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Rien
à cacher ?
En
réponse aux accusations des Américains et des Britanniques,
le gouvernement irakien organise à l'occasion des campagnes
médiatiques. Ainsi, ils ont invité dernièrement
les médias de plusieurs pays à visiter un des sites
identifiés par les États-Unis comme un centre de fabrication
d'armes de destruction massive, l'usine d'Al Furat. Le brigadier
Samir Ibrahim, le directeur du complexe, a raconté que toute
recherche dans le domaine du nucléaire avait été
interrompue à cet endroit en 1981, que les inspecteurs de
l'ONU étaient passés au cours des années 90
et qu'ils n'avaient rien trouvé. Alors comment expliquer
l'équipement antiaérien tout autour de l'usine ? « Une
mesure de protection commune en Irak », a répondu
le directeur. Les journalistes sont restés sceptiques. La
visite s'est poursuivie mais, en une heure, il leur a été
difficile d'évaluer efficacement les activités de
l'usine.
La
ruine économique
Après
huit ans de guerre contre l'Iran durant les années 80, la
guerre du Golfe en 1991 et l'embargo international, l'économie
de l'Irak recommence à peine à fonctionner. Autrefois
un pays prospère grâce à ses réserves
fabuleuses de pétrole, l'Irak se classe maintenant au 125e
rang mondial. En 1990, le dinar irakien valait 3,25 dollars américains.
Aujourd'hui, 12 ans plus tard, il vaut 6000 fois moins.
Ce
sont les ouvriers de la construction qui sont les mieux payés
avec 2000 dinars par jour. Rien pour se permettre de rêver
: à Bagdad, 2000 dinars, c'est le prix d'un poulet au marché.
Dans les régions du pays, en dehors de la capitale, la situation
est beaucoup plus dramatique. Les organisations d'aide internationale
parlent de problèmes majeurs d'approvisionnement en eau et
en électricité. Un enfant sur trois, en Irak, souffre
de malnutrition.
Une
vie contrôlée
L'équipe
de Zone libre a voulu rencontrer une famille irakienne pour en apprendre
davantage sur la vie quotidienne d'une famille moyenne. Un projet
plutôt simple à réaliser, mais qui a nécessité
des jours de négociations avec les autorités puisqu'en
Irak, personne n'a le droit de parler aux médias étrangers
sans permission officielle.
Une
fois la demande accordée, notre équipe s'est rendue
dans une maison bien choisie par les autorités. Une famille
modeste dont le père, Abu Wassen, est chauffeur de taxi,
musulman issu de la minorité sunnite, comme le président
Saddam Hussein. La mère vit à la maison où
elle a élevé ses cinq filles. Deux d'entre elles,
les aînées, vont à l'université. En Irak,
l'éducation est gratuite à tous les niveaux. Mais
c'est particulièrement la cadette de 9 ans qui a été
mise en avant. Sa mère voulait attirer l'attention de notre
équipe sur son visage légèrement déformé
depuis la naissance. Elle leur a expliqué que se sont les
bombes à l'uranium appauvri, utilisées par les Américains
contre l'Irak, qui avaient causé ce problème. Pourtant,
l'enfant ne souffre pas de cancer, un symptôme habituellement
associé à l'uranium appauvri. Elle semblait en pleine
forme et elle a même dit à notre équipe qu'elle
était première de sa classe. La mère a tenu
à rajouter que, dans leur entourage, plusieurs personnes
sont mortes de cancer, à cause des bombes. C'est le discours
officiel du gouvernement irakien.
Révolution
religieuse
« Pendant
cet embargo, on se réfugie en Allah. Nous prions Allah pour
qu'il lève cet embargo », déclare une des cinq
filles d'Abu Wassen. Son épouse ajoute : « Si Dieu
le veut, [la guerre] n'arrivera jamais. Nous prions jour et nuit
pour que cela n'arrive pas. Laissez-nous tranquilles. » Ce
qui arrive à la famille d'Abu Wassen, c'est une nouvelle
révolution qui transforme l'Irak : une révolution
religieuse.
En
arrivant au pouvoir, Saddam Hussein avait voulu faire de la société
irakienne une société laïque, moderne. Grâce
aux revenus de la nationalisation du pétrole, il a développé
l'éducation gratuite. Mais les difficultés de l'embargo
et les abus de son régime de terreur ont poussé de
plus en plus d'Irakiens à se réfugier dans la foi.
Pour plaire aux imams, le gouvernement doit maintenant bâtir
des mosquées. Bagdad, autrefois la ville la plus moderne
du monde arabe, s'appelle aujourd'hui « la ville aux
mille mosquées ». En fait, Saddam Hussein exploite
lui-même cet engouement pour la religion en profitant des
prières pour propager les thèmes chers au président,
comme celui de la guerre contre les Américains.
Même
dans les esplanades des mosquées chiites, la branche majoritaire
de l'islam en Irak, plutôt opposée au régime
sunnite de Saddam Hussein, ses portraits sont incrustés sur
les murs. Pourtant, l'islam interdit les représentations
humaines dans les mosquées.
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Un
peu d'histoire
L'Irak
était pendant des siècles une province de l'empire
ottoman. Après la Première Guerre Mondiale,
les Britanniques prennent le contrôle de la région.
Le roi Fayçal, un souverain arabe, obtiendra l'indépendance
de l'Irak en échange de concessions données
aux Britanniques, et plus tard aux Américains, sur
les immenses réserves pétrolières du
pays.
L'époque
moderne de l'Irak commence en 1958 avec le renversement de
la dynastie des Fayçal par des militaires. Mais l'accession
au pouvoir de Saddam Hussein ne se fera qu'en 1968, dix ans
plus tard, lors d'un coup d'État sanglant du parti
Baas dont il est le chef de la sécurité. C'est
le début d'un régime brutal qui ne tolère
aucune opposition. En 1978, après dix ans de règne
du parti Baas, Saddam Hussein pousse son cousin, Ahmed Hassan
Al-Bakr, qui dirige le gouvernement, à lui céder
son poste. Il devient président et il souligne l'événement
par une réunion macabre dont les images tournées
à l'époque sont saisissantes même si elles
ont souffert du temps. Saddam Hussein convoque au palais présidentiel
les hauts dirigeants du parti et les prévient qu'il
a eu vent d'un complot contre lui. Puis, on appelle les noms
de ceux qu'on soupçonne. Un à un, des dizaines
d'entre eux sont emmenés de force par des policiers
en civil. Un seul osera protester. La plupart mourront sous
la torture ou tout simplement fusillés. Saddam Hussein
utilisera les images de cette sinistre assemblée pour
terroriser les Irakiens. Dans les mois qui suivront, il s'attaquera
de la même façon à l'armée, la
seule force capable de lui porter ombrage. Saddam a purgé
les officiers. On estime qu'un tiers du corps officier a été
éliminé en Irak.
Le régime
n'est pas un régime militaire. Pourtant, Saddam Hussein
va beaucoup utiliser l'armée sous son règne.
Après son accession au pouvoir, il s'engage dans une
guerre de huit ans contre l'Iran. Une guerre sanglante, qui
a fait près d'un million de morts irakiens, et où
il a expérimenté ses armes chimiques de destruction
massive. Par la suite, il utilisera ces armes contre sa propre
population.
En
1990, Saddam Hussein décide d'envahir le Koweït.
Une agression qui mènera à la guerre du Golfe
et à l'imposition de l'embargo. Aujourd'hui, il cumule
les fonctions de président du pays, premier ministre
et chef du parti Baas. Avec la complicité de sa famille
immédiate, il contrôle aussi la police, les médias,
les syndicats et l'éducation nationale.
(extrait
du reportage)
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Saddam
Hussein : un autre dieu
Saddam
Hussein se voit lui-même comme un guerrier à la tête
d'un empire. Il se fait appeler émir ou prince et, sous ses
ordres, des armées d'artistes ont parsemé le paysage
de statues monumentales, plus grosses les unes que les autres. Le
gouvernement subventionne des centaines d'ateliers où on
exécute des uvres à la gloire du dictateur.
L'ironie de cette folie des grandeurs, c'est que le gouvernement
irakien ne permet même pas aux caméramans et aux photographes
de prendre des images de ces statues. En fait, ce ne sont pas tant
les statues que le gouvernement ne veut pas montrer que les édifices
publics qui les entourent. Il règne une telle peur du régime
en place que personne n'ose dévoiler la moindre parcelle
de ce pouvoir.
100 %
pour Saddam Hussein
« Je
donne mon âme, mon sang à Saddam ! »,
scandent des enfants. « On va se battre contre l'ennemi,
les assassins, contre Bush, les Américains et les sionistes ! »,
crient les adolescents alors que les médias sont tournés
vers le pays pour suivre le référendum. Sur place,
l'équipe de Zone libre est conduite vers un homme qui s'apprête
à voter. Il reçoit un bulletin de vote que les scrutateurs
ont déjà rempli à l'avance et, devant notre
équipe, pressés par les responsables du bureau de
scrutin, il pose le geste devant la caméra. Et il le fera
deux fois ! D'autres votent pour toute leur famille avec plusieurs
bulletins déjà remplis dans leurs mains. Certains
vont même jusqu'à voter avec leur sang. Pendant tout
ce cirque qui fait un pied de nez à la démocratie,
les enfants continuent de crier : « Bush, Bush
écoute-nous, regarde comme nous aimons Saddam Hussein ! »
On connaît la suite, inévitable : Saddam Hussein a
été reconduit à 100 % des voix avec un
taux de participation de 100 % lors du référendum
tenu le 15 octobre 2002.
Défendre
l'Irak et la Palestine
Le
lendemain du référendum, le gouvernement a donné
congé à la population, mais on encourage les gens
à fêter. Pourtant, le pays n'a pas de quoi se réjouir.
L'Irak, qui a déjà vécu vingt années
de confrontation, se prépare une nouvelle fois pour la guerre.
Autour des villes, des installations de défense sont édifiées.
Sur la route, des camions transportent des missiles.
Dans
les universités où on forme ceux qui vont bâtir
l'avenir du pays, l'avenir immédiat pour les étudiants,
c'est surtout la perspective d'une nouvelle guerre avec les États-Unis,
pour laquelle ils seront presque assurément mobilisés.
« Nous sommes prêts à aller nous battre
pour notre nation et pour la Palestine », déclare
franchement un étudiant. La Palestine. Le thème est
en effet cher à Saddam Hussein. Depuis des années,
il jure de reconquérir Israël pour en redonner une partie
aux Palestiniens.
La
veille du départ de l'équipe de Zone libre, le gouvernement
irakien a organisé une manifestation d'appui à sa
cause. Des centaines de travailleurs étrangers provenant
de pays amis de l'Irak avaient été mobilisés.
La Jordanie, le Liban, le Soudan, l'Égypte. Une démonstration
de solidarité arabe à la veille d'un conflit possible
avec l'Occident. Pourtant, beaucoup de pays représentés
par ces travailleurs pourraient très bien se ranger contre
l'Irak dans ce conflit. Comme ces manifestants utilisés un
peu malgré eux, l'ensemble de la population irakienne pourrait
une fois de plus voir son destin décidé bien malgré
elle.
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Quelques
repères
Superficie
: 434 924 km2
Capitale : Bagdad
Population : 23,3 millions
Composition de la population : Arabes (80 %), Kurdes
(15 %), Turkmènes, Assyriens, Perses, Turcs et autres
(5 %)
Âge : 41 % de la population a moins de 14 ans;
seulement 3 % a plus de 65 ans
Espérance de vie : 68 ans pour les femmes et
66 ans pour les hommes
Analphabétisme : 54 % pour les femmes et 34 %
pour les hommes
Principale ressource : pétrole brut (échangé
contre de la nourriture et des médicaments conformément
à la résolution 706 de l'ONU; aussi l'objet de contrebande
transitant par des pays limitrophes)
PIB par habitant : 3197 $ (1997)
Langues officielles : arabe, kurde et syriaque; autres langues
utilisées : persan, sabéen et turkmène
Monnaie : dinar
Nature de l'État : république parlementaire;
le pays compte 18 provinces; une partie du Kurdistan a un statut
d'autonomie
Chef d'État : Saddam Hussein
Chef du gouvernement : Saddam Hussein (aussi maréchal,
chef suprême des forces armées, secrétaire général
du parti Baas et président du Conseil de commandement de
la Révolution)
Nature du régime : autoritaire, dominé par
le seul parti légal (Baas) et le clan des Takritis
Médias : le gouvernement et le parti Baas contrôlent
les agences de presse, les journaux, la radio et la télévision
Forces armées : avec ses 430 000 hommes bien
entraînés, 8000 véhicules blindés, 2200
tanks, 1200 canons d'artillerie, 300 avions de combat et 20 hélicoptères
armés, l'Irak est l'une des puissances militaires les plus
imposantes du golfe Persique
Produit intérieur brut : 59 900 millions de dollars
américains
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Clés
pour comprendre l'Irak
Guerre
Iran-Irak : guerre qui a opposé les deux pays entre 1980
et 1988; déclenché par l'Irak, qui voulait rétablir
la frontière d'avant 1975, le conflit a fait 700 000 morts
de part et d'autre de la frontière; craignant l'extension
de l'intégrisme chiite iranien, plusieurs pays avaient alors
accordé leur soutien à l'Irak
Guerre
du Golfe : amorcée par l'invasion du Koweït par l'Irak,
en août 1990, la crise du golfe Persique a été
suivie en janvier 1991 d'une campagne militaire internationale orchestrée
par les États-Unis; à la suite de sa défaire
militaire, l'Irak est devenu isolé sur les plans diplomatique
et économique
Embargo
: l'Irak est soumis depuis 1990 à un embargo de l'ONU initié
par Washington; en vertu du programme Pétrole contre nourriture,
le pays exporte du pétrole en échange de biens essentiels
depuis 1996; l'efficacité des sanctions, dont la population
fait les frais, est contestée internationalement
Non-respect
des droits de la personne : le régime est autoritaire et
persécute les opposants; les cas de disparition, d'exécution
et de torture sont nombreux; l'opposition politique vit à
l'étranger; en 1991, deux rébellions ont été
écrasées dans le sang, sans que la communauté
internationale n'intervienne
Désarmement
: après la guerre du Golfe, l'ONU comptait imposer à
l'Irak l'élimination de ses armes de destruction massive;
les inspections sont suspendues depuis 1998; soupçonné
de développer l'arme nucléaire, l'Irak a déjà
utilisé des armes chimiques contre sa minorité kurde
et contre des Iraniens
Zones
d'exclusion aérienne : certains membres du Conseil de sécurité
de l'ONU ont institué deux zones d'exclusion aérienne
(en Irak, au nord du 36e parallèle et au sud du 33e parallèle);
des avions américano-britanniques patrouillent régulièrement
ces territoires pour empêcher les avions irakiens de les survoler
(tiré
du dossier « Irak : dans la mire américaine »
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.
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