevé pour un pays de cette taille. Rien de rassurant.

 

En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.

La guerre Iran-Irak


En 1980, les relations s'embrasent entre l'Iran et l'Irak. Réclamant la souveraineté irakienne sur le Chatt al-Arab et le Khuzestan, Saddam Hussein lance ses troupes contre l'Iran. Les motifs de cette attaque sont multiples et dépassent largement les questions de souveraineté territoriale. Tout d'abord, en plus de s'emparer des riches gisements de pétrole du sud de l'Iran, Saddam Hussein comptait accroître son influence dans le golfe Persique, où transitent chaque année des millions de tonnes de pétrole. De plus, lancer une guerre contre l'Iran permettait de se débarrasser du régime islamique de l'ayatollah Khomeiny, qui constituait une menace idéologique et politique non seulement pour Bagdad, mais également pour Washington et Moscou.


Rapidement, le conflit s'internationalise. Cette guerre, que les Irakiens prévoyaient courte, s'avère plutôt longue et très meurtrière. Devant la résistance acharnée des Iraniens, Bagdad propose un cessez-le-feu en 1982. Téhéran refuse et le conflit s'enlise davantage. Pendant cette guerre, l'Irak a recours, à plusieurs reprises, à de puissants gaz de combat, non seulement contre les Iraniens, mais également contre des minorités kurdes irakiennes, dont les luttes d'indépendance gênaient Bagdad. De part et d'autre de la frontière Iran-Irak, les victimes des gaz irakiens se comptent par milliers.

En 1988, un cessez-le-feu intervient entre l'Irak et l'Iran. La paix est rétablie entre les deux pays.

source : 
« La Crise irakienne », dossier spécial Radio-Canada

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