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Cette
année, la récolte de Boyd Sutter sera entièrement destinée à son
bétail. Sa production de canola ne peut être vendue. « C'est
la première fois que ça arrive en 22 ans. Je n'ai jamais vu ça.
(…) On ne peut même pas irriguer, il n'y a pas d'eau. »
Une autre année comme celle-ci et il devra vendre sa terre. Mais
à qui? Qui voudrait acheter de la poussière?
En
attendant que Mère Nature change d'attitude, des fermiers québécois
ont décidé de venir en aide à leurs homologues saskatchewanais.
Une aide qui est aussi une forme de reconnaissance puisque pendant
la tempête du verglas, les rôles étaient intervertis. Les Québécois
enthousiastes ont, pour un chargement, ramassé 1300 balles de foin,
bénévolement. C'est beaucoup et peu à la fois puisque les besoins
de l'Ouest sont immenses.
Arrivées
sur place, les balles de foin sont attribuées par loterie. Chaque
gagnant en reçoit quarante. « Le peu que j'ai eu va
m'aider, parce que [j'ai] 213 vaches. Si vous passez dans mon bout
venez, arrêtez, on va prendre un café et on va jaser! »
Gilbert Denis est un de ses fermiers qui a gagné un peu de foin
et il tenait à remercier le Québécois qui le lui a envoyé.
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[voir
la description sur le projet Hay West
dans la colonne ci-contre]
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Boyd
Sutter a aussi reçu du foin. Cela lui permettra de nourrir les quelques
vaches qui lui restent. Déjà, il en a vendu quelques-unes à l'encan,
n'ayant rien pour les nourrir, mais, puisqu'il n'est pas le seul
dans cette situation, il n'a pu en retirer grand chose. Les éleveurs
albertains et américains viennent en grand nombre profiter de cette
baisse des coûts. Déjà 60 000 bêtes ont quitté la Saskatchewan cette
année.
Dans
l'Ouest de la Saskatchewan, 90 % des terres ne donneront rien du
tout. Aussi bien dire que toutes les récoltes sont réduites à néant,
d'autant plus que les sauterelles ont dévoré le peu qui restait.
Une vraie terre de désolation. Les silos à grains sont des vestiges
d'une vie passée. « C'est un désastre économique et
social qui affecte toute la communauté », explique
le Dr. Alfred Ernst, le médecin du coin depuis 35 ans et aussi le
coroner. Il se rappelle que cette sécheresse a déjà provoqué le
suicide d'un fermier. « Il a dû vendre son bétail,
mais comme tout le monde en vendait à ce moment-là, il n'a pas trouvé
d'acheteur. Il a ramené ses bêtes à sa ferme et comme il n'avait
rien pour les nourrir, il les a abattues et a retourné son fusil
contre lui. »
Il
y a cent ans, pourtant, le paysage était plutôt verdoyant, mais
depuis, les lacs se sont évaporés. Tout ce qui en reste est du sel
pur à la surface de la terre. Et si on trouve des étangs d'eau,
ils sont trop salés pour être utilisés pour irriguer. Du jamais
vu? D'après le scientifique Peter Leavitt, de l'Université de Regina,
il y aurait eu 25 sécheresses bien pires que celles que la Saskatchewan
vit actuellement.
En
effet, dans les années 30, le temps de sécheresse a duré 10 ans.
Un colon sur quatre quittaient leur terre. Quelque 14 000 fermes
ont été abandonnées. D'autres sécheresses ont sévi en 1960, 1980,
et maintenant. Chaque fois, les exodes ont été nombreux. Les cycles
de sécheresse dans les Prairies étaient pourtant connus depuis longtemps.
En 1857, la Couronne britannique a commandé une expédition scientifique
pour déterminer si l'Ouest du Canada serait propice à l'agriculture.
L'expédition a été menée par John Palliser. Dans son rapport final,
il a écrit : « Pour des fins agricoles, ce district
est sans valeur (…) nullement propice à la colonisation. »
La Grande-Bretagne a néanmoins passé outre cette recommandation
et a encouragé la colonisation de ce district qui s'étend du Sud-Ouest
du Manitoba, traverse la Saskatchewan jusqu'en Alberta et, au sud,
longe la frontière américaine. C'est ce qu'on appelle le triangle
de Palliser, qui deviendra le grenier du Canada… pour un temps seulement.
Aujourd'hui, les fermiers en paient le prix.
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« Les
médias parlent toujours des subventions accordées aux fermiers,
mais ce sont les fermiers qui subventionnent la population.
Nous vous offrons de la nourriture en bas du prix coûtant »,
commente Ron Kielo, un fermier saskatchewanais. |
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Bob
Kielo, un autre fermier renchérit : « Est-ce
que vous seriez prêts à payer le double pour votre nourriture?
À ce moment-là nous n'aurions pas besoin des subventions d'Ottawa. »
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[voir
le texte dans la colonne ci-contre pour connaître un
des enjeux financiers du monde agricole.]
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Les
espoirs des fermiers des Prairies sont tournés vers la prochaine
saison, mais encore là, ils risquent d'être déçus. Les prévisions
n'annoncent rien de bon. Selon David Philips, climatologue à Environnement
Canada, les sécheresses précédentes ont été plutôt banales. Celles
qui s'en viennent doivent compter maintenant aussi sur les changements
climatiques. « Nous savons que le climat se réchauffe
plus rapidement que jamais. Il est donc logique d'envisager le pire
», s'inquiète le climatologue. Avec les activités humaines,
les sécheresses pourraient être de plus en plus longues.
Alors
quoi faire des Prairies? Certains ont abandonné l'agriculture traditionnelle
et se sont lancés dans l'élevage de bisons et de wapitis, des animaux
qui demandent peu d'eau. D'autres s'installent des systèmes d'irrigation
plus ou moins efficaces. En fait, les agriculteurs de la Saskatchewan
sont bien seuls pour faire face à Mère Nature qui n'a pas fini d'imposer
ses cycles de sécheresses.
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images
: PATRICE MASSENET
son
: JEAN-DENIS DAOUST
montage : HÉLÈNE
LAMOTHE
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UN
PROJET D'ENTRAIDE
Le
projet Hay West a commencé le 24 juillet. Touchés
par les conditions de leurs collègues de l'Ouest, les
agriculteurs de l'Est ont décidé de leur faire
parvenir quelques balles de foin. Leur but initial était
d'en envoyer 500. Le 1er juillet, après quelques petits
imbroglios, ce sont près de 800 balles de foin qui
partent en train vers l'Ouest. Pendant ce temps, le tirage
au sort se prépare, parce que les 800 balles de foin
ne sont pas suffisantes pour répondre à tous
les besoins. Seuls ceux dont les noms seront pigés
pourront avoir une quarantaine de balles de foin.
Le 5 juillet,
le foin arrive en Alberta et les dons continuent à
affluer à Hay West. Le ministre fédéral
de l'Agriculture Lyle VanClief a indiqué, le 19 août
2002, qu'Ottawa allait contribuer pour 2,2 millions de dollars
à l'initiative d'entraide Hay West, destinée
aux fermiers à court de foin. Le montant servira à
affecter 187 wagons de plus au transport vers l'Ouest de foin,
donné par des collègues de l'est du pays.
Le 20
septembre, Radio-Canada a rapporté que près
de 100 000 tonnes de foin avaient été envoyées
dans l'Ouest. Et les dons ont continué à affluer
jusqu'au 31 octobre.
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LES
AGRICULTEURS DEMANDENT PLUS DE SUBVENTIONS
Le
ministre a affirmé en juillet que de l'aide sera octroyée
aux producteurs en difficulté, au titre du programme
fédéral de stabilisation des revenus. Le montant
de l'aide équivaut à 4,25 % des ventes nettes
admissibles d'un fermier, les cinq dernières années.
Jusqu'à présent, le gouvernement fédéral
indique qu'il a versé près de 500 millions de
dollars à près de 150 000 producteur agricoles
canadiens.
Mais ce
n'est pas assez selon les agriculteurs qui se plaignent que
le gouvernement canadien ne subventionne pas autant l'agriculture
que les États-Unis et l'Europe. En effet, à
l'heure actuelle, les États-Unis subventionnent leur
blé huit fois plus que le Canada, et l'Europe accorde
à ses agriculteurs une aide 13 fois plus importante
que les subventions canadiennes
Selon
Statistique Canada, cette importante diminution des paiements
émanant de programmes gouvernementaux, et les pitoyables
conditions climatiques, ont contribué à faire
culbuter de 5,9 % les recettes monétaires agricoles.
Les revenus sont passés de 17,9 milliards lors du premier
semestre de 2001 à 16,8 milliards au terme des six
premiers mois de cette année. Et le pire est peut-être
à venir.
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L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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