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Des
plaies encore ouvertes
« Sarajevo,
capitale de la Bosnie-Herzégovine… Sept ans après la fin
d'une guerre fratricide, la vie réclame ses droits. La joie mais
aussi l'oubli s'installent, comme s'il n'y avait jamais eu 200 000
morts. Comme s'il n'y avait pas eu de snipers, de viols, de corps
déchiquetés par les obus tombés dans les marchés et les cours d'école.
Comme s'il n'y avait pas eu de massacres. »
extrait du reportage
Après
avoir vécu l'horreur, certains ne pourront jamais oublier
et essaient encore de panser leurs plaies. C'est le cas de Sabahetta,
qui a perdu son mari, mais aussi son fils de 16 ans.
« Ils
le tiraient d'un côté et moi, je le tirais de mon côté,
de toutes mes forces, pour le ramener vers moi. Et je leur ai dit :" S'il
vous plaît, ne me le prenez pas, ne me prenez pas ce qui m'est
le plus précieux. Il est à moi, c'est mon seul seul enfant. Plutôt
que de le prendre, prenez-moi, amenez-moi à sa place. Laissez-le,
s'il vous plaît, ne me le prenez pas. " Alors,
ils ont commencé à crier après moi et ils disaient : " tu
n'iras pas à sa place, c'est lui que nous voulons. " Après,
je ne sais plus ce qui s'est passé. Je me souviens seulement que
mon Rickie, mon fils, s'est blotti tout contre moi et il m'a embrassé
sur les deux joues. Je l'ai regardé et de grosses larmes coulaient
sur son visage. Je revois encore ses grands yeux. Il était blanc,
il était blême, le regard perdu. Et jamais je ne pourrai oublier
ses larmes, son baiser et ses bras autour de mon cou… autour de
moi pour l'éternité. »
Aujourd'hui,
à la morgue de Tuzla, où sont entreposés le contenu des charniers
de Srebrenica, 5000 sacs avec des restes humains s'entassent dans
des entrepôts réfrigérés.
« Les
corps ont été transportés, ils ont été exhumés avec des excavatrices
et ils ont déchiré des corps complets et les corps parfois nous
trouvons une partie d'un corps dans une fosse principale et nous
trouvons une autre partie dans une fosse secondaire, c'est très
difficile. »
Jean Gagnon, enquêteur pour le Tribunal pénal
international sur l'ex-Yougoslavie
et responsable du dossier Srebrenica
Une
guerre civile sanglante

En
1987, Slobodan Milosevic arrive à la tête de la république
yougoslave de Serbie. Redoutant la montée du nationalisme, les républiques
proclament l'une après l'autre leur indépendance.
Ce sera l'éclatement de la Yougoslavie, qui débouchera
sur des guerres meurtrières pendant lesquelles les pires
atrocités seront commises au nom de la « purification
ethnique ». En juin 1991, la Slovénie est la première
à déclarer son indépendance, suivie peu après
par la Croatie. Craignant que la Serbie n'exerce alors un trop grand
pouvoir dans la fédération yougoslave, c'est au tour
des
députés croates et musulmans de Bosnie-Herzégovine de voter en faveur
de la souveraineté, en octobre 1991.
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La
guerre de Bosnie
« Les
Serbes de Bosnie refusent la partition et réclament le droit
de se rattacher à la RFY, présidée par le Serbe Slobodan Milosevic.
L'opinion publique internationale apprend jour après jour
les atrocités d'une guerre sans pitié : les massacres
et les viols commis par les Serbes au nom de la purification
ethnique, l'existence de camps où les musulmans sont détenus
dans des conditions inhumaines… Mais aucun État occidental
n'est décidé à intervenir directement. Les Nations unies envoient
sur le terrain des casques bleus (Forpronu) chargés de maintenir
la paix et d'accomplir une mission humanitaire auprès des
populations civiles. Cette force s'avère toutefois inefficace.
La
guerre éclate à Sarajevo, capitale de la Bosnie, en avril
1992, après le référendum favorable à l'indépendance et la
reconnaissance par la communauté internationale du nouvel
État, présidé par le musulman Alija Izetbegovic. Les affrontements
entre Serbes, Croates et musulmans s'étendent rapidement dans
tout le pays. Les milices serbes, soutenues par l'armée fédérale,
entreprennent la conquête des territoires majoritairement
serbes. Avec pour objectif la " purification ethnique ",
ils tentent d'en chasser les Croates et les musulmans. »
source:
La tragédie yougoslave, dossier
de Radio-Canada.ca
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La
guerre de Bosnie sera la plus meurtrière des guerres de l'ex-Yougoslavie:
200 000 personnes mourront. Plusieurs musulmans se réfugieront
à Srebrenica, où se trouve le quartier général
des soldats hollandais de l'ONU. Mais les soldats ne s'interposeront
pas, et les bombardements des positions serbes ne viendront pas.
Résultat: les musulmans retranchés dans la ville seront
tous tués ou expulsés. Les soldats serbes exécuteront
8000 hommes et garçons en neuf jours.
« De
mon coté, dans ma famille,
il y a eu neuf morts et 27 du coté de ma femme. »
Omer Spahic (extrait du reportage)
Le
problème des réfugiés
La
Bosnie-Herzégovine est maintenant divisée en deux entités
distinctes, administrées séparément: la Fédération croato-musulmane
puis la République serbe.
Srebrenica est maintenant en territoire serbe. Encore aujourd'hui,
il reste des milliers de personnes déplacées, d'un côté
comme de l'autre.
Il
y a dix ans, à Srebrenica, trois habitants sur quatre étaient musulmans.
Aujourd'hui la ville est composée presque uniquement de Serbes qui
ont fui leurs villes et villages pendant la guerre ou juste après.
Plus
de 2000 femmes de Srebrenica vivent aujourd'hui réfugiées dans quelques
grands centres de la Bosnie. Suivant l'accord de paix de Dayton
(1995), les réfugiés ont le droit de revenir s'installer
à Srebrenica et de récupérer leurs maisons. Mais leurs domiciles
sont occupés par des Serbes bosniaques, qui ont eux aussi
fui des zones de combat... En outre, les coupables des atrocités
commises y sont encore en liberté. Le maire de Srebrenica
lui-même a peur et préfère ne pas habiter Srebrenica... Sept ans
après une guerre sanglante, la paix ethnique est loin d'être
revenue, les morts ne sont pas enterrés et les criminels
de guerre ne sont pas punis.
« Malgré
la preuve, malgré les enquêtes, malgré les milliers de sacs avec
les restes humains, bien des habitants de Srebrenica continuent
à nier l'évidence. »
extrait du reportage
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Bref
rappel historique
1463
et 1482: l'Empire ottoman fait la conquête de la Bosnie,
puis de l'Herzégovine; elles seront islamisées
1878: l'Autriche-Hongrie administre la région, puis
l'annexe en 1908
1918: elle est intégrée au Royaume des Serbes,
Croates et Slovènes
1945-1946: elle devient une république de la Yougoslavie
années 1990: dans la foulée de l'éclatement
de la Yougoslavie, des tensions se font sentir entre les peuples
octobre 1991: la république de Bosnie-Herzégovine
autoproclame son indépendance, plus tard entérinée
par référendum; la communauté internationale
la reconnaîtra quelques mois plus tard
avril
1992: la guerre éclate à Sarajevo, s'étendant
rapidement au reste du pays
1993: l'ONU déclare Sarajevo, Bihac, Zepa, Gorazde,
Tuzla et Srebrenica « zones de sécurité »,
qui passent théoriquement sous protection de l'ONU
novembre 1993: les Serbes contrôlent déjà 74 % de la
Bosnie alors qu'ils ne représentent qu'un tiers de sa population
juillet 1995: l'ultime offensive serbe contre Srebrenica
est lancée
décembre 1995 : l'accord de Dayton met fin au
conflit
1996: premières élections depuis le conflit
Quelques
accusés
notoires

Slobodan
Milosevic
Accusé
de génocide, de complicité de génocide, de crimes contre l'humanité
et de crimes de guerre, Slobodan Milosevic fait face à 29 chefs
d'accusation pour des crimes commis durant la guerre de Bosnie.
Le TPI met notamment en cause sa responsabilité dans le massacre
de Srebrenica.

Radovan
Karadzic

Radko
Mladic
Radovan
Karadzic, l'ancien dirigeant politique des Serbes de Bosnie, et
Ratko Mladic, ancien chef militaire serbe, sont accusés de crimes
de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide, actes perpétrés
lors du conflit en Bosnie-Herzégovine (1992-1995). Le procureur
les tient responsables du siège de Sarajevo, de la prise d'otages
de Casques bleus de l'ONU ainsi que du massacre de Srebrenica, où
près de 8000 musulmans furent tués. Le TPI est toujours à leur recherche.
extraits
du dossier de Radio-Canada Qu'est-ce que le TPI ?
L'émission
Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada
le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion
sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche
à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à
1 h.
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